Re: Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...
Posté : lun. 27 avr. 2026 09:06
Numéro 4591 du 08/04/2026
Ici un aperçu du numéro: https://spirou.com/huguette-et-croquett ... s-derider/
Révolution ce printemps chez Spirou : une vieille dame guide un peuple à l’assaut de la rédaction, détruisant tout sur son passage, roulant sur une planche de Gaston, écrasant la queue du Marsupilami. Mais pour cette fois, ce n’est pas une nouvelle génération d’auteurs qui chasse l’ancienne, et les boutons sur les corps de ces révolutionnaires ne sont pas de l’acné, car il s’agit de l’aboutissement de la pression que mettait depuis quelques semaines dans En direct de la rédac une vieille dame du nom d’Huguette pour obtenir dans le magazine une série spécifiquement dédiée aux lectorat du troisième âge et la mettant en scène. C’est donc Huguette et Croquette (une nouvelle série avec un chat) et tous les résidents de l’hospice Les vieux croutons qui déferlent dans Spirou. Plus q’une révolution, c’est à une invasion que Spirou a à faire, Huguette étant aussi présente dans les Jeux de Thomas Priou bien sûr, mais elle a aussi remplacé le Furby/Freuby de l’animation du Bon d’abonnement, et dans En direct du futur, sous le titre Huguette a gagné, nous apprenons qu’elle sera présente chaque semaine dans Spirou. Ce genre d’animation fait partie du renouveau du journal, qui fait un lien entre les numéros non seulement avec les histoires (à suivre) mais en établissant une continuité rédactionnelle ludique. La présentation de la série sous forme de fiche d’inscription à l’hospice confirme le running gag des courriers de la vieille dame et son caractère volontaire. Si le premier gag en deux planches est d’un humour cruel, reprenant en l’inversant un gag de Bouzard dans Autobiography of a mitroll, avec une surprenante et belle case en négatif noir et blanc, les deux gags suivants sont plus grand public, et posent les bases de ce que sera cette série de Théoschu, un nouvel auteur complet (scénario, dessin, couleurs) chez Spirou, qui nous est présenté dans le désormais autoportrait en écorché, une belle idée qui donne lieu à des représentations révélatrices, amusantes et impressionnantes graphiquement. Son dessin est très caricatural et sert bien l’expression de ses personnages seniors, et structurellement se situe dans une lignée allant d’Altan au récent Berberian en passant par Luz, Fabrice Erre, Aude Picault (pour ses humains, pas dans Boulette), parfois Nob ou Bretécher, et de sa génération, Emilie Gleason ou Stella Lory, où les articulations des personnages ne sont pas ou que peu signifiées. Lignée est un terme abusif, ces auteurices n’ayant pas les mêmes filiations, ni les mêmes enjeux expressifs. Ainsi, de Lisa Mandel, pour qui cela participe de la simplification générale du dessin.
Ce numéro contient aussi une histoire complète, qui est le contre-pied d’Huguette : scénarisée par Brigitte Lecordier, encore une vieille dame - relativement, près de 20 ans de moins, ce qui lui fait tout de même l’âge de la retraite-, qui au contraire d’Huguette est encore très active socialement, mise en images par un jeune dessinateur, Arcady Picardi, dont ce sont aussi les débuts dans Spirou, elle y raconte non son présent, comme Huguette, mais son enfance, sous le titre La réalité est énorme. Sans doute est-ce pour illustrer littéralement le titre que le dessinateur fait sa mise en page sous forme d’immenses dessins, ce qui donne des planches de 3 ou 4 cases et le constat que malgré le privilège qu’on eu les auteurices de disposer de 8 pages, alors que la plupart des histoires complètes de Spirou ne font depuis quelques années que 4 pages, il s’y est moins passé de choses qu’en 4 pages. Sauf émotionnellement. C’est, selon la présentation, le but de ces histoires vraies, montrer que l’imagination peut transcender une réalité triste (Zola et le studio Ghibli mêlés est-il écrit. Louable et immense ambition). Malheureusement, en ne différenciant ni par la mise en page, ni par l’expression des personnages, toujours surjouée, et en prenant pas le temps, malgré ses 8 pages, de construire et faire comprendre et ressentir son monde réel, celui-ci est peu discernable de l’imaginaire. Il faut dire que les personnages peu différenciés (la mère a la même robe, la même coiffure, la même tête et le même âge