Numéro 4600 du 10/06/2026
Ici un aperçu du numéro: https://spirou.com/vive-le-foot/
Le précédent Spirou consacré à un évènement sportif a été celui sur les jeux olympiques, justifié (s’il en avait été besoin) par leur tenue en France, Spirou étant un journal essentiellement franco-belge, jeux jugés suffisament importants pour que la rédaction leur consacre non un mais deux numéros spéciaux (4490 et 4502). Il ne semble pas y avoir de raisons particulières à ce spécial coupe du monde de foot, hormis une tradition, non systématique, remontant à une trentaine d’années, par contre il est un prétexte à une mise en avant de cette franco-belgitude. Ce n’est pas sa seule caractéristique, et une comparaison avec de précédents spéciaux foot vont se montrer révélatrices. Si Spirou a eu dès ses premières années, alors que la famille Dupuis voulait un journal espiègle mais aussi sain et éducatif, plusieurs rubriques sportives, dont une, rédigée par Jean Corhumel, a duré jusqu’en 1968, pour disparaître cette année où la jeunesse revendiquait d’autres valeurs, par la suite, sauf erreur, hormis les spéciaux JO cités, les Spirou spécial sport l’ont pratiquement tous été sur le foot, le premier en 1978, rares jusqu’en 1998, puis presque systématiques depuis.
Les rubriques sportives des années 30 à 60 étaient sérieuses mais depuis, Spirou oblige, l’approche est humoristique, et la couverture de Mab, ainsi que son histoire (très) courte, montrent l’angle choisi pour ce spécial: un spécial foot inclusif, qui prend aussi en compte ceux qui n’aiment pas ce sport. C’avait déjà été l’attaque du 3141 en 1998, sous Thierry Tinlot, avec le slogan de couverture « La coupe du monde ? Tout le monde s’en foot ! », mais elle est ici plus affinée, déclinée en de multiples versions par la plupart des auteurices du numéro (et en y ajoutant le slogan « Déjà marre du foot ? Lisez Spirou ! », accompagné d’une opération publicitaire avec un code promo à découvrir (jeu saboté par les Fabrice, comme il se doit) pour profiter d’un abonnement à tarif réduit.
Première constatation, la couverture de Mab, comme les histoires, témoignent que le foot n’est pas réservé qu’aux hommes, et de ce point de vue, Spirou est depuis belle lurette bien moins machiste que les instances officielles du foot (pour un historique, voir Le match du siècle, de Julie Billault et Seb Picquet, Dupuis, 2026). Dans la couverture comme dans son histoire, « Match nul ! », Mab inverse d’ailleurs le cliché en présentant le père de famille comme le seul réfractaire au foot. Mab qui pour l’occasion utilise son style croquis, proche, peut-on imaginer, de son activité de storyboarder, différent de celui de ses éphémères Térence et Bud dans Spirou, des ET du même univers graphique que ceux de Terminax conquis et autres, vus la semaine précédente.
Dans les séries de gags habituels, beaucoup se sont pliés au jeu du "Spirou pour ceux qui n'aiment pas le foot" : Nob n’a pas fait jouer la sportive Roxanne mais Ondine, qui ne comprend rien au jeu. Dans Huguette et Croquette, Théoschu rappelle qu’avec un montage habile, pas besoin d’IA pour faire paraître des vieux quasi impotents comme des joueurs de haut niveau, dans Working dead les zombies se font prévisiblement écraser dans un match inter start-up, parce qu’ils n’utilisent pas leurs ressources in-humaines, et dans Titan inc., toujours allégorique, Manu Boisteau et Paul Martin montrent les buts sur un iceberg insurmontable. Dans L’épée de bois, Jonathan Munoz et Anne-Claire Thibaut-Jouvray imaginent une médiévale fantastique et délectablement bien tordue origine au foot. Fidèles à eux-mêmes, Nelson imite les joueurs simulant une douleur pour obtenir un gain, Bernstein et Moog détournent dans Willy Woob, avec humour charmant et naïveté pertinente, la panoplie gestuelle et verbale des supporters, souligant la polysémie du verbe supporter (et je rajoute, sur ce thème, qu’il n’est pas étonnant que, bien que les supporters soutiennent une équipe, on ait choisi en français de les qualifier de l’anglicisme supporters plutôt que de souteneurs, cela aurait trop explicitement souligné la proximités des joueurs vendus aux plus offrants avec le soi-disant plus vieux métier du monde...), et les Fabrice tentent d’initier un collégien à la pétanque, qui remonterait aux grottes de Lascaux (ce qui en ferait le plus vieux jeu du monde…). Manoir à louer, Elliot, Boulette, Kid Paddle et Game over sont absents du numéro (prévisible pour certains, moins pour d’autres), absence compensée, en particulier pour Boulette, par le désormais occasionnel (au sens propre) Crapule de Jean-Luc Deglin, et par Romain Dutreix et Dab’s qui mettent en scène leur avatar dessiné sur le thème, comme les Fabrice, de BD pour ceux qui n’aiment pas le foot : dans Pandémie de foot, Dab’s en devient obsessionnel, et dans La leçon de football, Dutreix reprend son personnage forcé de faire des choses contre son gré et en est terriblement (mais très drôlement) maltraité. Les deux planches de Dutreix et celles des Fabrice ont en commun d’être séparées et réparties dans le numéro, ce qui, ajouté au fait que les histoires complètes ne dépassent plus qu’exceptionnellement 4 pages, alors que jusqu’au début des années 2000 elles dépassaient encore souvent 6 pages, à la multiplications des strips, et aux longs chapitres des histoires (à suivre), fait que Spirou ressemble de plus en plus à un avatar de papier d’un smartphone. La crise de la presse fait que, alors que Spirou initiait les tendances (les mini-récits précurseurs des micro écrans des smartphones), il doit maintenant les suivre.
