Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...
Modérateurs : Maxibon, Modérateurs
-
heijingling
- Maître Spiroutiste

- Messages : 1747
- Enregistré le : ven. 13 déc. 2019 13:46
Re: Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...
Numéro 4588 du 18/03/2026
Ici un aperçu du numéro: https://spirou.com/rendez-vous-au-coin-de-la-rue/
La couverture de François Ravard baignée de lumière printanière est élégament composée, la vie tranquille de la rue s’opposant à la masse de la maison, masse intrigante en elle-même, renforcée par l’ombre à la fenêtre et le regard que porte sur elle le personnage central, intrigue portant aussi sur ce personnage lui-même qui attire l’attention par le fait qu’il soit le seul à être vivement coloré, le reste de la scène étant fondu dans un doux brouillard. Cette couverture introduit parfaitement la nouvelle série scénarisée par Nicolas Touron et Vincent Zabus, sur les mystères du quotidien. Le premier est un écrivain et dramaturge, le second est un dramaturge, acteur et scénariste bien connu des lecteurices de Spirou, puisque c’est la quatrième série qu’il y publie. Que ce soit pour ses séries plus jeunesse, comme Le monde selon François, celles tout public comme Les petits métiers méconnus ou, chez Dupuis aussi, mais pas dans Spirou, ou chez d’autres éditeurs, Macaroni, L’éveil, Magritte, Nos rives partagées, toutes portent en commun le désir de Zabus de réenchanter un monde que beaucoup à la suite de Max Weber disent désenchanté, le réenchanter en s’en émerveillant, au besoin en provoquant cet émerveillement, et c’est aussi le projet de ce Au coin de ma rue, au départ un spectacle théatral, à partir duquel Turon et Zabus ont “proposé à des auteurs et autrices de BD de s'emparer de la séquence muette du spectacle [servant de storyboard] à partir de laquelle ils ont dessiné des histoires qui seront tour à tour... drôles, dramatiques ou étranges!” . Zabus dit que Perec aurait adoré cet exercice de style. C’est probable, mais il peut être intéressant de remarquer que Exercices de style est un livre de Queneau, oulipien comme Perec, dans lequel l’exercice est de raconter une même historiette de plusieurs manières différentes, pratique très courante au cinéma avec les remake, en musique avec les remix, ainsi qu’en peinture, c’est encore plus commun lorsqu’on change de média, avec les adaptations depuis toujours de livres en films, et assez fréquemment depuis quelques années de livres en BD, (mais cela se faisait beaucoup en Chine communiste, pour l’éducation des masses, ainsi que, dans une moindre mesure, en France dans des quotidiens, ou encore des magazines de patronnage). Par contre c’est extrèmement rare en BD, Walthéry l’a fait avec L’île aux perles et Les pirates de la stratosphère, dans Spirou et Tintin des planches ont occasionnellement été redessinées par d’autres dessinateurs. Ici, c’est le contraire, puisqu’il s’agit d’une histoire différente racontée de la même manière, exercice qu’a souvent fait pratiquer Spirou à ses lecteurices sous forme de jeu, récurrent depuis les années 60, intitulé selon les cas Maikeskidi, Mékeskidimékeskidi, Qu'est-ce qu'il schtroumpfe, mais qu'est-ce qu'il schtroumpfe ?, QCQDMQCQD, où, comme pour la série de Zabus et Turon, une histoire ou une case muette était présentée, il s’agissait pour les lecteurices d’imaginer les dialogues et donc d’inventer des histoires différentes sur une même scène. L’exercice est depuis devenu un classique oubapien, à commencer par le fameux album Moins d’un quart de seconde pour vivre, de Menu et Trondheim en 1996. Mais Zabus cite Perec a bon escient, puisque celui-ci était un grand amateur de bandes dessinées, a dit « un certain nombre d’auteurs (de Joyce à Hergé, de Kafka à Price, de Scève à Pierre Dac, de Sei Shônagon à Gotlib) définissent, circonscrivent d’où j’écris », et a même écrit un texte particulièrement drôle intitulé « Une amitié scientifique et littéraire : Léon Burp et Marcel Gotlib, suivi de Considérations nouvelles sur la vie et l’œuvre de Romuald Saint-Sohaint » (Gotlib qui rappelons-le a participé à l’aventure du Trombone illustré).
Si Zabus a des partenaires de prédilection (plusieurs albums avec Thomas Campi ou Nicoby), cette série lui permet, comme dans sa précédente, Les petits métiers méconnus, et en écho au spectacle où chaque fois un nouvel environnement participe, de travailler avec nombre de dessinateurices différents. Dans les trois qui inaugurent la série dans le journal, le premier est François Ravard, pas vraiment un auteur Spirou (une poignée de strips il y a une vingtaine d’années) mais qui en a tout de même fait un fan-art https://spiroureporter.net/2016/01/15/f ... is-ravard/ et a donc eu sa place dans la rubrique Spirou et moi. Le second est Vincent Bailly, pas du tout Spirou jusqu’à aujourd’hui (mais homonyme -cela faisait longtemps – du vétéran Pierre Bailly), et le troisième est l’auteur du Royaume, Benoît Feroumont. Chacun se distingue par la tonalité de son histoire, pour laquelle il utilise une teinte colorée, rosé pour François Ravard, jaune acide pour Vincent Bailly et gris pour Feroumont. Paradoxalement c’est l’histoire de Feroumont, au titre le plus désespéré, Mourir demain, et malgré le gris de son environnement, qui est la moins tragique, ce qui est dû au trait chaleureux du dessinateur, aux sourires et regards en coin qui donnent toute sa bonhommie au personnage, et la couleur de peau du personnage qui le fait ressortir de son environnement, alors que les personnages de Ravard et de Bailly s’y fondent. Finalement, je note que si les trois auteurs de ce numéro ont repris l’ensemble du storyboard, aucun n’a traité des deux chaussures différentes portées par le personnage. Nous verrons bien si l’un ou l’autre des futurs auteurices creusera ce détail. Mais déjà, pas Pauline Casters et Tony Emeriau qui, dans leurs Jeux « Au coin de la rue » ont repris le parcours du personnage et en ont fait une déambulation en plongée sur un grand dessin en double page avec d’amusantes variations sur ses diverses étapes (le paquet de cigarettes remplacé par une plaque de chocolat, ce qui de plus est plus adapté à des jeux pour enfants). J’ajouterai qu’un magazine de BD est le support idéal pour accueillir des expériences comme celle-ci, surtout quand les histoires sont réparties dans l’ensemble du magazine. Une lecture d’une traite en album serait trop pesante par sa répétitivité, sauf à rechercher un effet comique, comme pour les Exercices de style de Queneau. On peut bien sûr picorer dans un album, le lire en plusieurs fois, mais cela ne vaut pas le plaisir de l’effet de surprise de la parution en magazine. D’ailleurs, comme si trois histoires complètes ne suffisaient pas, ce numéro en contient une quatrième, on peut considérer qu’ainsi le journal n’est pas équilibré, mais cela fait aussi partie des surprises que ne procureraient pas une maquette et une répartition trop uniformes. Frédul et Flicorne sont cette fois Perdus au cimetière, alors qu’ils devaient se rendre à Fritouland-Paris pour un des épisodes les plus drôles et délirant de la série de Lisa Mandel, Pochep, et Stéphane Chesneau (excellents choix de couleurs pour les granits et statues de bronze patinées). Disons juste que, par un extraordinaire hasard digne des aventures de Tintin les enfants y assistent justement à l’enterrement très particulier du fondateur des Fritoulands, et qu’à la différene du cimetière de Pierre Tombal, les résidents de celui-ci sont décédés centenaires, bicentenaires voire tricentenaires…
Fin de Seccotine, sur six pages où il ne se passe rien , le "mystère à Champignac" ayant déjà été résolu dans le chapitre précédent, hormis la révélation du pourquoi des enlèvements à Champignac, qui tombe complètement à plat, sort d’on ne sait où , puisque les bandits sont complètement hébétés, ce ne sont pas eux qui ont pu le dire, et est en contradiction avec ce qu’ils en avaient dit deux chapitres plus tôt, qui laissait supposer une sorte de complot néo-réactionnaire (si j’ose l’oxymore apparent). Sophie Guerrive est une bonne autrice complète dans ses œuvres où elle prend le temps de construire une narration en digressions, mais sa Seccotine n’a aucune pétulance ni dynamisme que ce soit au niveau de sa personnalité comme du récit. Quelle étrange idée d’avoir confié des personnages comme Spirou et Fantasio et Seccotine à quelqu’un qui aurait été parfaite pour une reprise respectueuse de Bécassine. Le dessin d’Elric souffre des mêmes défauts, il fonctionne lorsqu’il ne s’agit que de reproduire les outrances gestuelles très codifiées et les surcharges de décors et de costume d’Iznogoud, mais est statique et vide lorsqu’il doit recréer un univers par lui-même. Fin donc de Seccotine, l’histoire en hommage au personnage de Franquin, suite de Lucky Luke, l’hommage de Matthieu Bonhomme à Morris, tel qu’il est écrit sur la couverture de ses albums, qui se double d’une publicité pour Lucky Luke, la série télé que, lit-on, Disney a fait en hommage à Morris et Goscinny... Disney seul, puisqu’aucun autre nom, de comédien, de réalisateur ou autre n’est indiqué sur la publicité. Ce serait amusant que cette tendance s’étende, que dorénavant toute adaptation d’un ouvrage à succès soit signifiée comme un hommage à son auteurice, sans ambition commerciale. Les publicitaires de Disney ont bien osé le dire...Ceci dit, l’hommage de Matthieu Bonhomme est moins respectueux que celui de ses deux précédents albums, non parce que LL serait déstabilisé ou ridiculisé, cela avait déjà été fait par Morris et Goscinny, mais parce que l’enfant qu’il accompagne, en soignant et adoptant un loup blessé, est du côté des valeurs écologiques actuelles, il nomme d’ailleurs son loup Croc-blanc, pour qu’aucune équivoque ne soit possible, et LL, en s’y opposant, devient un has-been, dont l’héroïsme s’apparenterait au mieux à du quichotisme. Matthieu Bonhomme varie grandement ses cadrages et sa mise en page pour briser la monotonie que pourrait engendrer les immuables paysages enneigés, et le chapitre se termine sur une belle scène nocturne autour d’un feu de camp en bichromie orange et bleu-vert. Les variations de la composition d’une page sont précisément le conseil que donne Marko dans sa Leçon de dessin selon ce qu’on veut y exprimer, une démonstration par l’absurde étant donnée de ce principe par les Fabrice dans leur Édito qui y revendiquent leur immuable gaufrier en six case, alors que Laure leur fait remarquer qu’ils y font toujours le même édito. Par ailleurs, puisque la planche commentée met en scène un chat, Marko invite Jean-Luc Deglin, l’auteur de Crapule, à insister sur l’importance du dessin d’observation, et justement, la planche de Boulette (dont il est une nouvelle fois absent) dessinée par Aude Picault est pratiquement uniquement composée de l’observation d’un chat faisant sa toilette. La Leçon de dessin du journal a rarement été proposée si à point nommé. Pour conclure cette leçon, Wladimira la vampire de Manoir à louer, est enthousiasmée par le fait que, puisque lorsqu’elle boit sa pinte de sang elle redevient jeune et petite, « tous les dessins sont vraiment immenses. C ‘est fabuleux et impressionnant », soulignant la part de subjectivité de l’observation, qui dépend du point de vue de l’observateur. Comme le disait déjà Jing Hao (ca. 855-915) dans ses Notes sur les coups de pinceau, « les peintres observent l'objet et en saisissent la vérité, ils en saisissent la magnificence et la réalité, mais sa magnificence ne peut être considérée comme sa réalité »
Après Nob dans les filles (sans majuscule, comme pour l’école des mauvais parents) la semaine précédente, c’est au tour de Marc Dubuisson et Stella Lory dans Working dead d’ironiser sur les nouveaux mélanges de cafés. Il faut dire qu’il est difficile de résister lorsque les barristas se prennent pour des pizzaiolos chinois, ceux du genre à faire des pizzas mangue/pittaya/fraises/fromage fondu/mayonnaise (douloureuse expérience personnelle) . Ce qui saute immédiatement aux yeux et donne une dureté bienvenue à ces strips d’humour cruel qu’est la nouvelle série l’école des mauvais parents est l’image saturée par le trait épais de Peter De Poortere et par ses strips en quatre cases alors que la plupart en ont en général trois, à de rares exceptions près (surtout dans les séries réalistes les plus anciennes, The phantom, de Lee Falk, Jungle Jim, d’Alex Raymond, Mandrake, de Lee Falk et Phil Davis, ou Illico-Bringin’up Father, de Geo McManus, des atypiques comme Krazy Kat, de George Herriman, Popeye-Thimble Theater, de Segar, exceptionnel par ses 4 à 6 cases, - mais Popeye prenait de la potion magique - Macanudo de Liniers, Peanuts de Schulz bien sûr, mais au trait fin et décors et personnages minimalistes). L’équipage et les passagers de Titan inc. se débattent toujours avec l’oiseau géant Kukoo, avatar assonnant de King Kong, tandis que Midam, Patelin, Dairin et Angèle proposent un original Kid Paddle, qui commence, comme souvent, avec un gag de Game over, mais celui-ci n’est singulièrement pas muet puisque commenté en marge par Carole, qui, renversant la situation habituelle, s’amuse pour une fois au détriment des affaires de son frère. Enfin, dans La pause-cartoon, un Fish n chips de Tom qui rend amusant le tragique lien entre désastre écologique et développement commercial, tandis que dans En direct de la rédac Laure répond à une dame se plaignant au nom des nombreux vieux lecteurs du journal de la rareté de héros seniors en citant plusieurs personnages mais oublie étrangement Champignac, pourtant présent dans ce numéro et a par ailleurs sa propre série...
