Re: Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...
Posté : dim. 31 mai 2026 21:40
Numéro 4597 du 20/05/2026
(Toujours pas de sommaire donc d’aperçu du numéro sur le site spirou.com cette semaine encore, et cela depuis le retour de Gaston dans le journal…Je m'y colle donc pour la couverture)

De même que Willy Woob prend les expressions au pied de la lettre, Théo Grosjean a représenté en couverture le « paysage mental » d’Églantine, et celui-ci, un désert fantastique, pour lequel les franges d’Églantine forment des herses derrière Elliot et sa créature, fait écho aux paysages qu’explore Elliot dans ses jeux vidéos, faisant se rejoindre le monde des jeux dans lequels s’évade Elliot et le monde réel des sentiments de son amie. L’histoire est en deux parties, entrecoupées d’un récapitulatif de ce que sont les créatures émotionnelles et les voyages intérieurs du monde d’Elliot, monde à deux dimensions donc, l’une étant similaire à notre monde, dans laquelle vivent, comme nous, la plupart des personnages d’Elliot, et l’autre, psychique, où ne peuvent aller que quelques Témoins. La première partie est un gag en une page, comme le plus souvent dans cette série, suivie par une histoire courte, format qu’utilise en général Théo Grosjean pour les voyages intérieurs. Le trait de Théo Grosjean, les déformations graphiques des perspectives de ses personnages (pied, jambe, main démesurément grossis) est de la même inspiration que celui de Joe Daly dans Highbone theatre, qui lui aussi y met en scène des personnages évoluant entre monde semblable au notre et monde fantastique, tous deux utilisant de mêmes techniques graphiques pour mieux faire passer les transitions entre les mondes. Est personnelle à Théo Grosjean par contre l’utilisation de la couleur orange, quelle que soit sa coloriste (Anna Maria Riccobono pour les premiers albums, Mallo actuellement), dans les fonds de cases monochromes, l’aura du voyage mental, les roches omniprésentes dans cette histoire, un orange qui n’est pas du tout celui de Nelson, de même que les mesas du paysage mental d’Églantine n’ont rien à voir avec celles d’Arizona de Blueberry.
Elliot se retrouve dans le jeu test de En direct de la rédac, illustré par Bercovici, qui reproduit le cliché vu dans tant de bandes dessinées, le cancre étant UN cancre, le bon élève étant UNE bonne élève (le cliché ressort d’autant plus qu’il est écrit LE bon élève alors que Bercovici le représente par une fille). Cette bonne élève étant par ailleurs toujours obéissante et réservée, coulée dans l’assignation sociale que notent Vinciane Despret et Isabelle Stengers dans « Les faiseuses d’histoire. Que font les femmes à la pensée? », citant Laurence Bouquiaux ( mathématicienne et philosophe, enseigne la philosophie des sciences et l’histoire de la philosophie moderne à l’université de Liège) : « Beaucoup de nos collègues ne nous pardonneront d’être intelligentes que si nous renonçons à être brillantes. La modestie est une vertu cardinale (pour les femmes, bien sûr). On exécute, on fait la petite main, on applique sagement ce qu’on nous a appris, mais on n’invente pas, ou alors seulement aux marges, sur les questions sans prestige auxquelles les hommes ne consacreraient pas une heure de peine. » Dans Elliot au collège, face à la bonne élève modèle Églantine, Théo Grosjean a introduit le personnage d’Aya, bonne élève révoltée, mais ce personnage, difficile à gérer sans tomber dans d’autres clichés, est peu exploité.
Tom Sorroldini a aussi représenté le désert du paysage mental d’Eglantine dans ses Jeux, mais, facétieux, y a ajouté aux mesas les fameux cactus saguaros des westerns, un sphinx égyptien, et un ver des sables de Dune de Frank Herbert, illustrant la diversité des déserts, loin de l'image du tas de sable.
Dans une belle idée d’animation, l’histoire de Lisa Mandel et Pochep de Frédule et Flicorne, les enfants perdus dans la rédaction de Spirou, qui avait débuté dans le numéro précédent, se poursuit non sous forme de planches de BD mais dans les marges du magazine (au grand plaisir sans doute de la graphiste Dominique Paquet, qui plaisantait justement dans le numéro précédent sur ces complexités de mises en pages surprises). Dans un festival de gags sur les personnages de BD, cherchant avec son frère son chemin dans les pages du journal, l’enthousiaste Flicorne se demande si ils vont « rencontrer le canard qui est super riche », s’excite à la vue des petits Cavaliers de l’apocadispe qu’elle prend pour des Schtroumpfs, ou Dad pour « celui qui est tombé dans la potion magique », et bien sûr, s’égarent dans le bureau des Fabrice, où pour une fois le frère et la sœur ont le même (dé)goût.