Si la réduction drastique du nombre de pages des histoires complètes ne permet pas la reprise du légendaire Allez Champignac ! de Nic Broca (et, dit la légende, Alain de Kuiyssche), Spirou et Fantasio sont tout de même présents dans ce numéro sur scénario de Beka et dessin et couleur de David Etien dans une histoire résumé de l’univers du groom, du dessin, proche des débuts de Fournier dans la série, quand il devait s’approcher de celui de Franquin, à l’histoire, basiquement intitulée Champignac et réunissant le quintet. À moins qu’il ne s’agisse de pages spin-off de la série Champignac, de Beka et Etien, montrant celui-ci vieux, en son château, dont l’acquisition duquel, et accompagné de personnages secondaires, ses amis Spirou et Fantasio, ainsi que Spip et le Marsupilami, dont la rencontre avec lesquels, nous seront narrés ultérieurement ? Vertigineuse mise en abîme, qui me pousse à une syntaxe casse-gueule…
Dans La pause cartoon, Lécroart utilise, comme il sait bien le faire, des contes et légendes dans sa Fifiche du Proprofesseur (ici les 7 nains pour une équipe de foot), Berth lui sa technique de méler deux univers proches (ici deux sports) pour une confrontation absurde, Dino la logique particulière de Tash et Trash pour un foot en solo. Bercovici, Bernstein et Dominique Thomas introduisent un coach de foot aussi peu compétent et avec aussi peu de scrupules que celui qu’ils faisaient sévir dans le journal et la rédaction il y a quelques années, Olivier Saive présente un Tuto pour dessiner un ballon et, avec Sti, un Fantasio reporter interwievant des supporters. Le numéro 3972 en 2014 était en deux parties tête-bêche, opposant les diables rouges belges aux bleux français, et Sti, dans les marges du numéro actuel, reprend cette opposition, faisant se rencontrer les personnages selon la nationalité de leur auteur et jouant sur les différences entre le français de France et celui de Belgique (dans Spirou, on s'instruit en marges...).
Finalement, seule l’histoire Family life de Jacques Louis met en scène des supporters de foot sans le décalage volontaire ou l’ironie présents dans les autres histoires, mais avec son humour mordant balancé par sa sensibilité habituels.
Si le traitement par l’humour peut sembler évident de la part du journal de Spirou, ce ne fut pas toujours le cas, et pour ses deux premiers numéros consacrés au foot, Spirou n’avait pas encore trouvé ses marques : le premier, le 2094 en 1978, sous Alain De Kuyssche, avait une seule histoire sur le sujet ( 8 pages de Génial Olivier de Devos) mais surtout présentait une photo en couverture (fait rare, qui était surtout la spécialité de Tintin), et publiait une page directement politique, nécessaire vu le contexte, d’André Pautard, grand reporter à L’Express, « Qu’est-ce qui se passe en Argentine ? ». Le suivant, le Spirou N° 2305 en 1982, se contentait d’offrir un poster sur le sujet, mais quel poster, qui reproduisait les superbes affiches de la coupe du monde élaborés par nombre d’artistes contemporains https://phenix-united.com/affiches-coupe-du-monde-82/ . Ces premiers numéros se détachaient de la tradition de Spirou, peut-être est-ce pour cette raison entre autres qu’il y a eu un hiatus dans les spéciaux foot pendant quelques années avant qu’ils ne soient vraiment repris en 1998 (le 2721 en 1990 s’étant contenté d’une couverture de Janry et Stuf « Vive le mondiale »).
Le poster de cette semaine, de Thomas Priou, représente classiquement nombre des personnages du journal en joueurs et supporters. Avec les dessins des marges de Sti et les Jeux de Baba, Tartuff et Lapuss’, c’est donc l’ensemble des personnages qui sont convoqués pour cette coupe du monde, on peut donc comprendre la réticence de certains d’entre eux, et le thème Marre du foot de ce numéro.
Pour le reste, dans les (à suivre), le duo comique Cyrius-Chantilly et leur humour de réparties et mimiques se poursuit, mais, si Starlight n’est pas, comme l'est Louca, basé sur les mangas de compétition, le dépassement de soi qui en est le but est tout de même essentiel dans ce chapitre, avec le mot « volonté » qui apparaît 5 fois en 5 pages, chapitre qui se termine par un grandiloquent qui flirte avec le ridicule (c’est la règle de ce genre de BD) « On va montrer à toute cette planète ce que c’est, de la volonté ! ». Suite de Si je t’écris, et les tensions latentes, dues aux non dits de chacun (des adultes surtout) éclatent et se télescopent, et la tempête qui éclate à ce moment exacerbe cela, dans un procédé scénaristique classique mais magnifié par le dessin de Denis Bodart, avec des cadrages symboliquement très découpés et de grandes cases nocturnes sous la pluie monochromes, en nuances monochromes impressionistes.
Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...
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heijingling
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Re: Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...
" Monólogo significa el mono que habla solo." Ramón Gómez de la Serna dans ses Greguerías.
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heijingling
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Re: Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...