Ici un aperçu du numéro: https://spirou.com/rendez-vous-au-coin-de-la-rue/
La couverture de François Ravard baignée de lumière printanière est élégament composée, la vie tranquille de la rue s’opposant à la masse de la maison, masse intrigante en elle-même, renforcée par l’ombre à la fenêtre et le regard que porte sur elle le personnage central, intrigue portant aussi sur ce personnage lui-même qui attire l’attention par le fait qu’il soit le seul à être vivement coloré, le reste de la scène étant fondu dans un doux brouillard. Cette couverture introduit parfaitement la nouvelle série scénarisée par Nicolas Touron et Vincent Zabus, sur les mystères du quotidien. Le premier est un écrivain et dramaturge, le second est un dramaturge, acteur et scénariste bien connu des lecteurices de Spirou, puisque c’est la quatrième série qu’il y publie. Que ce soit pour ses séries plus jeunesse, comme Le monde selon François, celles tout public comme Les petits métiers méconnus ou, chez Dupuis aussi, mais pas dans Spirou, ou chez d’autres éditeurs, Macaroni, L’éveil, Magritte, Nos rives partagées, toutes portent en commun le désir de Zabus de réenchanter un monde que beaucoup à la suite de Max Weber disent désenchanté, le réenchanter en s’en émerveillant, au besoin en provoquant cet émerveillement, et c’est aussi le projet de ce Au coin de ma rue, au départ un spectacle théatral, à partir duquel Turon et Zabus ont “proposé à des auteurs et autrices de BD de s'emparer de la séquence muette du spectacle [servant de storyboard] à partir de laquelle ils ont dessiné des histoires qui seront tour à tour... drôles, dramatiques ou étranges!” . Zabus dit que Perec aurait adoré cet exercice de style. C’est probable, mais il peut être intéressant de remarquer que Exercices de style est un livre de Queneau, oulipien comme Perec, dans lequel l’exercice est de raconter une même historiette de plusieurs manières différentes, pratique très courante au cinéma avec les remake, en musique avec les remix, ainsi qu’en peinture, c’est encore plus commun lorsqu’on change de média, avec les adaptations depuis toujours de livres en films, et assez fréquemment depuis quelques années de livres en BD, (mais cela se faisait beaucoup en Chine communiste, pour l’éducation des masses, ainsi que, dans une moindre mesure, en France dans des quotidiens, ou encore des magazines de patronnage). Par contre c’est extrèmement rare en BD, Walthéry l’a fait avec L’île aux perles et Les pirates de la stratosphère, dans Spirou et Tintin des planches ont occasionnellement été redessinées par d’autres dessinateurs. Ici, c’est le contraire, puisqu’il s’agit d’une histoire différente racontée de la même manière, exercice qu’a souvent fait pratiquer Spirou à ses lecteurices sous forme de jeu, récurrent depuis les années 60, intitulé selon les cas Maikeskidi, Mékeskidimékeskidi, Qu'est-ce qu'il schtroumpfe, mais qu'est-ce qu'il schtroumpfe ?, QCQDMQCQD, où, comme pour la série de Zabus et Turon, une histoire ou une case muette était présentée, il s’agissait pour les lecteurices d’imaginer les dialogues et donc d’inventer des histoires différentes sur une même scène. L’exercice est depuis devenu un classique oubapien, à commencer par le fameux album Moins d’un quart de seconde pour vivre, de Menu et Trondheim en 1996. Mais Zabus cite Perec a bon escient, puisque celui-ci était un grand amateur de bandes dessinées, a dit « un certain nombre d’auteurs (de Joyce à Hergé, de Kafka à Price, de Scève à Pierre Dac, de Sei Shônagon à Gotlib) définissent, circonscrivent d’où j’écris », et a même écrit un texte particulièrement drôle intitulé « Une amitié scientifique et littéraire : Léon Burp et Marcel Gotlib, suivi de Considérations nouvelles sur la vie et l’œuvre de Romuald Saint-Sohaint » (Gotlib qui rappelons-le a participé à l’aventure du Trombone illustré).
Si Zabus a des partenaires de prédilection (plusieurs albums avec Thomas Campi ou Nicoby), cette série lui permet, comme dans sa précédente, Les petits métiers méconnus, et en écho au spectacle où chaque fois un nouvel environnement participe, de travailler avec nombre de dessinateurices différents. Dans les trois qui inaugurent la série dans le journal, le premier est François Ravard, pas vraiment un auteur Spirou (une poignée de strips il y a une vingtaine d’années) mais qui en a tout de même fait un fan-art https://spiroureporter.net/2016/01/15/f ... is-ravard/ et a donc eu sa place dans la rubrique Spirou et moi. Le second est Vincent Bailly, pas du tout Spirou jusqu’à aujourd’hui (mais homonyme -cela faisait longtemps – du vétéran Pierre Bailly), et le troisième est l’auteur du Royaume, Benoît Feroumont. Chacun se distingue par la tonalité de son histoire, pour laquelle il utilise une teinte colorée, rosé pour François Ravard, jaune acide pour Vincent Bailly et gris pour Feroumont. Paradoxalement c’est l’histoire de Feroumont, au titre le plus désespéré, Mourir demain, et malgré le gris de son environnement, qui est la moins tragique, ce qui est dû au trait chaleureux du dessinateur, aux sourires et regards en coin qui donnent toute sa bonhommie au personnage, et la couleur de peau du personnage qui le fait ressortir de son environnement, alors que les personnages de Ravard et de Bailly s’y fondent. Finalement, je note que si les trois auteurs de ce numéro ont repris l’ensemble du storyboard, aucun n’a traité des deux chaussures différentes portées par le personnage. Nous verrons bien si l’un ou l’autre des futurs auteurices creusera ce détail. Mais déjà, pas Pauline Casters et Tony Emeriau qui, dans leurs Jeux « Au coin de la rue » ont repris le parcours du personnage et en ont fait une déambulation en plongée sur un grand dessin en double page avec d’amusantes variations sur ses diverses étapes (le paquet de cigarettes remplacé par une plaque de chocolat, ce qui de plus est plus adapté à des jeux pour enfants). J’ajouterai qu’un magazine de BD est le support idéal pour accueillir des expériences comme celle-ci, surtout quand les histoires sont réparties dans l’ensemble du magazine. Une lecture d’une traite en album serait trop pesante par sa répétitivité, sauf à rechercher un effet comique, comme pour les Exercices de style de Queneau. On peut bien sûr picorer dans un album, le lire en plusieurs fois, mais cela ne vaut pas le plaisir de l’effet de surprise de la parution en magazine. D’ailleurs, comme si trois histoires complètes ne suffisaient pas, ce numéro en contient une quatrième, on peut considérer qu’ainsi le journal n’est pas équilibré, mais cela fait aussi partie des surprises que ne procureraient pas une maquette et une répartition trop uniformes. Frédul et Flicorne sont cette fois Perdus au cimetière, alors qu’ils devaient se rendre à Fritouland-Paris pour un des épisodes les plus drôles et délirant de la série de Lisa Mandel, Pochep, et Stéphane Chesneau (excellents choix de couleurs pour les granits et statues de bronze patinées). Disons juste que, par un extraordinaire hasard digne des aventures de Tintin les enfants y assistent justement à l’enterrement très particulier du fondateur des Fritoulands, et qu’à la différene du cimetière de Pierre Tombal, les résidents de celui-ci sont décédés centenaires, bicentenaires voire tricentenaires…
Fin de Seccotine, sur six pages où il ne se passe rien , le "mystère à Champignac" ayant déjà été résolu dans le chapitre précédent, hormis la révélation du pourquoi des enlèvements à Champignac, qui tombe complètement à plat, sort d’on ne sait où , puisque les bandits sont complètement hébétés, ce ne sont pas eux qui ont pu le dire, et est en contradiction avec ce qu’ils en avaient dit deux chapitres plus tôt, qui laissait supposer une sorte de complot néo-réactionnaire (si j’ose l’oxymore apparent). Sophie Guerrive est une bonne autrice complète dans ses œuvres où elle prend le temps de construire une narration en digressions, mais sa Seccotine n’a aucune pétulance ni dynamisme que ce soit au niveau de sa personnalité comme du récit. Quelle étrange idée d’avoir confié des personnages comme Spirou et Fantasio et Seccotine à quelqu’un qui aurait été parfaite pour une reprise respectueuse de Bécassine. Le dessin d’Elric souffre des mêmes défauts, il fonctionne lorsqu’il ne s’agit que de reproduire les outrances gestuelles très codifiées et les surcharges de décors et de costume d’Iznogoud, mais est statique et vide lorsqu’il doit recréer un univers par lui-même. Fin donc de Seccotine, l’histoire en hommage au personnage de Franquin, suite de Lucky Luke, l’hommage de Matthieu Bonhomme à Morris, tel qu’il est écrit sur la couverture de ses albums, qui se double d’une publicité pour Lucky Luke, la série télé que, lit-on, Disney a fait en hommage à Morris et Goscinny... Disney seul, puisqu’aucun autre nom, de comédien, de réalisateur ou autre n’est indiqué sur la publicité. Ce serait amusant que cette tendance s’étende, que dorénavant toute adaptation d’un ouvrage à succès soit signifiée comme un hommage à son auteurice, sans ambition commerciale. Les publicitaires de Disney ont bien osé le dire...Ceci dit, l’hommage de Matthieu Bonhomme est moins respectueux que celui de ses deux précédents albums, non parce que LL serait déstabilisé ou ridiculisé, cela avait déjà été fait par Morris et Goscinny, mais parce que l’enfant qu’il accompagne, en soignant et adoptant un loup blessé, est du côté des valeurs écologiques actuelles, il nomme d’ailleurs son loup Croc-blanc, pour qu’aucune équivoque ne soit possible, et LL, en s’y opposant, devient un has-been, dont l’héroïsme s’apparenterait au mieux à du quichotisme. Matthieu Bonhomme varie grandement ses cadrages et sa mise en page pour briser la monotonie que pourrait engendrer les immuables paysages enneigés, et le chapitre se termine sur une belle scène nocturne autour d’un feu de camp en bichromie orange et bleu-vert. Les variations de la composition d’une page sont précisément le conseil que donne Marko dans sa Leçon de dessin selon ce qu’on veut y exprimer, une démonstration par l’absurde étant donnée de ce principe par les Fabrice dans leur Édito qui y revendiquent leur immuable gaufrier en six case, alors que Laure leur fait remarquer qu’ils y font toujours le même édito. Par ailleurs, puisque la planche commentée met en scène un chat, Marko invite Jean-Luc Deglin, l’auteur de Crapule, à insister sur l’importance du dessin d’observation, et justement, la planche de Boulette (dont il est une nouvelle fois absent) dessinée par Aude Picault est pratiquement uniquement composée de l’observation d’un chat faisant sa toilette. La Leçon de dessin du journal a rarement été proposée si à point nommé. Pour conclure cette leçon, Wladimira la vampire de Manoir à louer, est enthousiasmée par le fait que, puisque lorsqu’elle boit sa pinte de sang elle redevient jeune et petite, « tous les dessins sont vraiment immenses. C ‘est fabuleux et impressionnant », soulignant la part de subjectivité de l’observation, qui dépend du point de vue de l’observateur. Comme le disait déjà Jing Hao (ca. 855-915) dans ses Notes sur les coups de pinceau, « les peintres observent l'objet et en saisissent la vérité, ils en saisissent la magnificence et la réalité, mais sa magnificence ne peut être considérée comme sa réalité »
Après Nob dans les filles (sans majuscule, comme pour l’école des mauvais parents) la semaine précédente, c’est au tour de Marc Dubuisson et Stella Lory dans Working dead d’ironiser sur les nouveaux mélanges de cafés. Il faut dire qu’il est difficile de résister lorsque les barristas se prennent pour des pizzaiolos chinois, ceux du genre à faire des pizzas mangue/pittaya/fraises/fromage fondu/mayonnaise (douloureuse expérience personnelle) . Ce qui saute immédiatement aux yeux et donne une dureté bienvenue à ces strips d’humour cruel qu’est la nouvelle série l’école des mauvais parents est l’image saturée par le trait épais de Peter De Poortere et par ses strips en quatre cases alors que la plupart en ont en général trois, à de rares exceptions près (surtout dans les séries réalistes les plus anciennes, The phantom, de Lee Falk, Jungle Jim, d’Alex Raymond, Mandrake, de Lee Falk et Phil Davis, ou Illico-Bringin’up Father, de Geo McManus, des atypiques comme Krazy Kat, de George Herriman, Popeye-Thimble Theater, de Segar, exceptionnel par ses 4 à 6 cases, - mais Popeye prenait de la potion magique - Macanudo de Liniers, Peanuts de Schulz bien sûr, mais au trait fin et décors et personnages minimalistes). L’équipage et les passagers de Titan inc. se débattent toujours avec l’oiseau géant Kukoo, avatar assonnant de King Kong, tandis que Midam, Patelin, Dairin et Angèle proposent un original Kid Paddle, qui commence, comme souvent, avec un gag de Game over, mais celui-ci n’est singulièrement pas muet puisque commenté en marge par Carole, qui, renversant la situation habituelle, s’amuse pour une fois au détriment des affaires de son frère. Enfin, dans La pause-cartoon, un Fish n chips de Tom qui rend amusant le tragique lien entre désastre écologique et développement commercial, tandis que dans En direct de la rédac Laure répond à une dame se plaignant au nom des nombreux vieux lecteurs du journal de la rareté de héros seniors en citant plusieurs personnages mais oublie étrangement Champignac, pourtant présent dans ce numéro et a par ailleurs sa propre série...
" Monólogo significa el mono que habla solo." Ramón Gómez de la Serna dans ses Greguerías.
-
heijingling
- Maître Spiroutiste

- Messages : 1747
- Enregistré le : ven. 13 déc. 2019 13:46
Re: Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...