apparent que sa fille), de même que la pléthore de personnages n’aident pas à s’immerger dans l’histoire. La présence de tous ces personnages mal identifiables s’explique par le fait que « Spirou ne propose ici qu’une histoire courte et tendre issue de l’album, car d’autres souvenirs présents dans l’album ne sont pas 100 % adaptés à un public familial ». C’est le retour des pages manquantes de Champignac, sauf que ce choix, compréhensible pour Champignac (faire redessiner des pages aurait été délicat, mais tenir informé le lectorat de cette absence n’aurait pas été superflu), est difficilement acceptable ici : n’aurait-il pas été possible de choisir une histoire de présentation, ou avec moins de personnages, plutôt que de plonger le lectorat, comme les enfants de l’histoire, dans une inondation graphique et scénaristique? D’autant plus que l’argument des histoires «pas 100 % adaptées à un public familial » prend l’eau aussi lorsque Brigitte Lecordier dit dans la présentation que dans le terrain vague où elle jouait avec sa fratrie « parfois on trouvait des cadavres d’Algériens zigouillés ». Dit ainsi, hors contexte (la guerre n’explique pas tout), sans précaution, fait croire aux jeunes lecteurices de Spirou que dans les années 60 les enfants qui jouaient dans les terrains vagues y rencontraient des cadavres égorgés, et, quelles que soient les justifications, ce n’est absolument pas « 100 % adapté à un public familial ». Et c’est étrange, Roba dans Boule et Bill ou La Ribambelle n’en soufflait mot. Faisait-il œuvre de propagande ? Concernant cette Réalité est énorme, n’est donc pas Sylvain Savoia, Marzena Sowa ou Émile Bravo qui veut, il faut du tact et des précautions pour présenter une réalité historique tragique, et sans la travestir, à un public non spécialisé, d’autant plus si celui-ci est jeune. Pour tirer sur l’ambulance, j’ajouterai qu’à l’aune du numéro précédent, où Olivier Bocquet disait à propos de Prismes que la soi-disant IA avait mis, concernant la « muraille infranchissable », un dialogue classique, sans tenir compte de ses conséquence, on a ici une case où un enfant dit que sa sœur rapporte toujours quelque chose en cadeau, et une où cette sœur propose à ses frères d’entendre une histoire se passant un soir de pluie, deux cases non suivies de ce qui est annoncé. C’est une faute scénaristique digne d’une IA inconséquente que de faire une élipse là où au contraire il fallait ancrer les personnages dans le tangible pour mieux faire ressortir la séquence imaginaire et la lier au réel. Par comparaison, l'historiette On m’appelle le Lapin de Pâques, où Tofy et Maëla Cosson arrivent en 2 pages à créer personnages et ambiance attachants, qui ne sont pas là que pour amener le gag final, pour anecdotique qu'elle soit par rapport à l’ambition de La réalité est énorme, apparaît comme un chef-d’oeuvre de maîtrise et de cohérence narrative et graphique.
Déjà le dernier chapitre (hélas) des Cavaliers de l’apocadispe en vacances à la campagne, où Libon a fait feu de tout bois pour multiplier les effets comiques : running gag (sur la cuisine), gag narratif (les enfants retrouvent leur chemin grâce au son de la télé que le grand’père sourd met à plein volume), séquence en plan fixe avec changements de cadrage pour la fuite à dos de vache, séquence en caméra sujective où le regard de Olive et Ludo panote sur les cases à la recherche de Jé disparu à dos de vache (je ne vais même pas essayer de résumer comment il en est arrivé là) : la meilleure version du Petit Poucet depuis Perrault (Allons-y carrément). Nouveau chapitre du Lucky Luke où Matthieu Bonhomme alterne de nouveau, dans une construction très classique mais toujours efficace, scène de feu de camp, occasion d’un rapprochement entre LL et l’enfant rebelle dont il a la garde, et scène d’action avec la traversée d’une rivière en furie, où l’encrage souple de Matthieu Bonhomme sert parfaitement le contraste entre les flots déchainés et ondulants, les dangereux blocs de glace qu’ils charrient, et la corde tour à tour tendue et distendue qui leur permet de traverser le torrent. L’humour reste lui aussi rare que peu discret, avec Nuage Rouge, l’enfant indien, se moquant d’un de ses camarades surnommé Bave-du-nez et se retrouvant lui-même le nez coulant 5 pages plus loin, en gros plan pour qu’on le voit bien.