Numéro 4601 du 17/06/2026
Ici un aperçu du numéro: https://spirou.com/nouvelle-serie-orbit/
Cette couverture laisse mal augurer de cette nouvelle série, Orbit : les dents proéminentes du coq lui donnent un air borné, et pourquoi les cochons incarnent-ils une fois de plus le mal ? Pourquoi, des prescriptions juives et musulmanes à #balancetonporc en passant par les procès médiévaux d’animaux et même George Orwell (1), le cochon est-il depuis si longtemps si haï en occident ? Sans doute une raison forte est-elle ce processus classique de défense psychologique : on le fait vivre dans bauge et fange, il est exploité jusqu’à la moëlle et plus (« Dans le cochon, tout est bon »), il est l’animal que l’on maltraite le plus, donc on l’accable de toutes les tares pour déculpabiliser et justifier cette maltraitance. En résumé, cette série qui entend dénoncer la maltraitance animale part sur de bien mauvaises bases.
Ceci étant dit, si des caractéristiques comme l’encrage épais ou les attitudes surjouées dénotent chez l’auteur, Fabrizio Petrossi, la formation (le formatage) Disney, d’autres détails tels les savants humains échevelés rappellent leurs équivalents dans Pif, plusieurs auteurs, de Cavazzano à Corteggiani, Dimberton et Motti ayant travaillé pour les deux entreprises (2), Pif étant la seule série FB dont l’éditeur a véritablement industrialisé, comme Disney, la production (au point que j’hésite à la considérer encore comme du FB), et surtout se retrouve dans Orbit l’irrationnalité totale des scénarios de Pif et des séries Disney, à commencer par les histoires de Picsou, grand financier multimilliardaire dont dans chaque histoire le but est d’accroitre sa fortune en partant à la chasse au trésor...Dans Orbit, un centre aérospatial ne comporte que trois personnes, qui ont besoin de regarder le calendrier pour savoir quand va partir leur capsule spatiale, un ordinateur bégaie dans un compte à rebours...Ce surréalisme narratif participe du charme des aventures de Picsou, nous verrons s’il en sera de même pour cet Orbit, pari plus risqué au vu de l’ambition affichée de l’auteur d’un « double niveau de lecture politique », et du fait qu’il s’agisse d’un premier chapitre sur seulement deux annoncés : sur quel format se développeront les aventures de ce « premier animal doté d’intelligence et capable de piloter un vaisseau », autrement dit un ancêtre du Scrameustache ?
Joan, assisté comme d’habitude d’Annie Pastor pour les couleurs, est un choix très adéquat pour la réalisation des Jeux sur le thème du coq de l’espace, avec son encrage épais et rugeux, comme du Disney punk. Quant à Sti, il fait un double gag dans la Malédiction de la page 13 en y prolongeant le numéro spécial foot avec un jeu de mots avec Orbit et arbitre (c’est moins naze en dessin)...
(1) Non seulement dans La ferme des animaux, mais lorsqu’il élevait des animaux dans sa ferme en Écosse, il a écrit détester ce « the most annoying destructive animal... so strong and cunning », et se dit ravi de bientôt le tuer pour en faire du bacon... (2) Tous quatre ont également travaillé pour Spirou, certes, mais hormis Motti et ses charmants Petit roy Prosper et Nicolas et Nicolette, ce ne fut que pour qu’une poignée de pages dans une poignée de numéros.
Un volumineux avant dernier chapitre de Si je t’écris, nécessaire pour que Zabus et Bodart y expriment le dénouement de l’histoire, au sens propre : le petit Louis ose enfin défaire les liens qui l’étouffaient, les auteurs manifestant cela par un monologue haché de Louis pour s’encourager au milieu des éléments déchainés, que dessine avec inspiration Denis Bodart pour y représenter à la fois la crainte et la détermination de l’enfant. Micro dernier chapitre en revanche (relativement. Avec quatre pages, cela aurait été appelé maxi-chapitre il y a cinquante ans lorsque l’habitude était d’une ou deux planche chaque semaine) pour Starlight, là aussi dans un affrontement avec la nature, mais au contraire de Si je t’écris les héros n’y sont pas seuls mais en duo, et cela change tout au propos de l’histoire comme dans la narration. Les auteurs ont pris leurs plus beaux pinceaux pour cette scène, variations de bleu sombre pour la nuit d’orage de Bodart, multicoloris fluos pour la « cascade inversée » de Philippe Cardona et Florence Torta, Starlight se terminant sur un intéressant suspense qui ouvre une nouvelle perspective sur l’histoire et le personnage de Chantilly.