Numéro 4589 du 25/03/2026
Ici un aperçu du numéro: https://spirou.com/alerte-legumes-pour- ... pocadispe/
Si Morris utilisait peu pour ses illustrations de couvertures ses silhouettages monochromes qu’il pratiquait pour ses bandes dessinées, Libon qui au contraire en use peu dans ses planches utilise fréquement ces effets d’impact pour ses couvertures de Spirou. C’est ainsi qu’en avant-plan de la couverture de cette semaine les trois cavaliers se détachent uniformément en rouge pour une alerte de la même couleur, fuyant paniqués un plat de légumes peu ragoûtant qu’apporte une mamie bonasse, l’alerte légumière verte du titre. Ceci dit, Libon utilise également dans ses illustrations et ses planches un autre truc graphique pour l’efficacité narrative, ce qui n’est pas étonnant quand on le sait féru de bricolage (comme Morris, tenez) : les personnages et objets mis en avant, comme les cavaliers et la mamie et son plat de gratin de laitue (la spécialité du village de Trépas-sur-morne où les cavaliers passent leurs vacances) sont encrés en noir alors que les éléments d’ambiance, décors et personnages secondaires, sont fondus dans un encrage du ton de leurs couleurs. Le titre enfin, simplement descriptif, « en vacances à la campagne », est l’équivalent verbal des ellipses narratives caractéristiques de Libon, car si ses personnages parlent un langage oral premier degré apparement sans recherches, il joue avec les mots comme avec le dessin, qu’il caricature tout autant, comme dans cette histoire le voisin parlant un hilarant patois imaginaire sonnant bien réel. Ces cinq pages de Vacances à la campagne ne sont pas une histoire complète comme habituellement pour les cavaliers de l’apocadyspe mais le premier chapitre d’une histoire (à suivre) comme Libon en fait parfois. Il y a par contre deux histoires complètes dans ce numéro. L’une est une aventure de la série de SF comique écologiste Ark Atlas, de Maxime Peroz, Romain Pujol et Christo, que l’on n’avait plus vu depuis depuis trente semaines après à peine deux histoires, ce qui est dommage car tant les thèmes que les personnages offrent une plaisante et amusante variation sur Valérian et Laureline. L’autre, de Lisa Mandel, Pochep et Stéphane Chesneau , dans laquelle Fredul et Flicorne sont cette fois Perdus à la piscine, le cadre idéal pour que se déploie le comique venant des personnalités opposées du grand frère stressé pour ne pas dire névrosé et sa petite sœur débonnaire et aventureuse, l’un y ayant peur des mycoses, de l’eau infestée de poils et de pipi, et partant à la recherche de sa sœur sachant à peine nager partie sauter d’un plongeoir de 10 mètres. Et après le grand’père dans l’histoire précédente, c’est maintenant la personnalité des mères qui se dessine aussi, ce qui annonce d’autres savoureux épisodes. Ce n’est malheureusement pas le cas de Annabelle Pirate Rebelle de Ghorbani et Sti qui, après un début prometteur, ne propose plus que des gags, parfois amusants, de personnages interchangeables en dehors de leur apparence physique. Tout le contraire de l’autre gag de pirates de ce numéro, Capitaine Anchois, où Floris a si bien typé ses personnages que quand l’un ou l’autre prend la vedette, il entraine l’histoire dans des dimensions toujours nouvelles, comme Louis le geek romantique cette fois-ci. Et si dans les strips inauguraux de l’école des mauvais parents de Pieter de Poortere plusieurs familles ont été présentées, les gags se concentrent depuis sur un père et son fils, même s’il est impossible de deviner quel sera le développement d’une série après seulement 16 strips, c’est l’évolution naturelle des séries avec de nombreux personnages principaux, certains finissent plus développés ou par être bien plus présents que d’autres. Ainsi dans Working dead les zombies sont typifiés par leur fonction dans l’entreprise plus que par leur caractère, et pour les cas où cette fonction ne suffit pas pour construire des gags dessus ou exploiter le personnage, Stella Lory et Marc Dubuisson ont ajouté de nouveaux personnages pour générer de nouvelles situations, comme l’ami humain de Greg tombant amoureux de la standardiste zombie. Même procédé par Manu Boisteau et Paul Martin dans Titan inc., où la présence de l’oiseau géant fait réagir différement chaque passager et membre d’équipage selon ce qu’iel est, source de nouveaux gags. Le gag de Berth dans La pause cartoon porte d’ailleurs sur une différence entre les personnages de BD qui a priori ne craignent pas d’être enfermés dans un type de rôle, et les acteurices poussés à incarner toujours un même type de personnages. Dans les gags toujours, deux surprises. Le retour en page deux d’Elliot au collège, de Théo Grosjean et Mallo, bien que celui-ci n’avait été annoncé dans le numéro précédent que pour le 20 mai dans une histoire de six pages. Ce gag inattendu, où le timide et discret Elliot revient en fan de hard rock, et où son angoisse lui reproche d’utiliser la voix-off alors qu’il « n’est pas un héros de BD » est peut-être un prometteur avant-goût. Ensuite, une planche de BNJI, lauréat de l’annuel prix Atomium Spirou, racontant des anecdotes qui « ne sont pas des fictions », sur un dessin très caricatural.
Suite de La longue marche de Lucky Luke, avec une séquence sur un lac gelé, qui permet à Matthieu Bonhomme d’introduire de la diversité dans ses paysages enneigés, et une apparition tonitruante et violente des Dalton, que souligne l’auteur dans la rubrique L’arrière-boutique, où il explique comment il compose et structure une planche de l’épisode en fonction des mouvements. Outre cette Arrière-boutique, ce numéro est riche en rubriques rédactionnelles diverses. Humoristique, avec dans En direct de la rédak le Test sur Quel cavalier êtes-vous, illustré par Bercovici, et un nouveau feuilleton sous la forme d’une nouvelle lettre de la vieille dame réclamant des BD avec des seniors sous peine d’un oldcott du journal (les plus jeunes demanderont à leurs ainés l’explication du jeu de mot d’actualité). Et le sujet du désabonnement, qui est annoncé par cette dame, se retrouve, coïncidence ?, dans La malédiction de la page 13 de Sti. Rédactionnel culturel avec deux pages sur Spirou contre les nazis, un documentaire télévisé sur le rôle de Spirou et de son rédacteur en chef informel de l’époque, Jean Doisy, dans la Résistance, avec des entretiens avec les auteurs du film, l’historienne de Spirou Christelle Pissavy-Hivernault, et J.D.M. (Jean-David Morvan), scénariste de la série Les amis de Spirou qui met en scène Jean Doisy. Informatif avec une variante de Spirou et moi sous la forme de Animal Jack et moi, consacré à Miss Prickly, la dessinatrice de cette BD pour enfants publiée chez Dupuis, et dont les valeurs et l’univers naturel lui conviennent mieux, dit-elle, que sa série précédente, Mortelle Adèle, qu’elle a arrêté de dessiner malgré son immense succès commercial. Surprenant enfin dans En direct du futur avec l’annonce d’une BD de Denis Bodart coscénarisée par Vincent Zabus, dont le ton sera à priori très différent de ses BD antérieures.
Pour finir, si les Jeux de Enzo Berkati concernent la série mise en couverture cette semaine, L’édito des Fabrice porte lui sur le supplément pour tous, une affiche de Nob avec un grand coeur portant les noms de tous ceux qui ont écrit pour demander la continuation de Dad (nombreux, dont des collectifs, comme des bibliothèques). Malencontreusement cette affiche est publiée dans un numéro qui ne contient pas de planche de Nob.
Ici un aperçu du numéro: https://spirou.com/alerte-legumes-pour- ... pocadispe/
Si Morris utilisait peu pour ses illustrations de couvertures ses silhouettages monochromes qu’il pratiquait pour ses bandes dessinées, Libon qui au contraire en use peu dans ses planches utilise fréquement ces effets d’impact pour ses couvertures de Spirou. C’est ainsi qu’en avant-plan de la couverture de cette semaine les trois cavaliers se détachent uniformément en rouge pour une alerte de la même couleur, fuyant paniqués un plat de légumes peu ragoûtant qu’apporte une mamie bonasse, l’alerte légumière verte du titre. Ceci dit, Libon utilise également dans ses illustrations et ses planches un autre truc graphique pour l’efficacité narrative, ce qui n’est pas étonnant quand on le sait féru de bricolage (comme Morris, tenez) : les personnages et objets mis en avant, comme les cavaliers et la mamie et son plat de gratin de laitue (la spécialité du village de Trépas-sur-morne où les cavaliers passent leurs vacances) sont encrés en noir alors que les éléments d’ambiance, décors et personnages secondaires, sont fondus dans un encrage du ton de leurs couleurs. Le titre enfin, simplement descriptif, « en vacances à la campagne », est l’équivalent verbal des ellipses narratives caractéristiques de Libon, car si ses personnages parlent un langage oral premier degré apparement sans recherches, il joue avec les mots comme avec le dessin, qu’il caricature tout autant, comme dans cette histoire le voisin parlant un hilarant patois imaginaire sonnant bien réel. Ces cinq pages de Vacances à la campagne ne sont pas une histoire complète comme habituellement pour les cavaliers de l’apocadyspe mais le premier chapitre d’une histoire (à suivre) comme Libon en fait parfois. Il y a par contre deux histoires complètes dans ce numéro. L’une est une aventure de la série de SF comique écologiste Ark Atlas, de Maxime Peroz, Romain Pujol et Christo, que l’on n’avait plus vu depuis depuis trente semaines après à peine deux histoires, ce qui est dommage car tant les thèmes que les personnages offrent une plaisante et amusante variation sur Valérian et Laureline. L’autre, de Lisa Mandel, Pochep et Stéphane Chesneau , dans laquelle Fredul et Flicorne sont cette fois Perdus à la piscine, le cadre idéal pour que se déploie le comique venant des personnalités opposées du grand frère stressé pour ne pas dire névrosé et sa petite sœur débonnaire et aventureuse, l’un y ayant peur des mycoses, de l’eau infestée de poils et de pipi, et partant à la recherche de sa sœur sachant à peine nager partie sauter d’un plongeoir de 10 mètres. Et après le grand’père dans l’histoire précédente, c’est maintenant la personnalité des mères qui se dessine aussi, ce qui annonce d’autres savoureux épisodes. Ce n’est malheureusement pas le cas de Annabelle Pirate Rebelle de Ghorbani et Sti qui, après un début prometteur, ne propose plus que des gags, parfois amusants, de personnages interchangeables en dehors de leur apparence physique. Tout le contraire de l’autre gag de pirates de ce numéro, Capitaine Anchois, où Floris a si bien typé ses personnages que quand l’un ou l’autre prend la vedette, il entraine l’histoire dans des dimensions toujours nouvelles, comme Louis le geek romantique cette fois-ci. Et si dans les strips inauguraux de l’école des mauvais parents de Pieter de Poortere plusieurs familles ont été présentées, les gags se concentrent depuis sur un père et son fils, même s’il est impossible de deviner quel sera le développement d’une série après seulement 16 strips, c’est l’évolution naturelle des séries avec de nombreux personnages principaux, certains finissent plus développés ou par être bien plus présents que d’autres. Ainsi dans Working dead les zombies sont typifiés par leur fonction dans l’entreprise plus que par leur caractère, et pour les cas où cette fonction ne suffit pas pour construire des gags dessus ou exploiter le personnage, Stella Lory et Marc Dubuisson ont ajouté de nouveaux personnages pour générer de nouvelles situations, comme l’ami humain de Greg tombant amoureux de la standardiste zombie. Même procédé par Manu Boisteau et Paul Martin dans Titan inc., où la présence de l’oiseau géant fait réagir différement chaque passager et membre d’équipage selon ce qu’iel est, source de nouveaux gags. Le gag de Berth dans La pause cartoon porte d’ailleurs sur une différence entre les personnages de BD qui a priori ne craignent pas d’être enfermés dans un type de rôle, et les acteurices poussés à incarner toujours un même type de personnages. Dans les gags toujours, deux surprises. Le retour en page deux d’Elliot au collège, de Théo Grosjean et Mallo, bien que celui-ci n’avait été annoncé dans le numéro précédent que pour le 20 mai dans une histoire de six pages. Ce gag inattendu, où le timide et discret Elliot revient en fan de hard rock, et où son angoisse lui reproche d’utiliser la voix-off alors qu’il « n’est pas un héros de BD » est peut-être un prometteur avant-goût. Ensuite, une planche de BNJI, lauréat de l’annuel prix Atomium Spirou, racontant des anecdotes qui « ne sont pas des fictions », sur un dessin très caricatural.
Suite de La longue marche de Lucky Luke, avec une séquence sur un lac gelé, qui permet à Matthieu Bonhomme d’introduire de la diversité dans ses paysages enneigés, et une apparition tonitruante et violente des Dalton, que souligne l’auteur dans la rubrique L’arrière-boutique, où il explique comment il compose et structure une planche de l’épisode en fonction des mouvements. Outre cette Arrière-boutique, ce numéro est riche en rubriques rédactionnelles diverses. Humoristique, avec dans En direct de la rédak le Test sur Quel cavalier êtes-vous, illustré par Bercovici, et un nouveau feuilleton sous la forme d’une nouvelle lettre de la vieille dame réclamant des BD avec des seniors sous peine d’un oldcott du journal (les plus jeunes demanderont à leurs ainés l’explication du jeu de mot d’actualité). Et le sujet du désabonnement, qui est annoncé par cette dame, se retrouve, coïncidence ?, dans La malédiction de la page 13 de Sti. Rédactionnel culturel avec deux pages sur Spirou contre les nazis, un documentaire télévisé sur le rôle de Spirou et de son rédacteur en chef informel de l’époque, Jean Doisy, dans la Résistance, avec des entretiens avec les auteurs du film, l’historienne de Spirou Christelle Pissavy-Hivernault, et J.D.M. (Jean-David Morvan), scénariste de la série Les amis de Spirou qui met en scène Jean Doisy. Informatif avec une variante de Spirou et moi sous la forme de Animal Jack et moi, consacré à Miss Prickly, la dessinatrice de cette BD pour enfants publiée chez Dupuis, et dont les valeurs et l’univers naturel lui conviennent mieux, dit-elle, que sa série précédente, Mortelle Adèle, qu’elle a arrêté de dessiner malgré son immense succès commercial. Surprenant enfin dans En direct du futur avec l’annonce d’une BD de Denis Bodart coscénarisée par Vincent Zabus, dont le ton sera à priori très différent de ses BD antérieures.
Pour finir, si les Jeux de Enzo Berkati concernent la série mise en couverture cette semaine, L’édito des Fabrice porte lui sur le supplément pour tous, une affiche de Nob avec un grand coeur portant les noms de tous ceux qui ont écrit pour demander la continuation de Dad (nombreux, dont des collectifs, comme des bibliothèques). Malencontreusement cette affiche est publiée dans un numéro qui ne contient pas de planche de Nob.
" Monólogo significa el mono que habla solo." Ramón Gómez de la Serna dans ses Greguerías.
-
heijingling
- Maître Spiroutiste

- Messages : 1747
- Enregistré le : ven. 13 déc. 2019 13:46
Re: Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...
Numéro 4590 du 01/04/2026
Ici un aperçu du numéro: https://spirou.com/prismes-a-fond-laventure/
Le titre de la nouvelle histoire, Prismes, son graphisme, l’air sérieux des personnages et l’action où ils sont plongés indique une aventure peu humoristique, alors que des détails du dessin sont dans le grotesque à la Jacovitti ou Mattioli. Il s’agit bien sûr du traditionnel poisson d’avril, une BD faussement réalisée par une IA, prétexte à un numéro mélant BD gags sur l’IA et d’autres poussant la réflexion sur le sujet, parfois les deux, comme dans Titan inc., où on donne à une IA le pilotage du bateau, ou L’édito des Fabrice, où ils demandent à une IA un édito drôle. Dans ces deux planches se pose le problème de la défectuosité des données fournies à l’IA, qui l’empêche de fonctionner, ce qui est une différence fondamentale entre une IA, (pour le moment) incapable de repérer a priori une donnée défectueuse, et les humains, qui décident ou non, plus ou moins consciemment, de croire à certaines fausses informations qui les arrangent. Prismes est introduite par une interview de LINDA, l’IA qui l’a prétenduement réalisée, interview amusante jouant avec les clichés sur ce qu’est une bonne BD, les (fausses) erreurs de points de vue (elle considère la trame classique du manga shonen comme l’essence de la BD franco-belge) et le vocabulaire redondant (une astuce astucieuse). Une vraie astuce est d’avoir interrompu l’histoire, censée être (à suivre), au bout de six pages par les Fabrice trouvant qu’« un truc cloche dans cette BD », révélation du poisson d’avril (avec moult poissons aux tronches pas piquées des vers, dont un poisson-marsupilami et un poisson-Nelson), avec une notule en bas de page indiquant que si on a « lu son Spirou dans le désordre, rendez-vous en page 4» pour le début de l’édito, qui renvoie à la liberté du lecteur de lire comme il veut, ce qu’une IA ne peut choisir de faire, ses choix étant toujours contraints (sauf bug). Suivent deux pages où le scénariste Olivier Bocquet et Noë Monin, dessinateur de Cinq-Avril, invité naturel de ce premier avril, les véritables auteurs de ce Prismes, se mettent en scène indiquant les erreurs volontaires de dialogue, dessin, narration, telles qu’aurait pu en faire une IA et pourquoi. Ils auraient aussi pu parler des erreurs de couleurs, comme ces fenêtres de maison dont sort une lumière verte, qui est aussi une erreur typique d’un programme n’ayant pas de vision cohérente, et qui construirait une histoire en assemblant des pièces de différents puzzles. Suit La BD pour les (IA) nul(les) où Damien Perez a recueilli les témoignages de Stella Lory, Libon, BenBK, Arthur de Pins et Pochep que Jacques Louis a mis en scène en une fiction où ils discutent avec une IA des problèmes de création, chacun parlant de ses méthodes et expériences personnelles, dont BenBK des couleurs, commentaires instructifs et intéressants tant que cela reste concret et vécu, moins pertinent quand cela part dans des commentaires généraux.