Un autre personnage se balade dans le journal, Lucky Luke, dans une pleine page de publicité annonçant des albums faisant « retour au format historique », celui des brochés à couverture souple, d’où le faible prix, ce « retour » se révélant pour ce qu’il est, une opération commerciale, et comme telle trompeuse, puisque dans les 14 albums présentés, plus de la moitié n’avaient jamais été publiés sous ce format, hormis lors d’autres opérations commerciales justement, d’albums à tirage spécial offerts dans des stations d’essence, et involontairement ironique, puisque Morris avait justement quitté Spirou et Dupuis pour passer chez Dargaud qui a publié Lucky Luke sous couvertures cartonnées. Dans le chapitre de Si je t’écris, qui se passe dans les années 60, Louis est justement en train de lire un de ces Lucky Luke souples, probablement dans son édition originale lui, puisqu’il s’agit du 20ème de cavalerie, sorti en 1965. Enfin, il apparaît en filigrane dans Huguette et Croquette de Théoschu, qui a invité pour l’occasion le dessinateur Bastien Fournier à dessiner l’imposant personnage de « Morris...Euh, Maurice ! », ainsi présenté, portant des chaussons à l’effigie du cow-boy, se tenant dans l’exacte fameuse position de Lucky Luke se préparant à dégainer, visible dans la publicité ainsi qu’au dos des albums souples Dupuis, mais inversée, Morris-Maurice étant de dos. Théoschu a mis un dernier clin d’oeil au western dans l’affiche derrière le bar vantant les « tisane du sheriff » et « tisane foin-cactus ».
Dans Si je t’écris, Denis Bodart et Vincent Zabus expriment la maladresse du père essayant de communiquer avec son fils en le faisant se tromper dans le slogan de Lucky Luke : Zabus parlait des non-dits dans les familles, ceux-ci apparaissent ici parce que le dire est difficile. Le montrer aussi, d’ailleurs : la tante du petit Louis parle d’un apéro pris « de plus en plus tôt », or, alors que l’histoire se passe en été et que sous nos latitudes le soleil se couche alors vers 22 heures, la scène se passe au crépuscule, ce qui fait tard pour un apéro censé être pris tôt. Dans Starlight, alors qu’il est accusé d’être un gamin irresponsable accumulant les dangereuses stupidités, Cyrius, dans une declaration grandiloquente, prend la pose du héros prêt à se sacrifier, scène typique du manga shonen, et qui classe définitivement cette série dans la catégorie des BD jeunesses dynamiques et amusantes mais à la psychologie schématisée jusqu’à la caricature. On est à l’opposé des Soeurs Grémillet où Giovanni Di Gregorio et Alessandro Barbucci, bien que revendiquant aussi une influence manga et anime, (on aperçoit dans une planche de cette semaine Totoro et une Magical girl), produisent une belle séquence où les deux plus grandes sœur sont désarçonnées par l’interrogation sur ce qu’elles sont, et la benjamine par la traitrise (un garçon qu’elle croyait vouloir élever un chien veut en fait le dominer).
Dans les gags, par une extraordinaire coïncidence, Berth dans Des gens et inversement fait une variation du gag de Willy Woob du numéro précédent sur les immeubles d’escargots, et, après avoir occupé l’ours du journal, pris la place du dessin de Cromheecke et Thiriet pour le bulletin d’abonnement, Le Freuby prend maintenant celle de Fish n chips. On connaît les problèmes que posent les espèces dites invasives, et, toujours à la pointe de la recherche, Spirou accueille ainsi lui (à son corps défendant) la première bande dessinée invasive...Le gag de Kid Paddle où il joue au jeu du petit barbare et la princesse ne se termine pas pour une fois par un simple « game over » mais par un jeu de mot ironique de sa sœur. Quant à Nob, Dad est en retrait de la série Les filles, mais pas le reste de la famille, et cette fois le gag concerne la relation entre Roxane et son grand’père(et on aperçoit de nouveau Mamette au détour d’une case).
Enfin, dans le rédactionnel, Paul Satis rend hommage au dessinateur récemment décédé Jean-Paul Krasinsky, qui a publié chez Dupuis dans la collection Aire libre, et dans Spirou la série Sale bête, avec Maïa Mazaurette au scénario, et dans le Courrier des lecteurs, on apprend que Manoir à louer a initialement pour but d’être une bande dessinée sur « les émotions que procure le fait d’être abonné à Spirou » (même si ceux-ci sont relativement nombreux, c’est tout de même un sujet très contraignant, que jusqu’à présent les auteurs n’ont pas vraiment réussi à utiliser au-delà de l’anecdotique), et l’idée qu’une vampire, allergique à la lumière du jour, ne connaitrait le monde qu’à travers les journaux, « comme par exemple Spirou », approche aux nombreux potentiels, malheureusement sous traitée.