Deux histoires complètes dans ce numéro, ou plutôt deux variations, puisqu’il s’agit de Au coin de ma rue, où Vincent Zabus et Nicolas Turon proposent un storyboard muet à des dessinateurices chaque fois autres qui imaginent une histoire sur ces images. Outre le plaisir de l’aspect ludique du projet, il permet tant aux scénaristes qu’aux lecteurs de Spirou de découvrir de nouveaux auteurices, cette fois Mayana Itoïz et Nicolas Debon, chacun, comme les précédents dessinateurs, donnant une teinte dominante à son récit, tons crème pour Debon, violet-marron pour Itoïz, et adoptant sur le présent un regard venu du passé. Mayana Itoïz a un point de vue original avec celui d’une vieille bicyclette, les autres auteurs traitant du passé du personnage. Nicolas Debon, comme Zabus dans la présentation de la série, parle du mode oulipien de celle-ci, et cite lui aussi Perec, dans un texte qui décrit parfaitement ce qu’ont voulu faire les auteurices, et bien que ce texte soit bien perecquien il n’en est pas pour autant oulipien, au contraire de l’exercice en lequel consiste cette série https://nicolasdebon.wordpress.com/2026 ... de-ma-rue/
Dans les gags, un intéressant Elliot au collège, d’une part parce qu’il se passe dans l’espace à proximité d’un trou noir (alors que ses jeux vidéos portent d’habitude Elliot dans un univers d’heroic fantasy), et parce que la plupart des cases sont identiques (quelques mimiques d’Elliot et sa créature mises à part), ce qui n’est pas dérangeant puisque ces cases ont un riche décor de cabine spatiale, et est même justifié par le gag portant sur l’ennui et la répétition. Je note que la cabine spatiale est à dominante orange, ce qui est inhabituel, et même insolite dans le monde de la SF, mais est justement la marque des auteurices d’Elliot, Théo Grosjean et Mallo. Le jeune stagiaire est toujours dans L’édito des Fabrice et, sans surprise, semble plus doué qu’eux (qui réussissent tout de même, gag surréaliste, à planter un avion en papier au plafond). Théoschu met en scène la subversive Huguette dans une série d’images et personnages rebelles et révolutionnaires si iconiques qu’on les identifie tous sans peine (avec une censure explicable mais absurde pour les Femen). Bon gag du Freuby repris par Gally pour son malheur, et pour celui de la rédaction, qui joue de la célèbre obsession du copyright par les propriétaires d’un plus que célèbre personnage de BD. Dans Titan inc., l’arc du capitaine sur son iceberg apporte un autre type de gags, plus premier degré que ceux se passant sur la société qu’est le navire en détresse. Le Capitaine Anchois s’était fait rare ces derniers temps, mais Floris est toujours aussi imaginatif avec son roi des glaces dans les « Alpes caraïbes ». Bonne histoire des Filles par Nob, qui illustre bien le caractère de Panda, volonté forte mais impuissante devant le destin (on se souvient de l’arc sur son découragement) . Enfin, j’ai trouvé amusantes car fort équivoques les cases de Kid Paddle de Midam, Benz, Dairin et Angèle avec le petit barbare étreignant un tube de dentifrice géant jusqu’à le faire gicler.
Après Dab’s, c’est cette fois le retour de Pascal Colpron dans La leçon de BD, qui reprend son personnage dédoublé pour mettre en avant la forte subjectivité de certaines critiques (un dessin étrange est-il une erreur ou une figure de style?), sur une planche publiée deux fois dans le journal : Spirou manquerait-il de matériel à publier ? Si Louca était le grand absent du numéro spécial foot, il est ici présent dans une pub avec promotion spéciale coupe du monde. Pour finir, une annonce dans En direct du futur pour le Parc Spirou, l’équivalent actuel du cirque Spirou des années 50-60, qui avait eu une série à lui consacré en 1959-1960, de Dubar et Crill. Mais un cirque, par son itinérance, est plus propice à stimuler des histoires, comme en témoigne Pom et Teddy de Craenhals ou Sybilline et le petit cirque de Macherot et Deliège, ceci ajouté à l’état d’esprit actuel qui a de la défiance envers le premier degré fait qu’il est peu probable que l’on ait un jour une série sur le parc Spirou, le parodique Zozoland de Blatte, Falzar et Usagi ayant été très éphemère.
Ici un aperçu du numéro: https://spirou.com/nouvelle-serie-orbit/
Cette couverture laisse mal augurer de cette nouvelle série, Orbit : les dents proéminentes du coq lui donnent un air borné, et pourquoi les cochons incarnent-ils une fois de plus le mal ? Pourquoi, des prescriptions juives et musulmanes à #balancetonporc en passant par les procès médiévaux d’animaux et même George Orwell (1), le cochon est-il depuis si longtemps si haï en occident ? Sans doute une raison forte est-elle ce processus classique de défense psychologique : on le fait vivre dans bauge et fange, il est exploité jusqu’à la moëlle et plus (« Dans le cochon, tout est bon »), il est l’animal que l’on maltraite le plus, donc on l’accable de toutes les tares pour déculpabiliser et justifier cette maltraitance. En résumé, cette série qui entend dénoncer la maltraitance animale part sur de bien mauvaises bases.
Ceci étant dit, si des caractéristiques comme l’encrage épais ou les attitudes surjouées dénotent chez l’auteur, Fabrizio Petrossi, la formation (le formatage) Disney, d’autres détails tels les savants humains échevelés rappellent leurs équivalents dans Pif, plusieurs auteurs, de Cavazzano à Corteggiani, Dimberton et Motti ayant travaillé pour les deux entreprises (2), Pif étant la seule série FB dont l’éditeur a véritablement industrialisé, comme Disney, la production (au point que j’hésite à la considérer encore comme du FB), et surtout se retrouve dans Orbit l’irrationnalité totale des scénarios de Pif et des séries Disney, à commencer par les histoires de Picsou, grand financier multimilliardaire dont dans chaque histoire le but est d’accroitre sa fortune en partant à la chasse au trésor...Dans Orbit, un centre aérospatial ne comporte que trois personnes, qui ont besoin de regarder le calendrier pour savoir quand va partir leur capsule spatiale, un ordinateur bégaie dans un compte à rebours...Ce surréalisme narratif participe du charme des aventures de Picsou, nous verrons s’il en sera de même pour cet Orbit, pari plus risqué au vu de l’ambition affichée de l’auteur d’un « double niveau de lecture politique », et du fait qu’il s’agisse d’un premier chapitre sur seulement deux annoncés : sur quel format se développeront les aventures de ce « premier animal doté d’intelligence et capable de piloter un vaisseau », autrement dit un ancêtre du Scrameustache ?
Joan, assisté comme d’habitude d’Annie Pastor pour les couleurs, est un choix très adéquat pour la réalisation des Jeux sur le thème du coq de l’espace, avec son encrage épais et rugeux, comme du Disney punk. Quant à Sti, il fait un double gag dans la Malédiction de la page 13 en y prolongeant le numéro spécial foot avec un jeu de mots avec Orbit et arbitre (c’est moins naze en dessin)...