Les autres histoires du numéro ne font pas dans le didactisme mais l’humour, avec une mention pour Stella Lory qui se dit terrifiée par les IA, au point d’avoir fait une page de Working dead signée Morc Bobuisson et Shella Golry où les IA apparaisent à Greg encore plus dangereuses que les zombies mais pour laquelle, avec un peu d’esprit jésuite, on peut considérer les fausses erreurs de dessin pour des trouvailles narratives : Greg a dans une case deux iris par œil car, perturbé, il ne sait où il doit regarder le robot quand il s’adresse à lui, le robot représenté deux fois dans une case exprime son ubiquité à la Big Brother, les bras démesurés expriment la stupéfaction, les trois jambes de personnages un sont clin d’oeil à la tripédie politico-sociale de Pierre Van Hove dans Artfood gallery (in Charlotte mensuel 1, 2024), etc.
Les autres auteurs se répartissent en histoires courtes, au nombre de six si l’on compte, légitimement, la BD de l’IA faussement avortée, et gags en strips ou en une planche, et il est remarquable que chaque auteurice ayant participé à ce numéro, hormis les deux histoires (à suivre), ait fourni une BD sur le thème, de même pour les rubriques rédactionnelles, dans le Courrier des lecteurs avec LINDA proposant de classer ses Spirou par odeur (peu précis, l’odeur du papier et de l’encre ne changeant pas à chaque numéro), ou dans son disque dur sa mémoire comme dans Farenheit 451 de Ray Bradbury ou François Truffaut . En effet, outre la BD Prismes, LINDA est censée remplir plusieurs tâches, avec sa maladresse constitutionnelle, comme dans ses questions à L’abonné de la semaine. Toutefois, c’est le rédac’chef, et pas elle, qui commet une erreur dans les instructions qu’il lui donne dans La malédiction de la page 13, la page 12bis devenant une caravane de 12 bus s’étirant le long des marges.
L’abbé, de retour avec son Attila, introduit un anachronisme avec un robot fait de tonneaux de vin, en réalité un homme le manipule de l’intérieur et, esprit pervers que je suis, j’y vois un thème non nommément traité dans ce Spirou mais fondamental lorsqu’on parle d’IA, le surgissement progressif d’une paranoïa générale par l’impossibilité de distinguer le vrai du faux : lorsque l’abbé dessine deux fois les mêmes personnages cheminant case deux, ou met deux paires de bésicles sur le nez de son savant fou et tricheur ainsi qu’une loupe sur son front, est-ce pour un effet narratif ou un gag, ou bien une erreur volontaire, parodie des erreurs supposées d’une IA (comme chez Monin et Stella Lory) ? Son savant et son atelier sont quoi qu’il en soit savoureux. Frantz Hoffmann, Ced et Annelise proposent aussi chez Kahl et Pörth une IA médiévale fantastique sous forme d’un génie né d’un jeu de mots outré, l’Incantation Arcanielle. Guillaume Bouzard teste une IA plus que primitive et laborieuse, son incompétence ne lui ôtant pas son absolue confiance en soi, que Bouzard taxe pertinemment de « mythomanie », et imagine une mise en scène minimaliste répétitive, que n’aurait pu oser une IA, élevant l’effet ping-pong entre Bouzard et la machine au rang d’art.
Nelson et Floyd sont confrontés à leurs équivalents robotiques, Floyd cité par ailleurs dans Willy Woob, dans des strips où ses raisonnements très terre-à-terre poussés au bout font ressortir des conséquences délicieusement absurdes de l’emploi de l’IA. Enfin, Lécroart dans Les Fifiches du Proprofesseur et Nob dans les filles prennent l’IA par la bande en la confrontant pour l’un au gag ancestral de la peau de banane et l’autre à la tricherie « à l’ancienne » d’Ondine pour ses devoirs.
Dans les séries (à suivre), La longue marche de Lucky Luke de Matthieu Bonhomme arrive à mi-chemin (épisode 5 sur 9), avec un impressionnant stampede d’une horde de bisons, dans lequel sont pris LL et son protégé, Bonhomme dramatisant la séquence en faisant contraster la multitude fougueuse des bisons avec l’image de l’enfant projeté figé en l’air, et celle du cheval affolé se dressant surmonté par le loup de l’enfant composant une fascinante créature chimérique. Pour cela je lui pardonne le discours manichéen et mièvre entre Lucky Luke et l'enfant, que Bonhomme a peut-être placé là pour faire redescendre la tension. Deuxième épisode des Cavaliers de l’apocadyspe, avec un remake aussi inattendu que drôle du Petit Poucet. Et la remarque d’Olive demandant si Jé ne pourrait pas se souvenir de quels petits cailloux il a semé pourrait venir d’une IA, raisonnant dans l’abstrait, comme un enfant n’ayant pas l’expérience du monde.
Le rédacteur en chef conclue ce numéro par un texte qui insiste sur le fait que « l’humour et un peu de réflexion, c’est bien dans l’ADN de Spirou, et c’est comme ça depuis 1938 ! », ce qui est on ne peut plus juste, un texte signé en 1943 par Jean Doisy, le rédacteur en chef de l’époque, disait exactement la même chose, dans des circonstances qui furent dramatiques pour le journal (empêché de paraître pendant plus d’un an), et l’angoisse qui sourd de son discours ( « À terme, l’IA pourrait mettre en danger ce qui fait la beauté du 9e art : sa splendide, foutraque et jubilatoire diversité »), comme des témoignages des auteurs recueillis par Damien Perez, résonne avec des circonstances tout aussi dramatiques pour la société. À ces angoisses sur la déstabilisation de la société actuelle on pourrait opposer le mantra économiste sur la destruction créatrice. Ainsi, lorsque Romain Garouste dessine le logo de LINDA, que l’on retrouve dans ses Jeux ou dans En direct de la rédac, représentée par un personnage kawaï aux yeux bridés, il reste dans la continuité de toutes les innovations venues d’extrême-orient, des jeux vidéos aux mangas en passant par les sushis et les dessins animés qui ont depuis 40 ans bouleversé le paysage culturel, et a touché juste avec sa LINDA, cousine des icônes kawaï des forces de l’ordre omniprésentes en Chine , qui rappelle aussi qu’en extrême-orient l’IA ne soulève pas les mêmes craintes qu’ici, bien au contraire.
Grandes figurines en hommage aux pompiers de Shenzhen, images générées par IA, exposées dans un parc
Ici un aperçu du numéro: https://spirou.com/prismes-a-fond-laventure/
Le titre de la nouvelle histoire, Prismes, son graphisme, l’air sérieux des personnages et l’action où ils sont plongés indique une aventure peu humoristique, alors que des détails du dessin sont dans le grotesque à la Jacovitti ou Mattioli. Il s’agit bien sûr du traditionnel poisson d’avril, une BD faussement réalisée par une IA, prétexte à un numéro mélant BD gags sur l’IA et d’autres poussant la réflexion sur le sujet, parfois les deux, comme dans Titan inc., où on donne à une IA le pilotage du bateau, ou L’édito des Fabrice, où ils demandent à une IA un édito drôle. Dans ces deux planches se pose le problème de la défectuosité des données fournies à l’IA, qui l’empêche de fonctionner, ce qui est une différence fondamentale entre une IA, (pour le moment) incapable de repérer a priori une donnée défectueuse, et les humains, qui décident ou non, plus ou moins consciemment, de croire à certaines fausses informations qui les arrangent. Prismes est introduite par une interview de LINDA, l’IA qui l’a prétenduement réalisée, interview amusante jouant avec les clichés sur ce qu’est une bonne BD, les (fausses) erreurs de points de vue (elle considère la trame classique du manga shonen comme l’essence de la BD franco-belge) et le vocabulaire redondant (une astuce astucieuse). Une vraie astuce est d’avoir interrompu l’histoire, censée être (à suivre), au bout de six pages par les Fabrice trouvant qu’« un truc cloche dans cette BD », révélation du poisson d’avril (avec moult poissons aux tronches pas piquées des vers, dont un poisson-marsupilami et un poisson-Nelson), avec une notule en bas de page indiquant que si on a « lu son Spirou dans le désordre, rendez-vous en page 4» pour le début de l’édito, qui renvoie à la liberté du lecteur de lire comme il veut, ce qu’une IA ne peut choisir de faire, ses choix étant toujours contraints (sauf bug). Suivent deux pages où le scénariste Olivier Bocquet et Noë Monin, dessinateur de Cinq-Avril, invité naturel de ce premier avril, les véritables auteurs de ce Prismes, se mettent en scène indiquant les erreurs volontaires de dialogue, dessin, narration, telles qu’aurait pu en faire une IA et pourquoi. Ils auraient aussi pu parler des erreurs de couleurs, comme ces fenêtres de maison dont sort une lumière verte, qui est aussi une erreur typique d’un programme n’ayant pas de vision cohérente, et qui construirait une histoire en assemblant des pièces de différents puzzles. Suit La BD pour les (IA) nul(les) où Damien Perez a recueilli les témoignages de Stella Lory, Libon, BenBK, Arthur de Pins et Pochep que Jacques Louis a mis en scène en une fiction où ils discutent avec une IA des problèmes de création, chacun parlant de ses méthodes et expériences personnelles, dont BenBK des couleurs, commentaires instructifs et intéressants tant que cela reste concret et vécu, moins pertinent quand cela part dans des commentaires généraux.
Les autres histoires du numéro ne font pas dans le didactisme mais l’humour, avec une mention pour Stella Lory qui se dit terrifiée par les IA, au point d’avoir fait une page de Working dead signée Morc Bobuisson et Shella Golry où les IA apparaisent à Greg encore plus dangereuses que les zombies mais pour laquelle, avec un peu d’esprit jésuite, on peut considérer les fausses erreurs de dessin pour des trouvailles narratives : Greg a dans une case deux iris par œil car, perturbé, il ne sait où il doit regarder le robot quand il s’adresse à lui, le robot représenté deux fois dans une case exprime son ubiquité à la Big Brother, les bras démesurés expriment la stupéfaction, les trois jambes de personnages un sont clin d’oeil à la tripédie politico-sociale de Pierre Van Hove dans Artfood gallery (in Charlotte mensuel 1, 2024), etc.
Les autres auteurs se répartissent en histoires courtes, au nombre de six si l’on compte, légitimement, la BD de l’IA faussement avortée, et gags en strips ou en une planche, et il est remarquable que chaque auteurice ayant participé à ce numéro, hormis les deux histoires (à suivre), ait fourni une BD sur le thème, de même pour les rubriques rédactionnelles, dans le Courrier des lecteurs avec LINDA proposant de classer ses Spirou par odeur (peu précis, l’odeur du papier et de l’encre ne changeant pas à chaque numéro), ou dans son disque dur sa mémoire comme dans Farenheit 451 de Ray Bradbury ou François Truffaut . En effet, outre la BD Prismes, LINDA est censée remplir plusieurs tâches, avec sa maladresse constitutionnelle, comme dans ses questions à L’abonné de la semaine. Toutefois, c’est le rédac’chef, et pas elle, qui commet une erreur dans les instructions qu’il lui donne dans La malédiction de la page 13, la page 12bis devenant une caravane de 12 bus s’étirant le long des marges.
L’abbé, de retour avec son Attila, introduit un anachronisme avec un robot fait de tonneaux de vin, en réalité un homme le manipule de l’intérieur et, esprit pervers que je suis, j’y vois un thème non nommément traité dans ce Spirou mais fondamental lorsqu’on parle d’IA, le surgissement progressif d’une paranoïa générale par l’impossibilité de distinguer le vrai du faux : lorsque l’abbé dessine deux fois les mêmes personnages cheminant case deux, ou met deux paires de bésicles sur le nez de son savant fou et tricheur ainsi qu’une loupe sur son front, est-ce pour un effet narratif ou un gag, ou bien une erreur volontaire, parodie des erreurs supposées d’une IA (comme chez Monin et Stella Lory) ? Son savant et son atelier sont quoi qu’il en soit savoureux. Frantz Hoffmann, Ced et Annelise proposent aussi chez Kahl et Pörth une IA médiévale fantastique sous forme d’un génie né d’un jeu de mots outré, l’Incantation Arcanielle. Guillaume Bouzard teste une IA plus que primitive et laborieuse, son incompétence ne lui ôtant pas son absolue confiance en soi, que Bouzard taxe pertinemment de « mythomanie », et imagine une mise en scène minimaliste répétitive, que n’aurait pu oser une IA, élevant l’effet ping-pong entre Bouzard et la machine au rang d’art.
Nelson et Floyd sont confrontés à leurs équivalents robotiques, Floyd cité par ailleurs dans Willy Woob, dans des strips où ses raisonnements très terre-à-terre poussés au bout font ressortir des conséquences délicieusement absurdes de l’emploi de l’IA. Enfin, Lécroart dans Les Fifiches du Proprofesseur et Nob dans les filles prennent l’IA par la bande en la confrontant pour l’un au gag ancestral de la peau de banane et l’autre à la tricherie « à l’ancienne » d’Ondine pour ses devoirs.
