(Toujours plus de sommaire donc d’aperçu du numéro sur le site spirou.com cette semaine encore)
Comme lors de sa précédente présence en couverture, Nelson y figure dans un décor atypique pour lui, l’exploration d’une jungle marécageuse en compagnie d’Hubert en tenue d’aventurier tropical. Mais puisqu’il s’agit d’une série comique, Bertschy ne leur fait y affronter qu’insectes et grenouille. L’histoire, en 8 strips et 2 pages (fait rare chez Bertschy) répartis au long du journal, raconte comment Nelson et son complice en stupidités Hubert laissent moisir un yaourt (yogourt disent-ils) pour examiner (scientifiquement disent-ils) comment la vie va y proliférer, jusqu’à devenir une jungle envahissante
On est loin, même si les premiers strips pouvaient y mener, des moisissures du comte de Champignac à la fin de L’ombre du Z, et plus proche du En direct de la rédaction[/i] de Franquin et Delporte où tout un jardin se développe autour du gaffophone
ou de l’histoire courte de Broussaille où, suite à une maladresse de celui-ci, une jungle se forme dans un appartement.
Flicorne et Frédule de Lisa Mandel et Pochep continuent de chercher leur chemin dans les marges du journal, y croisant de nouveau Fantasperge bien sûr, revenant chez les Fabrice pour leur demander une fausse dédicace (pour la revente), les Fabrice, toujours plein d’illusions sur leur propre valeur s’exécutant innocemment, Flicorne prend toujours les personnages du journal pour d’autres (Louca pour Olivétome (sic), les Fabrice pour les Dupondt), et elle et son frère commencent même à dessiner dans les marges, dont dans celles de Spirou et moi consacré à la doubleuse de voix de dessins animés Brigitte Lecordier, heureux hasard de mise en page puisque celle-ci y souligne justement l’importance d’une enfance très libre. Flicorne va jusqu’à découper une case qui lui plait dans le journal (de Nelson, case qui ne manque pas au strip, qui aurait donc très bien pu tenir en 3 ou même 2 cases), et elle et son frère envahir En direct de la rédac, en y collant un message et des dessins, par l’avis de recherche les concernant y étant affiché, et indirectement par les Fabrice, finalement traumatisés par leur demande d’autographes et qui y sont déguisés (approximativement) en Nob et Midam, et franchir le quatrième mur en demandant à ceux qui lisent le journal où est la sortie, en un gros plan regard héritier de Monika de Bergman. Les sœurs Grémillet poursuivent leur exploration des masques exprimant les divers aspects des personnalités, s’aidant de fables d’Esope sur des animaux voulant ressembler à d’autres, Cassiopée évoquant même Jekill et Hyde, ces interrogations toujours répercutées dans leur ville schizophrène, où des quartiers de batiments modernes et de voies rapides sont juxtaposés à des quartiers médiévaux piétonniers sur plusieurs niveaux, faits de passages et d’escaliers de pierre et débordant de végétation, les personnages et leurs masques en écho au Persona de Bergman, encore. Un nouveau parallèle apparaît entre Starlight et Les sœurs Grémillet, celui des masques que portent les gens. Que le vieux sage Tibble supplie Cyrius de se méfier de tous, et en premier lieu de la charmante Chantilly, n’est-ce qu’une fausse piste, un suspense artificiel justifié par la froussardise des Tibbles, ou une véritable péripétie ? Que Philippe Cardona utilise une trame et Florence Torta un autre registre de couleurs pour représenter un éventuel côté sombre de Chantilly témoigne de leur maitrise narrative, comme l’invention des taupes-souris en créatures ne supportant pas la lumière (doublement, comme taupes et comme chauves-souris) de l’imagination de l’auteur, par contre ses cadrages et son usage outrés des crollebitches provoquent des problèmes de lisibilité (Chantilly se contente-t-elle de voler le poignard de l’extra-terrestre à tête d’orque, ou a-t-elle l’intention de le tuer avec?). Suite de Si je t’écris, une BD pratiquement documentaire par la précision du rendu du tournant des années 60-70, la justesse des attitudes, les couleurs qui rendent la chaleur de l’été presque palpable, réalisme ressenti qui, couplé au dessin caricatural de Denis Bodard, rend incertaine notre perception de la sorcière : son grand nez pointu pourrait signifier une vraie sorcière, si l’on se tient du côté réaliste, comme une exagération graphique, du côté caricatural. Une belle ambiguïté.
Le gag de Elliot au collège par Théo Grosjean et Mallo est très bien mis en scène, tant au niveau des dialogues que du dessin (les déformations faciales de Bastien), très original et, dans la lignée du précédent, psychologiquement particulièrement juste, (la folie fait peur, particulièrement à ceux qui se cachent à eux-mêmes leurs propres déséquilibres). Dans les autres gags, Aude Picault continue ses études graphiques de chats dans Boulette (un gouttière décharné cette fois), dans Huguette et Croquette, Théoschu, par des noirs profonds et de forts contrastes, rend une ambiance fantômatique très différente du cimetière de Si je t’écris, uniformément baigné par une lumière nocturne. Bonne série de strips de Brad Rock de Jilème et Sophie David, sur l’ouverture d’un restaurant pour le moins amateur, bons gags absurdes dans La pause cartoon avec Les Fifiches du Proprofesseur, Des gens et inversement et Tash et Trash, ainsi que du strip du Freuby, dont Gally, qui en a hérité du dessin, est la victime.
Dans les autres rubriques, les Jeux de Joan et Annie Pastor sont une sortie montagne organisée par Nelson, prétexte à une belle double page bucolico-comique avec de nombreux personnages du journal, un errata corrige l’erreur de la date du retour de Yoko Tsuno donnée dans un numéro précédent, et dans le Courrier des lecteurs Kox répond avec justesse à une question mal posée sur le pourquoi de la fréquente rondeur corporelle des représentants de l’ordre, qui y associe par inattention le gredin Pat’Hibulaire de Mickey (selon Kox, le côté rondouillard des agents 212, 22 (dans Boule et Bill), et 15 (dans Quick et Flupke) « adoucit la figure de l’autorité et favorise le gag »). Une page de publicité pour plusieurs séries jeunesse Dupuis suggère un âge de lecture (dès 6 ans), une prescription déjà présente dans deux publicités du numéro précédent. Enfin, l’annonce de En direct du futur pratique l’auto ironie, en classant les héros des éditions Dupuis en trois catégories, «l’édition patrimoniale, le spin-off d’un personnage existant, et les nouveaux héros » (quid des nouvelles histoires d’anciens héros toujours présents?) La nouvelle série prévue pour le 17 juin s’inspire de La planète des singes de Pierre Boule et de La ferme des animaux de George Orwell, mais en « rigolo ». L’aspect « dystopique » de ces deux ouvrages transparaitra par le personnage principal, un poulet astronaute. L’autre influence, non dite, pour laquelle l’auteur, Fabrizio Petrossi, utilise des personnages animaliers vient du fait qu’il est, comme grand nombre de ses confrères compatriotes, un italien travaillant pour Disney.