(Toujours pas de sommaire donc d’aperçu du numéro sur le site spirou.com cette semaine encore, et cela depuis le retour de Gaston dans le journal…Je m'y colle donc pour la couverture)
De même que Willy Woob prend les expressions au pied de la lettre, Théo Grosjean a représenté en couverture le « paysage mental » d’Églantine, et celui-ci, un désert fantastique, pour lequel les franges d’Églantine forment des herses derrière Elliot et sa créature, fait écho aux paysages qu’explore Elliot dans ses jeux vidéos, faisant se rejoindre le monde des jeux dans lequels s’évade Elliot et le monde réel des sentiments de son amie. L’histoire est en deux parties, entrecoupées d’un récapitulatif de ce que sont les créatures émotionnelles et les voyages intérieurs du monde d’Elliot, monde à deux dimensions donc, l’une étant similaire à notre monde, dans laquelle vivent, comme nous, la plupart des personnages d’Elliot, et l’autre, psychique, où ne peuvent aller que quelques Témoins. La première partie est un gag en une page, comme le plus souvent dans cette série, suivie par une histoire courte, format qu’utilise en général Théo Grosjean pour les voyages intérieurs. Le trait de Théo Grosjean, les déformations graphiques des perspectives de ses personnages (pied, jambe, main démesurément grossis) est de la même inspiration que celui de Joe Daly dans Highbone theatre, qui lui aussi y met en scène des personnages évoluant entre monde semblable au notre et monde fantastique, tous deux utilisant de mêmes techniques graphiques pour mieux faire passer les transitions entre les mondes. Est personnelle à Théo Grosjean par contre l’utilisation de la couleur orange, quelle que soit sa coloriste (Anna Maria Riccobono pour les premiers albums, Mallo actuellement), dans les fonds de cases monochromes, l’aura du voyage mental, les roches omniprésentes dans cette histoire, un orange qui n’est pas du tout celui de Nelson, de même que les mesas du paysage mental d’Églantine n’ont rien à voir avec celles d’Arizona de Blueberry.
Elliot se retrouve dans le jeu test de En direct de la rédac, illustré par Bercovici, qui reproduit le cliché vu dans tant de bandes dessinées, le cancre étant UN cancre, le bon élève étant UNE bonne élève (le cliché ressort d’autant plus qu’il est écrit LE bon élève alors que Bercovici le représente par une fille). Cette bonne élève étant par ailleurs toujours obéissante et réservée, coulée dans l’assignation sociale que notent Vinciane Despret et Isabelle Stengers dans « Les faiseuses d’histoire. Que font les femmes à la pensée? », citant Laurence Bouquiaux ( mathématicienne et philosophe, enseigne la philosophie des sciences et l’histoire de la philosophie moderne à l’université de Liège) : « Beaucoup de nos collègues ne nous pardonneront d’être intelligentes que si nous renonçons à être brillantes. La modestie est une vertu cardinale (pour les femmes, bien sûr). On exécute, on fait la petite main, on applique sagement ce qu’on nous a appris, mais on n’invente pas, ou alors seulement aux marges, sur les questions sans prestige auxquelles les hommes ne consacreraient pas une heure de peine. » Dans Elliot au collège, face à la bonne élève modèle Églantine, Théo Grosjean a introduit le personnage d’Aya, bonne élève révoltée, mais ce personnage, difficile à gérer sans tomber dans d’autres clichés, est peu exploité.
Tom Sorroldini a aussi représenté le désert du paysage mental d’Eglantine dans ses Jeux, mais, facétieux, y a ajouté aux mesas les fameux cactus saguaros des westerns, un sphinx égyptien, et un ver des sables de Dune de Frank Herbert, illustrant la diversité des déserts, loin de l'image du tas de sable.
Dans une belle idée d’animation, l’histoire de Lisa Mandel et Pochep de Frédule et Flicorne, les enfants perdus dans la rédaction de Spirou, qui avait débuté dans le numéro précédent, se poursuit non sous forme de planches de BD mais dans les marges du magazine (au grand plaisir sans doute de la graphiste Dominique Paquet, qui plaisantait justement dans le numéro précédent sur ces complexités de mises en pages surprises). Dans un festival de gags sur les personnages de BD, cherchant avec son frère son chemin dans les pages du journal, l’enthousiaste Flicorne se demande si ils vont « rencontrer le canard qui est super riche », s’excite à la vue des petits Cavaliers de l’apocadispe qu’elle prend pour des Schtroumpfs, ou Dad pour « celui qui est tombé dans la potion magique », et bien sûr, s’égarent dans le bureau des Fabrice, où pour une fois le frère et la sœur ont le même (dé)goût.