Dans les séries (à suivre), La longue marche de Lucky Luke de Matthieu Bonhomme arrive à mi-chemin (épisode 5 sur 9), avec un impressionnant stampede d’une horde de bisons, dans lequel sont pris LL et son protégé, Bonhomme dramatisant la séquence en faisant contraster la multitude fougueuse des bisons avec l’image de l’enfant projeté figé en l’air, et celle du cheval affolé se dressant surmonté par le loup de l’enfant composant une fascinante créature chimérique. Pour cela je lui pardonne le discours manichéen et mièvre entre Lucky Luke et l'enfant, que Bonhomme a peut-être placé là pour faire redescendre la tension. Deuxième épisode des Cavaliers de l’apocadyspe, avec un remake aussi inattendu que drôle du Petit Poucet. Et la remarque d’Olive demandant si Jé ne pourrait pas se souvenir de quels petits cailloux il a semé pourrait venir d’une IA, raisonnant dans l’abstrait, comme un enfant n’ayant pas l’expérience du monde.
Le rédacteur en chef conclue ce numéro par un texte qui insiste sur le fait que « l’humour et un peu de réflexion, c’est bien dans l’ADN de Spirou, et c’est comme ça depuis 1938 ! », ce qui est on ne peut plus juste, un texte signé en 1943 par Jean Doisy, le rédacteur en chef de l’époque, disait exactement la même chose, dans des circonstances qui furent dramatiques pour le journal (empêché de paraître pendant plus d’un an), et l’angoisse qui sourd de son discours ( « À terme, l’IA pourrait mettre en danger ce qui fait la beauté du 9e art : sa splendide, foutraque et jubilatoire diversité »), comme des témoignages des auteurs recueillis par Damien Perez, résonne avec des circonstances tout aussi dramatiques pour la société. À ces angoisses sur la déstabilisation de la société actuelle on pourrait opposer le mantra économiste sur la destruction créatrice. Ainsi, lorsque Romain Garouste dessine le logo de LINDA, que l’on retrouve dans ses Jeux ou dans En direct de la rédac, représentée par un personnage kawaï aux yeux bridés, il reste dans la continuité de toutes les innovations venues d’extrême-orient, des jeux vidéos aux mangas en passant par les sushis et les dessins animés qui ont depuis 40 ans bouleversé le paysage culturel, et a touché juste avec sa LINDA, cousine des icônes kawaï des forces de l’ordre omniprésentes en Chine , qui rappelle aussi qu’en extrême-orient l’IA ne soulève pas les mêmes craintes qu’ici, bien au contraire.
Grandes figurines en hommage aux pompiers de Shenzhen, images générées par IA, exposées dans un parc
" Monólogo significa el mono que habla solo." Ramón Gómez de la Serna dans ses Greguerías.
-
heijingling
- Maître Spiroutiste

- Messages : 1747
- Enregistré le : ven. 13 déc. 2019 13:46
Re: Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...
Numéro 4591 du 08/04/2026
Ici un aperçu du numéro: https://spirou.com/huguette-et-croquett ... s-derider/
Révolution ce printemps chez Spirou : une vieille dame guide un peuple à l’assaut de la rédaction, détruisant tout sur son passage, roulant sur une planche de Gaston, écrasant la queue du Marsupilami. Mais pour cette fois, ce n’est pas une nouvelle génération d’auteurs qui chasse l’ancienne, et les boutons sur les corps de ces révolutionnaires ne sont pas de l’acné, car il s’agit de l’aboutissement de la pression que mettait depuis quelques semaines dans En direct de la rédac une vieille dame du nom d’Huguette pour obtenir dans le magazine une série spécifiquement dédiée aux lectorat du troisième âge et la mettant en scène. C’est donc Huguette et Croquette (une nouvelle série avec un chat) et tous les résidents de l’hospice Les vieux croutons qui déferlent dans Spirou. Plus q’une révolution, c’est à une invasion que Spirou a à faire, Huguette étant aussi présente dans les Jeux de Thomas Priou bien sûr, mais elle a aussi remplacé le Furby/Freuby de l’animation du Bon d’abonnement, et dans En direct du futur, sous le titre Huguette a gagné, nous apprenons qu’elle sera présente chaque semaine dans Spirou. Ce genre d’animation fait partie du renouveau du journal, qui fait un lien entre les numéros non seulement avec les histoires (à suivre) mais en établissant une continuité rédactionnelle ludique. La présentation de la série sous forme de fiche d’inscription à l’hospice confirme le running gag des courriers de la vieille dame et son caractère volontaire. Si le premier gag en deux planches est d’un humour cruel, reprenant en l’inversant un gag de Bouzard dans Autobiography of a mitroll, avec une surprenante et belle case en négatif noir et blanc, les deux gags suivants sont plus grand public, et posent les bases de ce que sera cette série de Théoschu, un nouvel auteur complet (scénario, dessin, couleurs) chez Spirou, qui nous est présenté dans le désormais autoportrait en écorché, une belle idée qui donne lieu à des représentations révélatrices, amusantes et impressionnantes graphiquement. Son dessin est très caricatural et sert bien l’expression de ses personnages seniors, et structurellement se situe dans une lignée allant d’Altan au récent Berberian en passant par Luz, Fabrice Erre, Aude Picault (pour ses humains, pas dans Boulette), parfois Nob ou Bretécher, et de sa génération, Emilie Gleason ou Stella Lory, où les articulations des personnages ne sont pas ou que peu signifiées. Lignée est un terme abusif, ces auteurices n’ayant pas les mêmes filiations, ni les mêmes enjeux expressifs. Ainsi, de Lisa Mandel, pour qui cela participe de la simplification générale du dessin.
Ce numéro contient aussi une histoire complète, qui est le contre-pied d’Huguette : scénarisée par Brigitte Lecordier, encore une vieille dame - relativement, près de 20 ans de moins, ce qui lui fait tout de même l’âge de la retraite-, qui au contraire d’Huguette est encore très active socialement, mise en images par un jeune dessinateur, Arcady Picardi, dont ce sont aussi les débuts dans Spirou, elle y raconte non son présent, comme Huguette, mais son enfance, sous le titre La réalité est énorme. Sans doute est-ce pour illustrer littéralement le titre que le dessinateur fait sa mise en page sous forme d’immenses dessins, ce qui donne des planches de 3 ou 4 cases et le constat que malgré le privilège qu’on eu les auteurices de disposer de 8 pages, alors que la plupart des histoires complètes de Spirou ne font depuis quelques années que 4 pages, il s’y est moins passé de choses qu’en 4 pages. Sauf émotionnellement. C’est, selon la présentation, le but de ces histoires vraies, montrer que l’imagination peut transcender une réalité triste (Zola et le studio Ghibli mêlés est-il écrit. Louable et immense ambition). Malheureusement, en ne différenciant ni par la mise en page, ni par l’expression des personnages, toujours surjouée, et en prenant pas le temps, malgré ses 8 pages, de construire et faire comprendre et ressentir son monde réel, celui-ci est peu discernable de l’imaginaire. Il faut dire que les personnages peu différenciés (la mère a la même robe, la même coiffure, la même tête et le même âge apparent que sa fille), de même que la pléthore de personnages n’aident pas à s’immerger dans l’histoire. La présence de tous ces personnages mal identifiables s’explique par le fait que « Spirou ne propose ici qu’une histoire courte et tendre issue de l’album, car d’autres souvenirs présents dans l’album ne sont pas 100 % adaptés à un public familial ». C’est le retour des pages manquantes de Champignac, sauf que ce choix, compréhensible pour Champignac (faire redessiner des pages aurait été délicat, mais tenir informé le lectorat de cette absence n’aurait pas été superflu), est difficilement acceptable ici : n’aurait-il pas été possible de choisir une histoire de présentation, ou avec moins de personnages, plutôt que de plonger le lectorat, comme les enfants de l’histoire, dans une inondation graphique et scénaristique? D’autant plus que l’argument des histoires «pas 100 % adaptées à un public familial » prend l’eau aussi lorsque Brigitte Lecordier dit dans la présentation que dans le terrain vague où elle jouait avec sa fratrie « parfois on trouvait des cadavres d’Algériens zigouillés ». Dit ainsi, hors contexte (la guerre n’explique pas tout), sans précaution, fait croire aux jeunes lecteurices de Spirou que dans les années 60 les enfants qui jouaient dans les terrains vagues y rencontraient des cadavres égorgés, et, quelles que soient les justifications, ce n’est absolument pas « 100 % adapté à un public familial ». Et c’est étrange, Roba dans Boule et Bill ou La Ribambelle n’en soufflait mot. Faisait-il œuvre de propagande ? Concernant cette Réalité est énorme, n’est donc pas Sylvain Savoia, Marzena Sowa ou Émile Bravo qui veut, il faut du tact et des précautions pour présenter une réalité historique tragique, et sans la travestir, à un public non spécialisé, d’autant plus si celui-ci est jeune. Pour tirer sur l’ambulance, j’ajouterai qu’à l’aune du numéro précédent, où Olivier Bocquet disait à propos de Prismes que la soi-disant IA avait mis, concernant la « muraille infranchissable », un dialogue classique, sans tenir compte de ses conséquence, on a ici une case où un enfant dit que sa sœur rapporte toujours quelque chose en cadeau, et une où cette sœur propose à ses frères d’entendre une histoire se passant un soir de pluie, deux cases non suivies de ce qui est annoncé. C’est une faute scénaristique digne d’une IA inconséquente que de faire une élipse là où au contraire il fallait ancrer les personnages dans le tangible pour mieux faire ressortir la séquence imaginaire et la lier au réel. Par comparaison, l'historiette On m’appelle le Lapin de Pâques, où Tofy et Maëla Cosson arrivent en 2 pages à créer personnages et ambiance attachants, qui ne sont pas là que pour amener le gag final, pour anecdotique qu'elle soit par rapport à l’ambition de La réalité est énorme, apparaît comme un chef-d’oeuvre de maîtrise et de cohérence narrative et graphique.
Déjà le dernier chapitre (hélas) des Cavaliers de l’apocadispe en vacances à la campagne, où Libon a fait feu de tout bois pour multiplier les effets comiques : running gag (sur la cuisine), gag narratif (les enfants retrouvent leur chemin grâce au son de la télé que le grand’père sourd met à plein volume), séquence en plan fixe avec changements de cadrage pour la fuite à dos de vache, séquence en caméra sujective où le regard de Olive et Ludo panote sur les cases à la recherche de Jé disparu à dos de vache (je ne vais même pas essayer de résumer comment il en est arrivé là) : la meilleure version du Petit Poucet depuis Perrault (Allons-y carrément). Nouveau chapitre du Lucky Luke où Matthieu Bonhomme alterne de nouveau, dans une construction très classique mais toujours efficace, scène de feu de camp, occasion d’un rapprochement entre LL et l’enfant rebelle dont il a la garde, et scène d’action avec la traversée d’une rivière en furie, où l’encrage souple de Matthieu Bonhomme sert parfaitement le contraste entre les flots déchainés et ondulants, les dangereux blocs de glace qu’ils charrient, et la corde tour à tour tendue et distendue qui leur permet de traverser le torrent. L’humour reste lui aussi rare que peu discret, avec Nuage Rouge, l’enfant indien, se moquant d’un de ses camarades surnommé Bave-du-nez et se retrouvant lui-même le nez coulant 5 pages plus loin, en gros plan pour qu’on le voit bien.
Plusieurs séries de strips, présentés classiquement par quatre sur une même page regroupés sur un thème, des chiens extra-terrestres pour Nelson, la culture de fleurs pour Brad Rock, the gold digger, ainsi que Titan inc., sur la désertion du capitaine, avec l’originalité que Paul Martin et Manu Boisteau, tout en gardant la forme strip, jouent sur la mise en page de la planche. Quant au strip Mauvaises graines, lui, avec ses fleurs débordant sur les marges de la page en rappel de l’invasion de fleurs du Spirou spécial printemps 2025, annonce-t-il une nouvelle catastrophe écologique pour le spécial printemps à paraître la semaine suivante?Berth démontre une nouvelle fois son imagination délirante avec les gagnants du championnat de taxidermie. La vampire de Manoir à louer et les zombies de Working dead, tout en gardant leur statut de monstre, n’inquiètent plus les humains de leur série et ont dégénéré au traditionnel rang de voisin/collègue ennuyeux de BD comiques. Le gag de L’épée de bois arrive comme une conclusion tardive, plusieurs semaines après sa fin dans le journal, de l’arc du tournoi. Nob fait prendre ses marques à la série Les filles par rapport à Dad en introduisant un personnage s’annnonçant mystérieux parmi les colocs de Panda et en fournissant discrètement des informations sur les autres (l’un doit être d’origine indienne vu son teint et la présence d’une statuette de Ganesha sur le manteau de cheminée).
Enfin, une coïncidence avec la nouvelle héroïne du journal fait que la planche de La leçon de BD mette en scène une personne agée et que Gally se dessine en mamie pour l’occasion, et un faux courrier des lecteurs dans En direct de la rédac revient sous forme de gag sur le thème des menaces et potentialités des IA du numéro précédent, comme sa remarque qu'elle peut produire une BD en quelques minutes fait écho à Gally disant dans La leçon de BD « passer des jours sur une planche qui va être lue en quelques minutes», Par rapport à la tendance actuelle mondiale (une société de production chinoise a annoncé remplacer tous les rôles secondaires, à l'exception des deux rôles principaux masculin et féminin et de deux autres acteurs, par des acteurs IA dans la série télé Tu me manques -念相思niàn xiāngsī- de l'actrice millionaire Yu Shuxin/Esther Yu dont le tournage va débuter en juin), Spirou assume son secteur de niche humaine...
Ici un aperçu du numéro: https://spirou.com/huguette-et-croquett ... s-derider/
Révolution ce printemps chez Spirou : une vieille dame guide un peuple à l’assaut de la rédaction, détruisant tout sur son passage, roulant sur une planche de Gaston, écrasant la queue du Marsupilami. Mais pour cette fois, ce n’est pas une nouvelle génération d’auteurs qui chasse l’ancienne, et les boutons sur les corps de ces révolutionnaires ne sont pas de l’acné, car il s’agit de l’aboutissement de la pression que mettait depuis quelques semaines dans En direct de la rédac une vieille dame du nom d’Huguette pour obtenir dans le magazine une série spécifiquement dédiée aux lectorat du troisième âge et la mettant en scène. C’est donc Huguette et Croquette (une nouvelle série avec un chat) et tous les résidents de l’hospice Les vieux croutons qui déferlent dans Spirou. Plus q’une révolution, c’est à une invasion que Spirou a à faire, Huguette étant aussi présente dans les Jeux de Thomas Priou bien sûr, mais elle a aussi remplacé le Furby/Freuby de l’animation du Bon d’abonnement, et dans En direct du futur, sous le titre Huguette a gagné, nous apprenons qu’elle sera présente chaque semaine dans Spirou. Ce genre d’animation fait partie du renouveau du journal, qui fait un lien entre les numéros non seulement avec les histoires (à suivre) mais en établissant une continuité rédactionnelle ludique. La présentation de la série sous forme de fiche d’inscription à l’hospice confirme le running gag des courriers de la vieille dame et son caractère volontaire. Si le premier gag en deux planches est d’un humour cruel, reprenant en l’inversant un gag de Bouzard dans Autobiography of a mitroll, avec une surprenante et belle case en négatif noir et blanc, les deux gags suivants sont plus grand public, et posent les bases de ce que sera cette série de Théoschu, un nouvel auteur complet (scénario, dessin, couleurs) chez Spirou, qui nous est présenté dans le désormais autoportrait en écorché, une belle idée qui donne lieu à des représentations révélatrices, amusantes et impressionnantes graphiquement. Son dessin est très caricatural et sert bien l’expression de ses personnages seniors, et structurellement se situe dans une lignée allant d’Altan au récent Berberian en passant par Luz, Fabrice Erre, Aude Picault (pour ses humains, pas dans Boulette), parfois Nob ou Bretécher, et de sa génération, Emilie Gleason ou Stella Lory, où les articulations des personnages ne sont pas ou que peu signifiées. Lignée est un terme abusif, ces auteurices n’ayant pas les mêmes filiations, ni les mêmes enjeux expressifs. Ainsi, de Lisa Mandel, pour qui cela participe de la simplification générale du dessin.