(1) Non seulement dans La ferme des animaux, mais lorsqu’il élevait des animaux dans sa ferme en Écosse, il a écrit détester ce « the most annoying destructive animal... so strong and cunning », et se dit ravi de bientôt le tuer pour en faire du bacon... (2) Tous quatre ont également travaillé pour Spirou, certes, mais hormis Motti et ses charmants Petit roy Prosper et Nicolas et Nicolette, ce ne fut que pour qu’une poignée de pages dans une poignée de numéros.
Un volumineux avant dernier chapitre de Si je t’écris, nécessaire pour que Zabus et Bodart y expriment le dénouement de l’histoire, au sens propre : le petit Louis ose enfin défaire les liens qui l’étouffaient, les auteurs manifestant cela par un monologue haché de Louis pour s’encourager au milieu des éléments déchainés, que dessine avec inspiration Denis Bodart pour y représenter à la fois la crainte et la détermination de l’enfant. Micro dernier chapitre en revanche (relativement. Avec quatre pages, cela aurait été appelé maxi-chapitre il y a cinquante ans lorsque l’habitude était d’une ou deux planche chaque semaine) pour Starlight, là aussi dans un affrontement avec la nature, mais au contraire de Si je t’écris les héros n’y sont pas seuls mais en duo, et cela change tout au propos de l’histoire comme dans la narration. Les auteurs ont pris leurs plus beaux pinceaux pour cette scène, variations de bleu sombre pour la nuit d’orage de Bodart, multicoloris fluos pour la « cascade inversée » de Philippe Cardona et Florence Torta, Starlight se terminant sur un intéressant suspense qui ouvre une nouvelle perspective sur l’histoire et le personnage de Chantilly.
Deux histoires complètes dans ce numéro, ou plutôt deux variations, puisqu’il s’agit de Au coin de ma rue, où Vincent Zabus et Nicolas Turon proposent un storyboard muet à des dessinateurices chaque fois autres qui imaginent une histoire sur ces images. Outre le plaisir de l’aspect ludique du projet, il permet tant aux scénaristes qu’aux lecteurs de Spirou de découvrir de nouveaux auteurices, cette fois Mayana Itoïz et Nicolas Debon, chacun, comme les précédents dessinateurs, donnant une teinte dominante à son récit, tons crème pour Debon, violet-marron pour Itoïz, et adoptant sur le présent un regard venu du passé. Mayana Itoïz a un point de vue original avec celui d’une vieille bicyclette, les autres auteurs traitant du passé du personnage. Nicolas Debon, comme Zabus dans la présentation de la série, parle du mode oulipien de celle-ci, et cite lui aussi Perec, dans un texte qui décrit parfaitement ce qu’ont voulu faire les auteurices, et bien que ce texte soit bien perecquien il n’en est pas pour autant oulipien, au contraire de l’exercice en lequel consiste cette série https://nicolasdebon.wordpress.com/2026 ... de-ma-rue/
Dans les gags, un intéressant Elliot au collège, d’une part parce qu’il se passe dans l’espace à proximité d’un trou noir (alors que ses jeux vidéos portent d’habitude Elliot dans un univers d’heroic fantasy), et parce que la plupart des cases sont identiques (quelques mimiques d’Elliot et sa créature mises à part), ce qui n’est pas dérangeant puisque ces cases ont un riche décor de cabine spatiale, et est même justifié par le gag portant sur l’ennui et la répétition. Je note que la cabine spatiale est à dominante orange, ce qui est inhabituel, et même insolite dans le monde de la SF, mais est justement la marque des auteurices d’Elliot, Théo Grosjean et Mallo. Le jeune stagiaire est toujours dans L’édito des Fabrice et, sans surprise, semble plus doué qu’eux (qui réussissent tout de même, gag surréaliste, à planter un avion en papier au plafond). Théoschu met en scène la subversive Huguette dans une série d’images et personnages rebelles et révolutionnaires si iconiques qu’on les identifie tous sans peine (avec une censure explicable mais absurde pour les Femen). Bon gag du Freuby repris par Gally pour son malheur, et pour celui de la rédaction, qui joue de la célèbre obsession du copyright par les propriétaires d’un plus que célèbre personnage de BD. Dans Titan inc., l’arc du capitaine sur son iceberg apporte un autre type de gags, plus premier degré que ceux se passant sur la société qu’est le navire en détresse. Le Capitaine Anchois s’était fait rare ces derniers temps, mais Floris est toujours aussi imaginatif avec son roi des glaces dans les « Alpes caraïbes ». Bonne histoire des Filles par Nob, qui illustre bien le caractère de Panda, volonté forte mais impuissante devant le destin (on se souvient de l’arc sur son découragement) . Enfin, j’ai trouvé amusantes car fort équivoques les cases de Kid Paddle de Midam, Benz, Dairin et Angèle avec le petit barbare étreignant un tube de dentifrice géant jusqu’à le faire gicler.
Après Dab’s, c’est cette fois le retour de Pascal Colpron dans La leçon de BD, qui reprend son personnage dédoublé pour mettre en avant la forte subjectivité de certaines critiques (un dessin étrange est-il une erreur ou une figure de style?), sur une planche publiée deux fois dans le journal : Spirou manquerait-il de matériel à publier ? Si Louca était le grand absent du numéro spécial foot, il est ici présent dans une pub avec promotion spéciale coupe du monde. Pour finir, une annonce dans En direct du futur pour le Parc Spirou, l’équivalent actuel du cirque Spirou des années 50-60, qui avait eu une série à lui consacré en 1959-1960, de Dubar et Crill. Mais un cirque, par son itinérance, est plus propice à stimuler des histoires, comme en témoigne Pom et Teddy de Craenhals ou Sybilline et le petit cirque de Macherot et Deliège, ceci ajouté à l’état d’esprit actuel qui a de la défiance envers le premier degré fait qu’il est peu probable que l’on ait un jour une série sur le parc Spirou, le parodique Zozoland de Blatte, Falzar et Usagi ayant été très éphemère.