Un autre personnage se balade dans le journal, Lucky Luke, dans une pleine page de publicité annonçant des albums faisant « retour au format historique », celui des brochés à couverture souple, d’où le faible prix, ce « retour » se révélant pour ce qu’il est, une opération commerciale, et comme telle trompeuse, puisque dans les 14 albums présentés, plus de la moitié n’avaient jamais été publiés sous ce format, hormis lors d’autres opérations commerciales justement, d’albums à tirage spécial offerts dans des stations d’essence, et involontairement ironique, puisque Morris avait justement quitté Spirou et Dupuis pour passer chez Dargaud qui a publié Lucky Luke sous couvertures cartonnées. Dans le chapitre de Si je t’écris, qui se passe dans les années 60, Louis est justement en train de lire un de ces Lucky Luke souples, probablement dans son édition originale lui, puisqu’il s’agit du 20ème de cavalerie, sorti en 1965. Enfin, il apparaît en filigrane dans Huguette et Croquette de Théoschu, qui a invité pour l’occasion le dessinateur Bastien Fournier à dessiner l’imposant personnage de « Morris...Euh, Maurice ! », ainsi présenté, portant des chaussons à l’effigie du cow-boy, se tenant dans l’exacte fameuse position de Lucky Luke se préparant à dégainer, visible dans la publicité ainsi qu’au dos des albums souples Dupuis, mais inversée, Morris-Maurice étant de dos. Théoschu a mis un dernier clin d’oeil au western dans l’affiche derrière le bar vantant les « tisane du sheriff » et « tisane foin-cactus ».
Dans Si je t’écris, Denis Bodart et Vincent Zabus expriment la maladresse du père essayant de communiquer avec son fils en le faisant se tromper dans le slogan de Lucky Luke : Zabus parlait des non-dits dans les familles, ceux-ci apparaissent ici parce que le dire est difficile. Le montrer aussi, d’ailleurs : la tante du petit Louis parle d’un apéro pris « de plus en plus tôt », or, alors que l’histoire se passe en été et que sous nos latitudes le soleil se couche alors vers 22 heures, la scène se passe au crépuscule, ce qui fait tard pour un apéro censé être pris tôt. Dans Starlight, alors qu’il est accusé d’être un gamin irresponsable accumulant les dangereuses stupidités, Cyrius, dans une declaration grandiloquente, prend la pose du héros prêt à se sacrifier, scène typique du manga shonen, et qui classe définitivement cette série dans la catégorie des BD jeunesses dynamiques et amusantes mais à la psychologie schématisée jusqu’à la caricature. On est à l’opposé des Soeurs Grémillet où Giovanni Di Gregorio et Alessandro Barbucci, bien que revendiquant aussi une influence manga et anime, (on aperçoit dans une planche de cette semaine Totoro et une Magical girl), produisent une belle séquence où les deux plus grandes sœur sont désarçonnées par l’interrogation sur ce qu’elles sont, et la benjamine par la traitrise (un garçon qu’elle croyait vouloir élever un chien veut en fait le dominer).
Dans les gags, par une extraordinaire coïncidence, Berth dans Des gens et inversement fait une variation du gag de Willy Woob du numéro précédent sur les immeubles d’escargots, et, après avoir occupé l’ours du journal, pris la place du dessin de Cromheecke et Thiriet pour le bulletin d’abonnement, Le Freuby prend maintenant celle de Fish n chips. On connaît les problèmes que posent les espèces dites invasives, et, toujours à la pointe de la recherche, Spirou accueille ainsi lui (à son corps défendant) la première bande dessinée invasive...Le gag de Kid Paddle où il joue au jeu du petit barbare et la princesse ne se termine pas pour une fois par un simple « game over » mais par un jeu de mot ironique de sa sœur. Quant à Nob, Dad est en retrait de la série Les filles, mais pas le reste de la famille, et cette fois le gag concerne la relation entre Roxane et son grand’père(et on aperçoit de nouveau Mamette au détour d’une case).
Enfin, dans le rédactionnel, Paul Satis rend hommage au dessinateur récemment décédé Jean-Paul Krasinsky, qui a publié chez Dupuis dans la collection Aire libre, et dans Spirou la série Sale bête, avec Maïa Mazaurette au scénario, et dans le Courrier des lecteurs, on apprend que Manoir à louer a initialement pour but d’être une bande dessinée sur « les émotions que procure le fait d’être abonné à Spirou » (même si ceux-ci sont relativement nombreux, c’est tout de même un sujet très contraignant, que jusqu’à présent les auteurs n’ont pas vraiment réussi à utiliser au-delà de l’anecdotique), et l’idée qu’une vampire, allergique à la lumière du jour, ne connaitrait le monde qu’à travers les journaux, « comme par exemple Spirou », approche aux nombreux potentiels, malheureusement sous traitée.