Ce numéro contient aussi une histoire complète, qui est le contre-pied d’Huguette : scénarisée par Brigitte Lecordier, encore une vieille dame - relativement, près de 20 ans de moins, ce qui lui fait tout de même l’âge de la retraite-, qui au contraire d’Huguette est encore très active socialement, mise en images par un jeune dessinateur, Arcady Picardi, dont ce sont aussi les débuts dans Spirou, elle y raconte non son présent, comme Huguette, mais son enfance, sous le titre La réalité est énorme. Sans doute est-ce pour illustrer littéralement le titre que le dessinateur fait sa mise en page sous forme d’immenses dessins, ce qui donne des planches de 3 ou 4 cases et le constat que malgré le privilège qu’on eu les auteurices de disposer de 8 pages, alors que la plupart des histoires complètes de Spirou ne font depuis quelques années que 4 pages, il s’y est moins passé de choses qu’en 4 pages. Sauf émotionnellement. C’est, selon la présentation, le but de ces histoires vraies, montrer que l’imagination peut transcender une réalité triste (Zola et le studio Ghibli mêlés est-il écrit. Louable et immense ambition). Malheureusement, en ne différenciant ni par la mise en page, ni par l’expression des personnages, toujours surjouée, et en prenant pas le temps, malgré ses 8 pages, de construire et faire comprendre et ressentir son monde réel, celui-ci est peu discernable de l’imaginaire. Il faut dire que les personnages peu différenciés (la mère a la même robe, la même coiffure, la même tête et le même âge apparent que sa fille), de même que la pléthore de personnages n’aident pas à s’immerger dans l’histoire. La présence de tous ces personnages mal identifiables s’explique par le fait que « Spirou ne propose ici qu’une histoire courte et tendre issue de l’album, car d’autres souvenirs présents dans l’album ne sont pas 100 % adaptés à un public familial ». C’est le retour des pages manquantes de Champignac, sauf que ce choix, compréhensible pour Champignac (faire redessiner des pages aurait été délicat, mais tenir informé le lectorat de cette absence n’aurait pas été superflu), est difficilement acceptable ici : n’aurait-il pas été possible de choisir une histoire de présentation, ou avec moins de personnages, plutôt que de plonger le lectorat, comme les enfants de l’histoire, dans une inondation graphique et scénaristique? D’autant plus que l’argument des histoires «pas 100 % adaptées à un public familial » prend l’eau aussi lorsque Brigitte Lecordier dit dans la présentation que dans le terrain vague où elle jouait avec sa fratrie « parfois on trouvait des cadavres d’Algériens zigouillés ». Dit ainsi, hors contexte (la guerre n’explique pas tout), sans précaution, fait croire aux jeunes lecteurices de Spirou que dans les années 60 les enfants qui jouaient dans les terrains vagues y rencontraient des cadavres égorgés, et, quelles que soient les justifications, ce n’est absolument pas « 100 % adapté à un public familial ». Et c’est étrange, Roba dans Boule et Bill ou La Ribambelle n’en soufflait mot. Faisait-il œuvre de propagande ? Concernant cette Réalité est énorme, n’est donc pas Sylvain Savoia, Marzena Sowa ou Émile Bravo qui veut, il faut du tact et des précautions pour présenter une réalité historique tragique, et sans la travestir, à un public non spécialisé, d’autant plus si celui-ci est jeune. Pour tirer sur l’ambulance, j’ajouterai qu’à l’aune du numéro précédent, où Olivier Bocquet disait à propos de Prismes que la soi-disant IA avait mis, concernant la « muraille infranchissable », un dialogue classique, sans tenir compte de ses conséquence, on a ici une case où un enfant dit que sa sœur rapporte toujours quelque chose en cadeau, et une où cette sœur propose à ses frères d’entendre une histoire se passant un soir de pluie, deux cases non suivies de ce qui est annoncé. C’est une faute scénaristique digne d’une IA inconséquente que de faire une élipse là où au contraire il fallait ancrer les personnages dans le tangible pour mieux faire ressortir la séquence imaginaire et la lier au réel. Par comparaison, l'historiette On m’appelle le Lapin de Pâques, où Tofy et Maëla Cosson arrivent en 2 pages à créer personnages et ambiance attachants, qui ne sont pas là que pour amener le gag final, pour anecdotique qu'elle soit par rapport à l’ambition de La réalité est énorme, apparaît comme un chef-d’oeuvre de maîtrise et de cohérence narrative et graphique.
Déjà le dernier chapitre (hélas) des Cavaliers de l’apocadispe en vacances à la campagne, où Libon a fait feu de tout bois pour multiplier les effets comiques : running gag (sur la cuisine), gag narratif (les enfants retrouvent leur chemin grâce au son de la télé que le grand’père sourd met à plein volume), séquence en plan fixe avec changements de cadrage pour la fuite à dos de vache, séquence en caméra sujective où le regard de Olive et Ludo panote sur les cases à la recherche de Jé disparu à dos de vache (je ne vais même pas essayer de résumer comment il en est arrivé là) : la meilleure version du Petit Poucet depuis Perrault (Allons-y carrément). Nouveau chapitre du Lucky Luke où Matthieu Bonhomme alterne de nouveau, dans une construction très classique mais toujours efficace, scène de feu de camp, occasion d’un rapprochement entre LL et l’enfant rebelle dont il a la garde, et scène d’action avec la traversée d’une rivière en furie, où l’encrage souple de Matthieu Bonhomme sert parfaitement le contraste entre les flots déchainés et ondulants, les dangereux blocs de glace qu’ils charrient, et la corde tour à tour tendue et distendue qui leur permet de traverser le torrent. L’humour reste lui aussi rare que peu discret, avec Nuage Rouge, l’enfant indien, se moquant d’un de ses camarades surnommé Bave-du-nez et se retrouvant lui-même le nez coulant 5 pages plus loin, en gros plan pour qu’on le voit bien.
Plusieurs séries de strips, présentés classiquement par quatre sur une même page regroupés sur un thème, des chiens extra-terrestres pour Nelson, la culture de fleurs pour Brad Rock, the gold digger, ainsi que Titan inc., sur la désertion du capitaine, avec l’originalité que Paul Martin et Manu Boisteau, tout en gardant la forme strip, jouent sur la mise en page de la planche. Quant au strip Mauvaises graines, lui, avec ses fleurs débordant sur les marges de la page en rappel de l’invasion de fleurs du Spirou spécial printemps 2025, annonce-t-il une nouvelle catastrophe écologique pour le spécial printemps à paraître la semaine suivante?Berth démontre une nouvelle fois son imagination délirante avec les gagnants du championnat de taxidermie. La vampire de Manoir à louer et les zombies de Working dead, tout en gardant leur statut de monstre, n’inquiètent plus les humains de leur série et ont dégénéré au traditionnel rang de voisin/collègue ennuyeux de BD comiques. Le gag de L’épée de bois arrive comme une conclusion tardive, plusieurs semaines après sa fin dans le journal, de l’arc du tournoi. Nob fait prendre ses marques à la série Les filles par rapport à Dad en introduisant un personnage s’annnonçant mystérieux parmi les colocs de Panda et en fournissant discrètement des informations sur les autres (l’un doit être d’origine indienne vu son teint et la présence d’une statuette de Ganesha sur le manteau de cheminée).
Enfin, une coïncidence avec la nouvelle héroïne du journal fait que la planche de La leçon de BD mette en scène une personne agée et que Gally se dessine en mamie pour l’occasion, et un faux courrier des lecteurs dans En direct de la rédac revient sous forme de gag sur le thème des menaces et potentialités des IA du numéro précédent, comme sa remarque qu'elle peut produire une BD en quelques minutes fait écho à Gally disant dans La leçon de BD « passer des jours sur une planche qui va être lue en quelques minutes», Par rapport à la tendance actuelle mondiale (une société de production chinoise a annoncé remplacer tous les rôles secondaires, à l'exception des deux rôles principaux masculin et féminin et de deux autres acteurs, par des acteurs IA dans la série télé Tu me manques -念相思niàn xiāngsī- de l'actrice millionaire Yu Shuxin/Esther Yu dont le tournage va débuter en juin), Spirou assume son secteur de niche humaine...
" Monólogo significa el mono que habla solo." Ramón Gómez de la Serna dans ses Greguerías.
-
heijingling
- Maître Spiroutiste

- Messages : 1747
- Enregistré le : ven. 13 déc. 2019 13:46
Re: Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...
Numéro 4592-3 du 15/04/2026
Ici un aperçu du numéro: https://spirou.com/numero-special-print ... 100-pages/
Le dessin de couverture de ce numéro spécial de 100 pages ne recèle pour une fois ni gag ni surprise en quatrième de couverture, juste un beau dessin de Goum, un des spécialiste de la BD animalière dans Spirou (il y a réalisé Comme des bêtes entre 2019 et 2021, ainsi que plusieurs histoires courtes et couvertures avec des marsupilamis) qui représente une déambulation d’animaux au regard vide à travers la forêt, utilisant la double page comme un écran de cinémascope. Le thème de ce numéro est conçu comme un mystère, puisque le titre en couverture, « un numéro sans queue ni tête », laisserait supposer un numéro absurde comme celui du numéro 2139 (12/04/1979), Spécial inattendu, nonobstant ce défilé d’animaux observé par Spirou et Fantasio, qui en fait un jeu de mot donnant un indice sur ce que sera ce mystère, la disparition d’animaux, sans doute résolu par nos deux héros. L’édito des Fabrice sur le réveil de la nature au printemps ne donne pas plus d’indice, non plus que L’ornithovlog, de Goum et Ced, un gag cadré comme vu par la caméra du vlogueur du titre. Mais nous n’avons pas à attendre plus loin puisque l’enquête attendue de Spirou et Fantasio débute dès la page 6 du journal, avec des auteurs inattendus : Ced, qui après avoir coscénarisé la dernière histoire du Marsupilami scénarise celle de ses découvreurs, et Bercovici, le dessinateur caméléon qui caricature les personnages du journal chaque semaine dans En direct du futur. Le titre bien peu spiruvien de Par là, qui pourrait, compte tenu de l’histoire, se rapprocher du roman fantastique « L’autre côté » d’Alfred Kubin s’il n’était en réalité un gag, n’est que la deuxième surprise de cette histoire, qui commence comme par l’ultime séquence, alors que Spirou, ayant démasqué le méchant industriel pollueur et tenu en joue par celui-ci et des oies de garde féroces va s’en sortir par un coup de théâtre, sous la forme de Fantasio déguisé en soubrette : ce résumé montre que ce Spirou et Fantasio est résolument placé sous le signe de l’humour, ce qui n’est pas étonnant vu les auteurs. Mais l’histoire prend un nouveau tour dès sa page 3, avec le comportement soudain anormal de Spip puis des oies, qui, comme hypnotisés, s’en vont. L’histoire s’interrompt sur ce suspense pour se poursuivre quelques pages plus loin dans le magazine. À l’instar de l’histoire de Seccotine dans le spécial printemps de l’an dernier, cette histoire complète en 16 pages est découpée en chapitres répartis dans le magazine, entrecoupés d’histoires des personnages du journal où les animaux s’en vont « par là », ainsi que le dit la reportrice Seccotine, dans un montage parallèle à la progression de l’enquête de Spirou et Fantasio. Mais bien qu’elle soit présentée lors d'un reportage télé comme la « découvreuse du marsupilami », elle ne prendra pas plus ici la place de Spirou et Fantasio, les auteurs n’ayant pas cédé à la facilité de construire gags et suspense sur sa rivalité avec Fantasio, la limitant à un laconique « ça me fais mal de le dire mais elle passe plutôt bien à l’écran » de la part de celui-ci...
L’enquête consiste donc à découvrir où vont donc tous les animaux, des hérissons aux escargots aux poissons aux rhinocéros (bon gag car très bien amené), et pourquoi. Toutefois la suggestion de Fantasio selon laquelle la zorglonde pourrait être à la base de tout cela dénote un problème. En effet, des humains aux écureuils en passant par les moustiques (Tora Torapa), tous les animaux (hormis l’exceptionnel marsupilami) sont sensibles à la zorglonde, hors ici ce sont tous les animaux à l’exception des humains. Exclure les humains des autres animaux pourrait être considéré comme du spécisme et de l’anthropocentrisme malvenus, étonnants de la part de Ced, auteur complet de Wikipanda, l’encyclopédie parodique du monde animal, si ce n’était plutôt une malheureuse facilité scénaristique, sans oublier qu’en français, comme dans la plupart des langues, le mot animal a deux significations, qui exclue ou inclue les humains selon que l’on se place dans le registre scientifique ou dans l’usage courant. Sti, dans son animation dans les marges du journal qui voit des fourmis commenter les pages qu’elles traversent avec force jeux de mots « fourmidables », leur fait adopter le même point de vue en leur faisant dire « les animaux sont tous hypnotisés sauf nous ». Elles apparaissent, disant vouloir profiter de cette occasion pour prendre le contrôle de la terre, au dessus de la première histoire de ce numéro intercalée entre les pages de Spirou et Fantasio, Family life, où Jacques Louis traite à sa manière décalée du thème de l’exode des animaux en l’introduisant par l’arrivée puis la fuite de la gerbille de la classe de Camille, dont elle a la garde ce tour-ci, et le confrontant à la personnalité de chaque membre de la petite famille.