" Monólogo significa el mono que habla solo." Ramón Gómez de la Serna dans ses Greguerías.
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Re: Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...
Numéro 4602 du 24/06/2026
Ici un aperçu du numéro: https://spirou.com/spirou-et-fantasio-tombent-de-haut/
Après un Canadien qui a repris Gaston, voici un Argentin qui reprend Spirou et Fantasio, tous deux imitant le style de Franquin (un japonais avait fait du Spirou, mais avec son propre style, le premier Spirou « vu par »). Si le style Ligne claire a été baptisé en Hollande, le style atome et l’école de Marcinelle sont plus mondialisés encore puisqu’ils franchissent carrément l’Atlantique. Connaissant le travail des auteurs, Juanungo et Trondheim, on peut supposer que cette aventure classique assurera son quota classique d’humour et d’aventure, la couverture aux couleurs lumineuses en témoigne, que je serais tenté de qualifier de diagonale du fou au vu de sa composition et de la situation de Fantasio.
En dépit de mes réserves personnelles (la tendance de Trondheim, dans ses situations et ses dialogues, et le dessin de Juanungo qui le suit sur ce terrain, à confondre agitation et mouvement, les gags téléologiques qui me semblent toujours un peu faciles et donc peu drôles – le téléphone portable inventé par le comte de Champignac -, et Spirou qui qualifie le fantacoptère d’engin de cirque alors qu’il a depuis été depuis le début admiratif de cette invention, ce qui n’était en général pas le cas des élucubrations de Fantasio. Cette dernière remarque peut sembler du pinaillage, mais c’est sur de tels détails que la relation entre Spirou et Fantasio trouve son équilibre et prend toute sa saveur : Spirou ne rejette pas en bloc toutes les fantaisies de Fantasio comme trop d’auteurs ont tendance à l’exprimer. Trondheim devrait le savoir, qui a bâti la relation Lapinot-Richard sur le modèle Spirou-Fantasio -plus que Tintin-Haddock, Astérix-Obélix, Thorgal-Jolan), ce sera un plaisir de retrouver dans le journal du Spirou chaque semaine jusqu’à l’année prochaine.
La présentation de cette bien nommée Capsule temporelle montre un même dessin sous la forme de storybard par Lewis Trondheim et de crayonné de Juanungo, qui permet de voir que celui-ci a bien gardé son trait cotonneux si particulier, et de comprendre que c’est l’encrage de son compatriote J. Mariano Luengoqui lui donne son apparence franquinienne années 50. Paradoxalement, si l’encrage lisse de Luengo ressemble en apparence plus à celui du Franquin vintage, celui-ci ne faisait pas disparaître la vivacité de son trait, alors que celle du crayonné de Juanungo ne ressort pas après encrage. L’encrage rend l’ensemble plus propre mais plus fade, et il m’aurait intéressé de voir ce qu’aurait donné une planche au crayonné très poussé de Juanungo directement colorisée.
Juanungo est par ailleurs l’auteur se présentant dans Spirou et moi, racontant qu’il y a grandi entre BD franco-belge et BD argentine, BD elle-même aux confluents de plusieurs traditions, et y cite l’anecdote selon laquelle Hergé aurait dit de Franquin qu’il était meilleur dessinateur que lui-même, ce qui est indiscutable, et y ajoute qu’il était meilleur dessinateur de BD, ce qui se discute et est difficilement jugeable (pour autant que cela ait un sens), leurs systèmes de narration dessinée étant assez antipodiques.
Rich ! lui s’est risqué à une vue plongeante sur sa double page de Jeux, peut-être stimulé par le fait de mettre en scène des personnages de Franquin, le prétexte de jeux lui permettant de tricher avec les perspectives difficiles.
Fin de Orbit, ou plutôt clôture de la deuxième moitié du chapitre d’exposition, l’annnonce que l’on retrouvera cette série tous les mois laissant imaginer qu’il s’agira chaque fois d’histoires courtes qui réunies formeront un tout cohérent, comme les publications en maxi chapitres d’Archie Cash dans Spirou ou de Comanche dans Tintin au tournant des années 60-70. Pour le reste, je ne m’étendrai pas sur une remarque du « coq de combat » selon qui le règne de ces « gros porcs » doit tomber, car « cette puanteur de cochon, ce n’est plus possible ». Second degré ? Inconséquence de l’auteur ? Surinterprétation de ma part ? Je n’attends pas la suite avec impatience. Fin également de Si je t’écris, en de nouveau un maxi chapitre (13 pages), en apaisement à la tempête du précédent, celui-ci se déroule autour d’un chocolat chaud, pour les révélations des mystères dont on commençait à se douter fortement. Si Denis Bodart a mis en scène avec talent et sensibilité l’oscillation de cette histoire entre ombres et émotion, le scénario de Zabus a trop et artificiellement prolongé l’aspect mystérieux de l’histoire au détriment des personnages : les auteurs ont réussi à les créer assez attachants pour que l’on s’y attache, justement, et, en dehors de Louis, l’histoire, sympathique, aurait été moins anecdotique s’ils avaient figuré de façon moins monolithique, avec au final un goût de « tout ça pour ça... » : la vieille dame, les oncles et tantes, le père, et surtout la vieille dame n’existent pas vraiment, ils ne sont là que pour servir l’histoire de Louis, sont des personnages outils. Ou plutôt, leur existence n’est ressentie que par le desssin, pas par leur rôle. Est-ce voulu, et s’agit-il d’une belle complicité entre auteurs, ou bien est-ce une faiblesse scénaristique compensée par le dessin ? Chacun le ressentira différemment.