Plusieurs séries de strips, présentés classiquement par quatre sur une même page regroupés sur un thème, des chiens extra-terrestres pour Nelson, la culture de fleurs pour Brad Rock, the gold digger, ainsi que Titan inc., sur la désertion du capitaine, avec l’originalité que Paul Martin et Manu Boisteau, tout en gardant la forme strip, jouent sur la mise en page de la planche. Quant au strip Mauvaises graines, lui, avec ses fleurs débordant sur les marges de la page en rappel de l’invasion de fleurs du Spirou spécial printemps 2025, annonce-t-il une nouvelle catastrophe écologique pour le spécial printemps à paraître la semaine suivante?Berth démontre une nouvelle fois son imagination délirante avec les gagnants du championnat de taxidermie. La vampire de Manoir à louer et les zombies de Working dead, tout en gardant leur statut de monstre, n’inquiètent plus les humains de leur série et ont dégénéré au traditionnel rang de voisin/collègue ennuyeux de BD comiques. Le gag de L’épée de bois arrive comme une conclusion tardive, plusieurs semaines après sa fin dans le journal, de l’arc du tournoi. Nob fait prendre ses marques à la série Les filles par rapport à Dad en introduisant un personnage s’annnonçant mystérieux parmi les colocs de Panda et en fournissant discrètement des informations sur les autres (l’un doit être d’origine indienne vu son teint et la présence d’une statuette de Ganesha sur le manteau de cheminée).
Enfin, une coïncidence avec la nouvelle héroïne du journal fait que la planche de La leçon de BD mette en scène une personne agée et que Gally se dessine en mamie pour l’occasion, et un faux courrier des lecteurs dans En direct de la rédac revient sous forme de gag sur le thème des menaces et potentialités des IA du numéro précédent, comme sa remarque qu'elle peut produire une BD en quelques minutes fait écho à Gally disant dans La leçon de BD « passer des jours sur une planche qui va être lue en quelques minutes», Par rapport à la tendance actuelle mondiale (une société de production chinoise a annoncé remplacer tous les rôles secondaires, à l'exception des deux rôles principaux masculin et féminin et de deux autres acteurs, par des acteurs IA dans la série télé Tu me manques -念相思niàn xiāngsī- de l'actrice millionaire Yu Shuxin/Esther Yu dont le tournage va débuter en juin), Spirou assume son secteur de niche humaine...
Ici un aperçu du numéro: https://spirou.com/huguette-et-croquett ... s-derider/
Révolution ce printemps chez Spirou : une vieille dame guide un peuple à l’assaut de la rédaction, détruisant tout sur son passage, roulant sur une planche de Gaston, écrasant la queue du Marsupilami. Mais pour cette fois, ce n’est pas une nouvelle génération d’auteurs qui chasse l’ancienne, et les boutons sur les corps de ces révolutionnaires ne sont pas de l’acné, car il s’agit de l’aboutissement de la pression que mettait depuis quelques semaines dans En direct de la rédac une vieille dame du nom d’Huguette pour obtenir dans le magazine une série spécifiquement dédiée aux lectorat du troisième âge et la mettant en scène. C’est donc Huguette et Croquette (une nouvelle série avec un chat) et tous les résidents de l’hospice Les vieux croutons qui déferlent dans Spirou. Plus q’une révolution, c’est à une invasion que Spirou a à faire, Huguette étant aussi présente dans les Jeux de Thomas Priou bien sûr, mais elle a aussi remplacé le Furby/Freuby de l’animation du Bon d’abonnement, et dans En direct du futur, sous le titre Huguette a gagné, nous apprenons qu’elle sera présente chaque semaine dans Spirou. Ce genre d’animation fait partie du renouveau du journal, qui fait un lien entre les numéros non seulement avec les histoires (à suivre) mais en établissant une continuité rédactionnelle ludique. La présentation de la série sous forme de fiche d’inscription à l’hospice confirme le running gag des courriers de la vieille dame et son caractère volontaire. Si le premier gag en deux planches est d’un humour cruel, reprenant en l’inversant un gag de Bouzard dans Autobiography of a mitroll, avec une surprenante et belle case en négatif noir et blanc, les deux gags suivants sont plus grand public, et posent les bases de ce que sera cette série de Théoschu, un nouvel auteur complet (scénario, dessin, couleurs) chez Spirou, qui nous est présenté dans le désormais autoportrait en écorché, une belle idée qui donne lieu à des représentations révélatrices, amusantes et impressionnantes graphiquement. Son dessin est très caricatural et sert bien l’expression de ses personnages seniors, et structurellement se situe dans une lignée allant d’Altan au récent Berberian en passant par Luz, Fabrice Erre, Aude Picault (pour ses humains, pas dans Boulette), parfois Nob ou Bretécher, et de sa génération, Emilie Gleason ou Stella Lory, où les articulations des personnages ne sont pas ou que peu signifiées. Lignée est un terme abusif, ces auteurices n’ayant pas les mêmes filiations, ni les mêmes enjeux expressifs. Ainsi, de Lisa Mandel, pour qui cela participe de la simplification générale du dessin.