Si Marc Dubuisson et Stella Lory ne traitent le thème qu'en passant, au détour d'une case, ils arrivent encore à surprendre Greg avec les zombies en fleurs printanières, quant à Bertschy, il fait s’occuper Nelson de la disparition de Floyd d’une manière radicalement crue (qui se retrouve dans la rubrique Le coin-coin des bonnes affaires, les petites annonces pas ouf de Spirou, où il vend des « tirages artistiques d’un ciel étoilé », en fait des photocopies de son anus, qui lui ont aussi servi à représenter la bouche de Floyd, annoncé lui comme « chien la bouche en cul-de-poule disparu »). Paul Martin et Manu Boisteau ont eux été bien inspirés par le sujet, l’incluant dans les démélés que le capitaine de Titan inc. a avec des ours blancs depuis plusieurs semaines, de même que Bernstein et Nicolas Moog dans leur Willy Woob, dont le regard naïf mais pas dupe soupçonne, en des gags raffraichissants, le départ de son chien Kiki d'être lié aux encres qui serviraient à fabriquer Spirou... Pochep délaisse ici les enfants de Perdus pour s’associer à Karine Barth au scénario (mais toujours Stéphane Chesneau aux couleurs) pour une famille dont le père est lui si perdu dans la technologie qu’il ne voit pas déferler les animaux lors de leur week-end « nature connectée all inclusive », mais dont la fille, qui garde les yeux ouverts parvient à capturer grâce à son appareil photo vintage le regard véritablement halluciné des animaux, un indice sur ce qui leur arrive ? Suit Seccotine qui à la sortie de son reportage tombe dans une parodie d’histoire de gangsters minables concoctée par Damien Cerq avec les clichés volontaires que cela implique: le « boss » mystérieux, l’homme de main italien, l’élimination des témoins génants, en l’occurence Seccotine, qui leur échappe grâce à une cavalcade de cervidés. Retrouver les couleurs et le trait puissants, dynamiques, comiques et fourmillants de Yoann est un plaisir devenu trop rare depuis qu’il ne fait plus Spirou et Fantasio ni Supergroom, qu’il n’oublie pourtant pas plus que ne le fait Seccotine qui a son portrait avec Spirou et celui de Fantasio encadrés dans l’entrée de son appartement. Théoschu est confronté à un thème imposé dès la deuxième semaine de parution de sa série Huguette et Croquette, qui s’est bien sûr enfui, et il s’en sort fort bien avec une mise en scène tourbillonnante pour illustrer le remue ménage que cause Huguette à la recherche de son chat. Puis un gag de Romain Pujol nous le montre en tant qu’auteur complet, comme Théoschu, lui que l’on connaît surtout dans Spirou comme scénariste. Grâce à Fish n chips de Tom (dont, puisqu’il quitte le format strip pour offrir de la place à une cohorte d’orques, on a le vrai nom indiqué en haut de la planche plutôt que son pseudonyme) on a enfin le point de vue et les interrogations des principaux intéressés, des animaux, sur ce toujours inexplicable déplacement de masse. Marko glisse dans sa Leçon de BD un mignon chaton voulant lui aussi partir, et lance un concours de dessin, mais l’une des grandes surprises de ce numéro est Guillaume Bouzard qui dans ses 4 pages sur La fin du monde dévoile une activité surprenante de son avatar de BD, celle de minutieusement noter chaque année depuis 20 ans l’itinéraire précis des fourmis traversant sa maison au printemps, ce qui lui apporte d’être scientifiquement intrigué par leur changement d’itinéraire cette année. Paradoxalement, cette rigueur scientifique ne pousse pas le Bouzard dessinateur à représenter correctement les fourmis, puisqu’il place des pattes sur leur abdomen, ente autres aberrations. Il y a certainement une puissante parabole là-dessous...
Puis l’on passe du minuscule au macroscopique avec un conte sur une planète dont les habitants se faisaient la guerre depuis toujours, jusqu’à cette grande migration des animaux, scénarisé par Damien Perez et mis en scène par un nouveau venu dans Spirou, Paul Salomone, qui à créé un univers chimérique tant pour ses animaux extra-terrestres que pour la planète (dont les anneaux semblent faits d’un amalgame de nuages et de fleurs) et ses « combattant.e.s » (intéressante transposition de l’écriture dite inclusive à un monde d’extra-terrestres guerriers, il doit ici aussi y avoir une signification particulière) et leurs costumes, entre janisssaires et samouraïs, Paul Salomone étant par ailleurs l’invité de Spirou et moi, où il livre une audacieuse comparaison entre BD et sport, ses deux passions. Après que Mauvaise graines nous a montré la grande migation vue par des fleurs, l’enquête de Spirou et Fantasio se poursuit dans une ambiance nocturne (couleurs de Dominique Thomas) au museum d’histoire naturelle, puis sur la piste d’un animal fantastique qui serait à l’origine de la migration. Marc Dubuisson, dans un Interlude scientifique, placé là comme pause dans le flux des animaux et des BD le racontant, en propose lui une autre explication, bien plus farfelue, mais avec toujours la même ségrégation entre humains et animaux, illustrée par un autre nouveau chez Spirou, Thomas Leclercq, puis Théoschu revient avec deux pages où son dessin détaillé, très expressif et en couleurs directes est parfait pour cette migration d’une tortue sous forme d’amusante pantomime avec forces onomatopées et une intervention finale surprise de Seccotine.
Pendant que se déroulent ces évènement, Romain Dutreix nous expose les effets de la fuite des personnages animaux sur les séries du journal, qu’il doit donc remplacer, dans des impostures dont il a le secret (deux de ses albums sont parus sous ce titre). La clé du mystère enfin découverte par Spirou et Fantasio, ce qui aura en fait été une longue histoire par de nombreux auteurices, comme le Printemps en enfer de l’an dernier ou, bien avant, Bill a disparu pour les 20 ans de Boule et Bill en 1979, se termine par un article de Fantasio pour Le Moustique ainsi qu’un épilogue de Cerq et Thomas Priou, dont les protagonistes de La clairière s’amuse ne pouvaient être absents.
Le dernier tiers du numéro est consacré aux séries (à suivre). L’antépénultième chapitre du Lucky Luke de Matthieu Bonhomme, présenté comme les précédents en deux parties visuellement bien distinctes, une séquence nocturne dans une forêt aux denses ombres noires, qui empêchent bien à propos de voir le visage du méchant à l’origine de toute l’histoire, puis une aérée où Lucky Luke est perdu dans les neiges du Canada, la sensation d’emprisonnement, un défit puisqu’il s’agit d’immensités, rendu par une mise en page ressérée, LL étant pris par des cases faites de longues bandes étroites, et des cadrages radicaux. Matthieu Bonhomme double les péripéties, attendues (nombre de passages obligés), de l’histoire, qui s’enchainent de façon classiquement linéaire, par une rythmique purement graphique, avec alternances de scènes visuellement contrastées. Puis, puisque le printemps est la saison du renouveau, deux nouvelles séries (à suivre) débutent dans ce numéro, qui ont en commun d’être dessinées par des auteurs hyper productifs, au point d’être de sérieux concurrents pour les IA
, Alessandro Barbucci, dont j’ai déjà parlé de l’impressionnante productivité, et Philippe Cardona, qui a sorti entre autres 10 albums des Légendaires en 5 ans. Il faut toutefois dire que pour ces deux auteurs, comme pour les mangakas, une mise en page très aérée de 4 à 6 cases par page aide à abattre les planches. Par coïncidence avec la grande aventure de ce numéro, Le jeu des masques, la nouvelle histoire des Sœurs Grémillet, débute avec un défilé de gigantesques cervidés fantastiques dans un ciel nocturne. Puis les sœurs tombent sur une immense grenouille en papier dans une courette de leur ville idéale, qui à la beauté cahotique d’une ville médiévale sans ses dangers ni ses saletés, et à les avantages de la modernité, moyens de communication rapide et poubelles pour recycler, sans les inconvénients (pas de voitures, pas de pollution). L’autre histoire qui débute est une nouvelle série de Philippe Cardona au scénario et dessin et Florence Torta aux couleurs, Starlight. Très référencée dans la forme, tant par les gags de visages ultra déformés venus des mangas, dont le style les approche, plutôt que de Tex Avery, que par les multiples allusions aux Beatles, ce qui est une série de SF comique pour jeune public est aussi dans ce premier chapitre une mise en fiction (sans doute pas intentionnelle, c’est là sa beauté) de la réflexion de Pascal selon laquelle « tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre [dont la cause] consiste dans le malheur naturel de notre condition faible et mortelle, et si misérable que rien ne peut nous consoler lorsque nous y pensons de près.» : Le jeune héros humain qui ne tient pas en place n’amène que des catastrophes aux paisibles Tibbles extra terrestres dont il s’évertue à vouloir changer la vie pour tenter d’échapper à sa condition. Par ailleurs, sa mise en page chantournée permet aux ultimes fourmis se baladant encore dans les marges du journal de s’introduire dans les interstices entre les cases, et le numéro se conclue par des Jeux de Waltch concluant l’histoire montrant Spirou et Fantasio au volant de leur Turbot II ramenant tous les animaux au bercail, et le chien Mouf jouant dans un match de basket dans Les filles de Nob montrent bien que la crise est finie, de même que les animaux de La pause cartoon célébrant la fin de l’hiver et le retour du printemps, au détriment des bonhommes de neige.
Un ultime rebondissement survient dans la rubrique La semaine prochaine (renommée Dans deux semaines pour cause de numéro double) avec l’annonce d’un mystérieux personnage qui fera son retour dans le journal, et une réponse à une question dans Le courrier des lecteurs soulignant que la condition essentielle pour qu’une BD soit publiée dans Spirou est son caractère « tous public » confirme que Le ministère secret de Sfar et Sapin y a été une amusante erreur de casting...
Ici un aperçu du numéro: https://spirou.com/numero-special-print ... 100-pages/
Le dessin de couverture de ce numéro spécial de 100 pages ne recèle pour une fois ni gag ni surprise en quatrième de couverture, juste un beau dessin de Goum, un des spécialiste de la BD animalière dans Spirou (il y a réalisé Comme des bêtes entre 2019 et 2021, ainsi que plusieurs histoires courtes et couvertures avec des marsupilamis) qui représente une déambulation d’animaux au regard vide à travers la forêt, utilisant la double page comme un écran de cinémascope. Le thème de ce numéro est conçu comme un mystère, puisque le titre en couverture, « un numéro sans queue ni tête », laisserait supposer un numéro absurde comme celui du numéro 2139 (12/04/1979), Spécial inattendu, nonobstant ce défilé d’animaux observé par Spirou et Fantasio, qui en fait un jeu de mot donnant un indice sur ce que sera ce mystère, la disparition d’animaux, sans doute résolu par nos deux héros. L’édito des Fabrice sur le réveil de la nature au printemps ne donne pas plus d’indice, non plus que L’ornithovlog, de Goum et Ced, un gag cadré comme vu par la caméra du vlogueur du titre. Mais nous n’avons pas à attendre plus loin puisque l’enquête attendue de Spirou et Fantasio débute dès la page 6 du journal, avec des auteurs inattendus : Ced, qui après avoir coscénarisé la dernière histoire du Marsupilami scénarise celle de ses découvreurs, et Bercovici, le dessinateur caméléon qui caricature les personnages du journal chaque semaine dans En direct du futur. Le titre bien peu spiruvien de Par là, qui pourrait, compte tenu de l’histoire, se rapprocher du roman fantastique « L’autre côté » d’Alfred Kubin s’il n’était en réalité un gag, n’est que la deuxième surprise de cette histoire, qui commence comme par l’ultime séquence, alors que Spirou, ayant démasqué le méchant industriel pollueur et tenu en joue par celui-ci et des oies de garde féroces va s’en sortir par un coup de théâtre, sous la forme de Fantasio déguisé en soubrette : ce résumé montre que ce Spirou et Fantasio est résolument placé sous le signe de l’humour, ce qui n’est pas étonnant vu les auteurs. Mais l’histoire prend un nouveau tour dès sa page 3, avec le comportement soudain anormal de Spip puis des oies, qui, comme hypnotisés, s’en vont. L’histoire s’interrompt sur ce suspense pour se poursuivre quelques pages plus loin dans le magazine. À l’instar de l’histoire de Seccotine dans le spécial printemps de l’an dernier, cette histoire complète en 16 pages est découpée en chapitres répartis dans le magazine, entrecoupés d’histoires des personnages du journal où les animaux s’en vont « par là », ainsi que le dit la reportrice Seccotine, dans un montage parallèle à la progression de l’enquête de Spirou et Fantasio. Mais bien qu’elle soit présentée lors d'un reportage télé comme la « découvreuse du marsupilami », elle ne prendra pas plus ici la place de Spirou et Fantasio, les auteurs n’ayant pas cédé à la facilité de construire gags et suspense sur sa rivalité avec Fantasio, la limitant à un laconique « ça me fais mal de le dire mais elle passe plutôt bien à l’écran » de la part de celui-ci...
L’enquête consiste donc à découvrir où vont donc tous les animaux, des hérissons aux escargots aux poissons aux rhinocéros (bon gag car très bien amené), et pourquoi. Toutefois la suggestion de Fantasio selon laquelle la zorglonde pourrait être à la base de tout cela dénote un problème. En effet, des humains aux écureuils en passant par les moustiques (Tora Torapa), tous les animaux (hormis l’exceptionnel marsupilami) sont sensibles à la zorglonde, hors ici ce sont tous les animaux à l’exception des humains. Exclure les humains des autres animaux pourrait être considéré comme du spécisme et de l’anthropocentrisme malvenus, étonnants de la part de Ced, auteur complet de Wikipanda, l’encyclopédie parodique du monde animal, si ce n’était plutôt une malheureuse facilité scénaristique, sans oublier qu’en français, comme dans la plupart des langues, le mot animal a deux significations, qui exclue ou inclue les humains selon que l’on se place dans le registre scientifique ou dans l’usage courant. Sti, dans son animation dans les marges du journal qui voit des fourmis commenter les pages qu’elles traversent avec force jeux de mots « fourmidables », leur fait adopter le même point de vue en leur faisant dire « les animaux sont tous hypnotisés sauf nous ». Elles apparaissent, disant vouloir profiter de cette occasion pour prendre le contrôle de la terre, au dessus de la première histoire de ce numéro intercalée entre les pages de Spirou et Fantasio, Family life, où Jacques Louis traite à sa manière décalée du thème de l’exode des animaux en l’introduisant par l’arrivée puis la fuite de la gerbille de la classe de Camille, dont elle a la garde ce tour-ci, et le confrontant à la personnalité de chaque membre de la petite famille.