Dans le chapitre 8 d’Attila le conquérant, celui-ci est obligé de faire une pause, ce qui l’énerve passablement. Il faut dire qu’il est à la base excité de nature, et trouve comme d’habitude un argument vaseux pour justifier ses colères, cette fois que les Huns étant un peuple de nomades, ils sont censés être constamment en mouvement. Avec ces justifications tarabiscotées systématiques, l’abbé a créé un amusant personnage d’Attila jésuite.
Pléthore de gags en une page et strips : Un Elliot au collège sur les livres et les portables un peu faible car téléphoné (pas pu résister), Les Fabrice et leur stagiaire plus doué et cultivé qu’eux (ce qui n’est certes pas un critère bien probant), une nouvelle facette de Gary C. Neel en adepte d’horribles jeux de mots, Willy Woob à l’imagination toujours délurée, cette fois sur le thème de la nourriture, Working dead avec ce fumiste de Greg, qui ne semble craindre ses collègues zombies que pour éviter de travailler dans sa start-up, alors que ce qu’on y attend de lui est pourtant devenu évident, donner des idées de nouvelles applis, comme le fait cette semaine la charmante zombie Mo à la bouche en coeur. Dans Nelson, Julie est subitement tombée amoureuse, on ne sait pour l’instant de qui, toujours de bons strips de Titan inc. sur le capitaine se démenant sur son iceberg, Capitaine Anchois et ses scénarios construits du coq à l’âne, et une page très juste de Nob sur la socialisation : on se souvient des précédentes expériences plutôt négatives de Bébérénice, mais elle parvient enfin à se faire une amie, lors d’une rencontre imprévue.
Pour finir, deux annonces. Dans En direct du futur, pour la parution prochaine du prochain Tuniques bleues, qui se veut humoristique en donnant des informations inattendues, anecdotiques ou farfelues mais véridiques sur les chevaux tout en précisant deux fois qu’elles sont « parfaitement inutiles ». Fut un temps où ce genre d’informations florissaient dans les journaux sous le titre "le saviez-vous ? ", " incroyable mais vrai " ou autre nom du genre, mais personne n’osait juger de l’utilité de ce que les gens apprenaient. Volonté dirigiste ma placée, ou tentative de se moquer des anecdotes ridicules qui se multiplient sur les réseaux sociaux ? L’autre annonce est bien plus intéressante puisqu’elle présente de manière amusante et énigmatique sous forme de strips des personnages d’une nouvelle série, visiblement dessinée par Nicoby, oscillant a priori entre le mystérieux et l’humoristique : belle adéquation du fonds et de la forme dans cette publicité. Et Cromheecke et Thiriet font une très bonne autre publicité, décalée, avec leur illustration du Bon d’abonnement.
Ici un aperçu du numéro: https://spirou.com/spirou-et-fantasio-tombent-de-haut/
Après un Canadien qui a repris Gaston, voici un Argentin qui reprend Spirou et Fantasio, tous deux imitant le style de Franquin (un japonais avait fait du Spirou, mais avec son propre style, le premier Spirou « vu par »). Si le style Ligne claire a été baptisé en Hollande, le style atome et l’école de Marcinelle sont plus mondialisés encore puisqu’ils franchissent carrément l’Atlantique. Connaissant le travail des auteurs, Juanungo et Trondheim, on peut supposer que cette aventure classique assurera son quota classique d’humour et d’aventure, la couverture aux couleurs lumineuses en témoigne, que je serais tenté de qualifier de diagonale du fou au vu de sa composition et de la situation de Fantasio.
En dépit de mes réserves personnelles (la tendance de Trondheim, dans ses situations et ses dialogues, et le dessin de Juanungo qui le suit sur ce terrain, à confondre agitation et mouvement, les gags téléologiques qui me semblent toujours un peu faciles et donc peu drôles – le téléphone portable inventé par le comte de Champignac -, et Spirou qui qualifie le fantacoptère d’engin de cirque alors qu’il a depuis été depuis le début admiratif de cette invention, ce qui n’était en général pas le cas des élucubrations de Fantasio. Cette dernière remarque peut sembler du pinaillage, mais c’est sur de tels détails que la relation entre Spirou et Fantasio trouve son équilibre et prend toute sa saveur : Spirou ne rejette pas en bloc toutes les fantaisies de Fantasio comme trop d’auteurs ont tendance à l’exprimer. Trondheim devrait le savoir, qui a bâti la relation Lapinot-Richard sur le modèle Spirou-Fantasio -plus que Tintin-Haddock, Astérix-Obélix, Thorgal-Jolan), ce sera un plaisir de retrouver dans le journal du Spirou chaque semaine jusqu’à l’année prochaine.
La présentation de cette bien nommée Capsule temporelle montre un même dessin sous la forme de storybard par Lewis Trondheim et de crayonné de Juanungo, qui permet de voir que celui-ci a bien gardé son trait cotonneux si particulier, et de comprendre que c’est l’encrage de son compatriote J. Mariano Luengoqui lui donne son apparence franquinienne années 50. Paradoxalement, si l’encrage lisse de Luengo ressemble en apparence plus à celui du Franquin vintage, celui-ci ne faisait pas disparaître la vivacité de son trait, alors que celle du crayonné de Juanungo ne ressort pas après encrage. L’encrage rend l’ensemble plus propre mais plus fade, et il m’aurait intéressé de voir ce qu’aurait donné une planche au crayonné très poussé de Juanungo directement colorisée.