Ce numéro contient aussi une histoire complète, qui est le contre-pied d’Huguette : scénarisée par Brigitte Lecordier, encore une vieille dame - relativement, près de 20 ans de moins, ce qui lui fait tout de même l’âge de la retraite-, qui au contraire d’Huguette est encore très active socialement, mise en images par un jeune dessinateur, Arcady Picardi, dont ce sont aussi les débuts dans Spirou, elle y raconte non son présent, comme Huguette, mais son enfance, sous le titre La réalité est énorme. Sans doute est-ce pour illustrer littéralement le titre que le dessinateur fait sa mise en page sous forme d’immenses dessins, ce qui donne des planches de 3 ou 4 cases et le constat que malgré le privilège qu’on eu les auteurices de disposer de 8 pages, alors que la plupart des histoires complètes de Spirou ne font depuis quelques années que 4 pages, il s’y est moins passé de choses qu’en 4 pages. Sauf émotionnellement. C’est, selon la présentation, le but de ces histoires vraies, montrer que l’imagination peut transcender une réalité triste (Zola et le studio Ghibli mêlés est-il écrit. Louable et immense ambition). Malheureusement, en ne différenciant ni par la mise en page, ni par l’expression des personnages, toujours surjouée, et en prenant pas le temps, malgré ses 8 pages, de construire et faire comprendre et ressentir son monde réel, celui-ci est peu discernable de l’imaginaire. Il faut dire que les personnages peu différenciés (la mère a la même robe, la même coiffure, la même tête et le même âge apparent que sa fille), de même que la pléthore de personnages n’aident pas à s’immerger dans l’histoire. La présence de tous ces personnages mal identifiables s’explique par le fait que « Spirou ne propose ici qu’une histoire courte et tendre issue de l’album, car d’autres souvenirs présents dans l’album ne sont pas 100 % adaptés à un public familial ». C’est le retour des pages manquantes de Champignac, sauf que ce choix, compréhensible pour Champignac (faire redessiner des pages aurait été délicat, mais tenir informé le lectorat de cette absence n’aurait pas été superflu), est difficilement acceptable ici : n’aurait-il pas été possible de choisir une histoire de présentation, ou avec moins de personnages, plutôt que de plonger le lectorat, comme les enfants de l’histoire, dans une inondation graphique et scénaristique? D’autant plus que l’argument des histoires «pas 100 % adaptées à un public familial » prend l’eau aussi lorsque Brigitte Lecordier dit dans la présentation que dans le terrain vague où elle jouait avec sa fratrie « parfois on trouvait des cadavres d’Algériens zigouillés ». Dit ainsi, hors contexte (la guerre n’explique pas tout), sans précaution, fait croire aux jeunes lecteurices de Spirou que dans les années 60 les enfants qui jouaient dans les terrains vagues y rencontraient des cadavres égorgés, et, quelles que soient les justifications, ce n’est absolument pas « 100 % adapté à un public familial ». Et c’est étrange, Roba dans Boule et Bill ou La Ribambelle n’en soufflait mot. Faisait-il œuvre de propagande ? Concernant cette Réalité est énorme, n’est donc pas Sylvain Savoia, Marzena Sowa ou Émile Bravo qui veut, il faut du tact et des précautions pour présenter une réalité historique tragique, et sans la travestir, à un public non spécialisé, d’autant plus si celui-ci est jeune. Pour tirer sur l’ambulance, j’ajouterai qu’à l’aune du numéro précédent, où Olivier Bocquet disait à propos de Prismes que la soi-disant IA avait mis, concernant la « muraille infranchissable », un dialogue classique, sans tenir compte de ses conséquence, on a ici une case où un enfant dit que sa sœur rapporte toujours quelque chose en cadeau, et une où cette sœur propose à ses frères d’entendre une histoire se passant un soir de pluie, deux cases non suivies de ce qui est annoncé. C’est une faute scénaristique digne d’une IA inconséquente que de faire une élipse là où au contraire il fallait ancrer les personnages dans le tangible pour mieux faire ressortir la séquence imaginaire et la lier au réel. Par comparaison, l'historiette On m’appelle le Lapin de Pâques, où Tofy et Maëla Cosson arrivent en 2 pages à créer personnages et ambiance attachants, qui ne sont pas là que pour amener le gag final, pour anecdotique qu'elle soit par rapport à l’ambition de La réalité est énorme, apparaît comme un chef-d’oeuvre de maîtrise et de cohérence narrative et graphique.