Juanungo est par ailleurs l’auteur se présentant dans Spirou et moi, racontant qu’il y a grandi entre BD franco-belge et BD argentine, BD elle-même aux confluents de plusieurs traditions, et y cite l’anecdote selon laquelle Hergé aurait dit de Franquin qu’il était meilleur dessinateur que lui-même, ce qui est indiscutable, et y ajoute qu’il était meilleur dessinateur de BD, ce qui se discute et est difficilement jugeable (pour autant que cela ait un sens), leurs systèmes de narration dessinée étant assez antipodiques.
Rich ! lui s’est risqué à une vue plongeante sur sa double page de Jeux, peut-être stimulé par le fait de mettre en scène des personnages de Franquin, le prétexte de jeux lui permettant de tricher avec les perspectives difficiles.
Fin de Orbit, ou plutôt clôture de la deuxième moitié du chapitre d’exposition, l’annnonce que l’on retrouvera cette série tous les mois laissant imaginer qu’il s’agira chaque fois d’histoires courtes qui réunies formeront un tout cohérent, comme les publications en maxi chapitres d’Archie Cash dans Spirou ou de Comanche dans Tintin au tournant des années 60-70. Pour le reste, je ne m’étendrai pas sur une remarque du « coq de combat » selon qui le règne de ces « gros porcs » doit tomber, car « cette puanteur de cochon, ce n’est plus possible ». Second degré ? Inconséquence de l’auteur ? Surinterprétation de ma part ? Je n’attends pas la suite avec impatience. Fin également de Si je t’écris, en de nouveau un maxi chapitre (13 pages), en apaisement à la tempête du précédent, celui-ci se déroule autour d’un chocolat chaud, pour les révélations des mystères dont on commençait à se douter fortement. Si Denis Bodart a mis en scène avec talent et sensibilité l’oscillation de cette histoire entre ombres et émotion, le scénario de Zabus a trop et artificiellement prolongé l’aspect mystérieux de l’histoire au détriment des personnages : les auteurs ont réussi à les créer assez attachants pour que l’on s’y attache, justement, et, en dehors de Louis, l’histoire, sympathique, aurait été moins anecdotique s’ils avaient figuré de façon moins monolithique, avec au final un goût de « tout ça pour ça... » : la vieille dame, les oncles et tantes, le père, et surtout la vieille dame n’existent pas vraiment, ils ne sont là que pour servir l’histoire de Louis, sont des personnages outils. Ou plutôt, leur existence n’est ressentie que par le desssin, pas par leur rôle. Est-ce voulu, et s’agit-il d’une belle complicité entre auteurs, ou bien est-ce une faiblesse scénaristique compensée par le dessin ? Chacun le ressentira différemment.
Dans le chapitre 8 d’Attila le conquérant, celui-ci est obligé de faire une pause, ce qui l’énerve passablement. Il faut dire qu’il est à la base excité de nature, et trouve comme d’habitude un argument vaseux pour justifier ses colères, cette fois que les Huns étant un peuple de nomades, ils sont censés être constamment en mouvement. Avec ces justifications tarabiscotées systématiques, l’abbé a créé un amusant personnage d’Attila jésuite.
Pléthore de gags en une page et strips : Un Elliot au collège sur les livres et les portables un peu faible car téléphoné (pas pu résister), Les Fabrice et leur stagiaire plus doué et cultivé qu’eux (ce qui n’est certes pas un critère bien probant), une nouvelle facette de Gary C. Neel en adepte d’horribles jeux de mots, Willy Woob à l’imagination toujours délurée, cette fois sur le thème de la nourriture, Working dead avec ce fumiste de Greg, qui ne semble craindre ses collègues zombies que pour éviter de travailler dans sa start-up, alors que ce qu’on y attend de lui est pourtant devenu évident, donner des idées de nouvelles applis, comme le fait cette semaine la charmante zombie Mo à la bouche en coeur. Dans Nelson, Julie est subitement tombée amoureuse, on ne sait pour l’instant de qui, toujours de bons strips de Titan inc. sur le capitaine se démenant sur son iceberg, Capitaine Anchois et ses scénarios construits du coq à l’âne, et une page très juste de Nob sur la socialisation : on se souvient des précédentes expériences plutôt négatives de Bébérénice, mais elle parvient enfin à se faire une amie, lors d’une rencontre imprévue.
Pour finir, deux annonces. Dans En direct du futur, pour la parution prochaine du prochain Tuniques bleues, qui se veut humoristique en donnant des informations inattendues, anecdotiques ou farfelues mais véridiques sur les chevaux tout en précisant deux fois qu’elles sont « parfaitement inutiles ». Fut un temps où ce genre d’informations florissaient dans les journaux sous le titre "le saviez-vous ? ", " incroyable mais vrai " ou autre nom du genre, mais personne n’osait juger de l’utilité de ce que les gens apprenaient. Volonté dirigiste ma placée, ou tentative de se moquer des anecdotes ridicules qui se multiplient sur les réseaux sociaux ? L’autre annonce est bien plus intéressante puisqu’elle présente de manière amusante et énigmatique sous forme de strips des personnages d’une nouvelle série, visiblement dessinée par Nicoby, oscillant a priori entre le mystérieux et l’humoristique : belle adéquation du fonds et de la forme dans cette publicité. Et Cromheecke et Thiriet font une très bonne autre publicité, décalée, avec leur illustration du Bon d’abonnement.
" Monólogo significa el mono que habla solo." Ramón Gómez de la Serna dans ses Greguerías.