Déjà le dernier chapitre (hélas) des Cavaliers de l’apocadispe en vacances à la campagne, où Libon a fait feu de tout bois pour multiplier les effets comiques : running gag (sur la cuisine), gag narratif (les enfants retrouvent leur chemin grâce au son de la télé que le grand’père sourd met à plein volume), séquence en plan fixe avec changements de cadrage pour la fuite à dos de vache, séquence en caméra sujective où le regard de Olive et Ludo panote sur les cases à la recherche de Jé disparu à dos de vache (je ne vais même pas essayer de résumer comment il en est arrivé là) : la meilleure version du Petit Poucet depuis Perrault (Allons-y carrément). Nouveau chapitre du Lucky Luke où Matthieu Bonhomme alterne de nouveau, dans une construction très classique mais toujours efficace, scène de feu de camp, occasion d’un rapprochement entre LL et l’enfant rebelle dont il a la garde, et scène d’action avec la traversée d’une rivière en furie, où l’encrage souple de Matthieu Bonhomme sert parfaitement le contraste entre les flots déchainés et ondulants, les dangereux blocs de glace qu’ils charrient, et la corde tour à tour tendue et distendue qui leur permet de traverser le torrent. L’humour reste lui aussi rare que peu discret, avec Nuage Rouge, l’enfant indien, se moquant d’un de ses camarades surnommé Bave-du-nez et se retrouvant lui-même le nez coulant 5 pages plus loin, en gros plan pour qu’on le voit bien.
Plusieurs séries de strips, présentés classiquement par quatre sur une même page regroupés sur un thème, des chiens extra-terrestres pour Nelson, la culture de fleurs pour Brad Rock, the gold digger, ainsi que Titan inc., sur la désertion du capitaine, avec l’originalité que Paul Martin et Manu Boisteau, tout en gardant la forme strip, jouent sur la mise en page de la planche. Quant au strip Mauvaises graines, lui, avec ses fleurs débordant sur les marges de la page en rappel de l’invasion de fleurs du Spirou spécial printemps 2025, annonce-t-il une nouvelle catastrophe écologique pour le spécial printemps à paraître la semaine suivante?Berth démontre une nouvelle fois son imagination délirante avec les gagnants du championnat de taxidermie. La vampire de Manoir à louer et les zombies de Working dead, tout en gardant leur statut de monstre, n’inquiètent plus les humains de leur série et ont dégénéré au traditionnel rang de voisin/collègue ennuyeux de BD comiques. Le gag de L’épée de bois arrive comme une conclusion tardive, plusieurs semaines après sa fin dans le journal, de l’arc du tournoi. Nob fait prendre ses marques à la série Les filles par rapport à Dad en introduisant un personnage s’annnonçant mystérieux parmi les colocs de Panda et en fournissant discrètement des informations sur les autres (l’un doit être d’origine indienne vu son teint et la présence d’une statuette de Ganesha sur le manteau de cheminée).
Enfin, une coïncidence avec la nouvelle héroïne du journal fait que la planche de La leçon de BD mette en scène une personne agée et que Gally se dessine en mamie pour l’occasion, et un faux courrier des lecteurs dans En direct de la rédac revient sous forme de gag sur le thème des menaces et potentialités des IA du numéro précédent, comme sa remarque qu'elle peut produire une BD en quelques minutes fait écho à Gally disant dans La leçon de BD « passer des jours sur une planche qui va être lue en quelques minutes», Par rapport à la tendance actuelle mondiale (une société de production chinoise a annoncé remplacer tous les rôles secondaires, à l'exception des deux rôles principaux masculin et féminin et de deux autres acteurs, par des acteurs IA dans la série télé Tu me manques -念相思niàn xiāngsī- de l'actrice millionaire Yu Shuxin/Esther Yu dont le tournage va débuter en juin), Spirou assume son secteur de niche humaine...