Si Marc Dubuisson et Stella Lory ne traitent le thème qu'en passant, au détour d'une case, ils arrivent encore à surprendre Greg avec les zombies en fleurs printanières, quant à Bertschy, il fait s’occuper Nelson de la disparition de Floyd d’une manière radicalement crue (qui se retrouve dans la rubrique Le coin-coin des bonnes affaires, les petites annonces pas ouf de Spirou, où il vend des « tirages artistiques d’un ciel étoilé », en fait des photocopies de son anus, qui lui ont aussi servi à représenter la bouche de Floyd, annoncé lui comme « chien la bouche en cul-de-poule disparu »). Paul Martin et Manu Boisteau ont eux été bien inspirés par le sujet, l’incluant dans les démélés que le capitaine de Titan inc. a avec des ours blancs depuis plusieurs semaines, de même que Bernstein et Nicolas Moog dans leur Willy Woob, dont le regard naïf mais pas dupe soupçonne, en des gags raffraichissants, le départ de son chien Kiki d'être lié aux encres qui serviraient à fabriquer Spirou... Pochep délaisse ici les enfants de Perdus pour s’associer à Karine Barth au scénario (mais toujours Stéphane Chesneau aux couleurs) pour une famille dont le père est lui si perdu dans la technologie qu’il ne voit pas déferler les animaux lors de leur week-end « nature connectée all inclusive », mais dont la fille, qui garde les yeux ouverts parvient à capturer grâce à son appareil photo vintage le regard véritablement halluciné des animaux, un indice sur ce qui leur arrive ? Suit Seccotine qui à la sortie de son reportage tombe dans une parodie d’histoire de gangsters minables concoctée par Damien Cerq avec les clichés volontaires que cela implique: le « boss » mystérieux, l’homme de main italien, l’élimination des témoins génants, en l’occurence Seccotine, qui leur échappe grâce à une cavalcade de cervidés. Retrouver les couleurs et le trait puissants, dynamiques, comiques et fourmillants de Yoann est un plaisir devenu trop rare depuis qu’il ne fait plus Spirou et Fantasio ni Supergroom, qu’il n’oublie pourtant pas plus que ne le fait Seccotine qui a son portrait avec Spirou et celui de Fantasio encadrés dans l’entrée de son appartement. Théoschu est confronté à un thème imposé dès la deuxième semaine de parution de sa série Huguette et Croquette, qui s’est bien sûr enfui, et il s’en sort fort bien avec une mise en scène tourbillonnante pour illustrer le remue ménage que cause Huguette à la recherche de son chat. Puis un gag de Romain Pujol nous le montre en tant qu’auteur complet, comme Théoschu, lui que l’on connaît surtout dans Spirou comme scénariste. Grâce à Fish n chips de Tom (dont, puisqu’il quitte le format strip pour offrir de la place à une cohorte d’orques, on a le vrai nom indiqué en haut de la planche plutôt que son pseudonyme) on a enfin le point de vue et les interrogations des principaux intéressés, des animaux, sur ce toujours inexplicable déplacement de masse. Marko glisse dans sa Leçon de BD un mignon chaton voulant lui aussi partir, et lance un concours de dessin, mais l’une des grandes surprises de ce numéro est Guillaume Bouzard qui dans ses 4 pages sur La fin du monde dévoile une activité surprenante de son avatar de BD, celle de minutieusement noter chaque année depuis 20 ans l’itinéraire précis des fourmis traversant sa maison au printemps, ce qui lui apporte d’être scientifiquement intrigué par leur changement d’itinéraire cette année. Paradoxalement, cette rigueur scientifique ne pousse pas le Bouzard dessinateur à représenter correctement les fourmis, puisqu’il place des pattes sur leur abdomen, ente autres aberrations. Il y a certainement une puissante parabole là-dessous...
Puis l’on passe du minuscule au macroscopique avec un conte sur une planète dont les habitants se faisaient la guerre depuis toujours, jusqu’à cette grande migration des animaux, scénarisé par Damien Perez et mis en scène par un nouveau venu dans Spirou, Paul Salomone, qui à créé un univers chimérique tant pour ses animaux extra-terrestres que pour la planète (dont les anneaux semblent faits d’un amalgame de nuages et de fleurs) et ses « combattant.e.s » (intéressante transposition de l’écriture dite inclusive à un monde d’extra-terrestres guerriers, il doit ici aussi y avoir une signification particulière) et leurs costumes, entre janisssaires et samouraïs, Paul Salomone étant par ailleurs l’invité de Spirou et moi, où il livre une audacieuse comparaison entre BD et sport, ses deux passions. Après que Mauvaise graines nous a montré la grande migation vue par des fleurs, l’enquête de Spirou et Fantasio se poursuit dans une ambiance nocturne (couleurs de Dominique Thomas) au museum d’histoire naturelle, puis sur la piste d’un animal fantastique qui serait à l’origine de la migration. Marc Dubuisson, dans un Interlude scientifique, placé là comme pause dans le flux des animaux et des BD le racontant, en propose lui une autre explication, bien plus farfelue, mais avec toujours la même ségrégation entre humains et animaux, illustrée par un autre nouveau chez Spirou, Thomas Leclercq, puis Théoschu revient avec deux pages où son dessin détaillé, très expressif et en couleurs directes est parfait pour cette migration d’une tortue sous forme d’amusante pantomime avec forces onomatopées et une intervention finale surprise de Seccotine.
Pendant que se déroulent ces évènement, Romain Dutreix nous expose les effets de la fuite des personnages animaux sur les séries du journal, qu’il doit donc remplacer, dans des impostures dont il a le secret (deux de ses albums sont parus sous ce titre). La clé du mystère enfin découverte par Spirou et Fantasio, ce qui aura en fait été une longue histoire par de nombreux auteurices, comme le Printemps en enfer de l’an dernier ou, bien avant, Bill a disparu pour les 20 ans de Boule et Bill en 1979, se termine par un article de Fantasio pour Le Moustique ainsi qu’un épilogue de Cerq et Thomas Priou, dont les protagonistes de La clairière s’amuse ne pouvaient être absents.
Le dernier tiers du numéro est consacré aux séries (à suivre). L’antépénultième chapitre du Lucky Luke de Matthieu Bonhomme, présenté comme les précédents en deux parties visuellement bien distinctes, une séquence nocturne dans une forêt aux denses ombres noires, qui empêchent bien à propos de voir le visage du méchant à l’origine de toute l’histoire, puis une aérée où Lucky Luke est perdu dans les neiges du Canada, la sensation d’emprisonnement, un défit puisqu’il s’agit d’immensités, rendu par une mise en page ressérée, LL étant pris par des cases faites de longues bandes étroites, et des cadrages radicaux. Matthieu Bonhomme double les péripéties, attendues (nombre de passages obligés), de l’histoire, qui s’enchainent de façon classiquement linéaire, par une rythmique purement graphique, avec alternances de scènes visuellement contrastées. Puis, puisque le printemps est la saison du renouveau, deux nouvelles séries (à suivre) débutent dans ce numéro, qui ont en commun d’être dessinées par des auteurs hyper productifs, au point d’être de sérieux concurrents pour les IA
Un ultime rebondissement survient dans la rubrique La semaine prochaine (renommée Dans deux semaines pour cause de numéro double) avec l’annonce d’un mystérieux personnage qui fera son retour dans le journal, et une réponse à une question dans Le courrier des lecteurs soulignant que la condition essentielle pour qu’une BD soit publiée dans Spirou est son caractère « tous public » confirme que Le ministère secret de Sfar et Sapin y a été une amusante erreur de casting...
" Monólogo significa el mono que habla solo." Ramón Gómez de la Serna dans ses Greguerías.
-
heijingling
- Maître Spiroutiste

- Messages : 1747
- Enregistré le : ven. 13 déc. 2019 13:46
Re: Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...
Numéro 4594 du 29/04/2026
Ici un aperçu du numéro: https://spirou.com/numero-special-gasto ... ectionner/
On se souvient de la polémique qu’avait entrainée la reprise de Gaston Lagaffe, et qui n’est plus d’actualité. En effet, en dehors de celui dont la reprise est formellement et juridiquement interdite pour encore quelques années, quel personnage de BD à succès n’a pas encore été repris ? Cette pratique, qui vient d’une époque où les personnages appartenaient à l’éditeur et pas au créateur, perdure pourtant et est même paradoxalement devenue la norme, alors que cette époque est révolue, au point de dorénavant toucher le Japon qui jusque là y était hermétique, quoi qu’exceptionnellement (Pluto, de Naoki Urasawa, d’après Osamu Tezuka) ou par la bande (Goldorak repris par des auteurs français).
Franquin avait bien dit «Je voudrais beaucoup, si demain je me fais écraser par un autobus, que l’on ne reprenne pas Gaston. Seulement, les dernières volontés, tout ça c’est très gentil, mais une fois qu’un gars est mort, c’est fini, on s’en fout!» (interview donnée à Saucysson Magazine, fanzine de Liège), ce qui pour tout athée signifie que les morts se fichent que l’on crache sur leur tombe, cela ne dérange que les vivants.
L’affaire étant entendue, je suis consterné de voir les deux repreneurs, des auteurs talentueux et ayant une œuvre importante à leur actif, qui s’expriment comme si cette reprise était un défi destiné à satisfaire leur ego pourtant déjà bien rassasié, et s’embrouillent dans des tentatives de justifications alors que l’immense succès commercial de l’album précédent est la meilleure justification éditoriale.
Spirou profite d’ailleurs du succès de l’album en proposant 4 couvertures différentes à collectionner, astuce commerciale que Monsieur Boulier n’aurait jamais entérinée pour par exemple Manoir à louer, une autre série scénarisée par Trondheim paraissant dans ce numéro, parlant justement de Gaston Lagaffe et reprenant une plaisanterie venue du Journal de Jules Renard déjà adaptée par Fred sur un personnage croyant que ce qu’on trouve dans les livres est réel (c’est décidemment la semaine des reprises pour Lewis Trondheim).
Ces quatre couverture représentent une fois réunies un grand dessin de Gaston passant à travers la couverture du journal. Pour ceux qui ne veulent ou ne peuvent acheter les quatre exemplaires différents ou de désirent pas en découper les couvertures mais voudraient néanmoins avoir l’affiche de Gaston, il est possible d’imprimer ces couvertures que l’on trouve sur le lien ci-dessous puis de les agrandir jusqu’au format désiré, en suivant la suggestion des Fabrice pour réaliser leur propre poster (Spirou numéro 4589)
https://spirou.com/quatre-couvertures-g ... -29-avril/
Les Fabrice participent à cet appat commercial en investissant la page deux déguisés en Gaston pour quatre parodies différentes du personnage à retrouver dans les différents exemplaires, puis, virés de cette page deux, ils regagnent la page habituelle de leur Édito, ce qui constitue l’animation la plus originale de ce numéro spécial, les autres, telles que des pages tachées par des restes de nourriture, des pages imprimées à l’envers, d’autres perdues et remplacées, censées constituer des traces des gaffes de Gaston, ont déjà été vues. L’ours, avec ses Mademoiselle Laure et autre Fantasio Strijthagen reste un détail amusant, et la rédaction s’est elle-même sans doute bien amusée à trouver tous les interstices où glisser de telles facéties. Mais ces reprises de gags n’ont pas d’importance, puisqu’il y a prescription, les précédents numéros de Spirou spécial Gaston remontant à de nombreuses années, et qu’il est toujours amusant d’être surpris par des morceaux de harengs ou de toasts comme égarés dans les marges, ou par une page de Boule et Bill reproduite à l’identique de sa parution originelle, au début des années soixante. De plus, ce désordre au sein du journal ne tombe pas comme un gag facile puisqu’il est justifié par un texte soi-disant de Prunelle (rédigé par Olivier Bocquet, illustré par Delaf, phylactères de Lewis Trondheim, couleurs de BenBK) intitulé « nous avons gaffé » en laissant des responsabilités à Gaston, texte dans le ton des En direct de la rédaction des années 60 rédigés par Delporte et illustrés par Franquin. Gaston aurait-il par ailleurs relu et corrigé la réponse censément écrite par Monsieur Boulier à une lectrice pour affirmer à plusieurs reprises que le premier Spirou date du 14 avril 1938, alors que tous les spirouphiles savent qu’il date du 21 avril (l y eu bien un numéro 0, mais daté aussi du 21 avril, et distribué gratuitement à partir du 7 avril). Ainsi ce numéro fleure bon la nostalgie amusée, cohérente avec le retour d’un des personnage ancestraux du journal. Et concernant les rappels d'autres personnages phares du journal, en poussant un peu, on pourrait aussi dire que les strips de Titan inc. de Paul Martin et Manu Boisteau sur la DRH s’arrogeant le pouvoir après la fuite du capitaine ou celui-ci prenant le pouvoir chez les ours en divisant à coups de colifichets pour règner sont une version décalée du Schtroumpfissime.
Ceci dit, la nostalgie, qui peut prendre la forme d’une idéalisation d’un passé, touche ici une limite avec un Gaston figé en 2026 à l’époque du Gaston du Cas Lagaffe, sorti en 1971, selon la demande de Delaf pour qui c’est graphiquement le « Gaston parfait ». Ce n’est pas faux, et reproduire un dessin de Franquin tiré de cet album à côté d'un de Delaf utilisant un même ressort comique est cruel pour ce dernier : il ne suffit pas de courber et moduler l’encrage de chaque trait pour rendre celui-ci plus beau, comme le dit Edmond Baudoin dans Terrains vagues, et vivant.
Les auteurs tentent donc de reproduire l’époque, avec les inévitables fautes induites par leur propre caprice. Ainsi, si faire du compost est une pratique ancestrale, elle était jusqu’il y a quelques années restreinte aux millieux agricoles traditionnels, et voir Gaston, dans le gag 47, vouloir faire du compost avec du papier recyclé soi-disant en 1970 était une pratique alors si peu répandue qu’elle en devient anachronique. Par ailleurs, dans le gag 46, où Trondheim veut jouer de l’aveuglement de Gaston face à l’amour que ‘Moiselle Jeanne lui porte en lui faisant croire que l’aveu de son amour est un mensonge délibéré, il est obligé, le gag étant mal conçu, de construire un dialogue artificiel en tordant le sens des mots, Gaston demandant à ‘Moiselle Jeanne de dire un mensonge puis, devant sa réticence, de dire une absurdité, ce qui n’est pas du tout un mensonge, puis « quelque chose d’inattendu », qui ne l’est pas plus. Certes, le « je vous aime » timide que profère alors ‘Moiselle Jeanne est inattendu, comme Gaston le lui a demandé, mais ne peut plus par essence rentrer dans la catégorie du mensonge, le gag tombe donc à plat si on le lit avec une rigueur trondheimienne...
Ce retour tonitruant de Gaston Lagaffe, sous forme de bande-annonce, puisque ce n’est que l’été prochaine que la parution hebdomadaire des gags débutera dans le journal, fait passer inaperçu un autre retour, celui d’Eliott, qui avait aussi eu un gag de mise en bouche dans le Spirou 4589, et rentre en classe de 3e dit-il, soit la dernière année de collège. Le titre exact de la série étant Eliott au collège, il est donc à craindre que ce soit la dernière année de parution de cette excellente série de Théo Grosjean au scénario et dessin et aux couleurs si typées de Mallo, comme dans ce gag la masse rosâtre de la créature du personnage de Bastien. Dans les autres gags, une coïncidence amusante fait que dans la réédition du Boule et Bill de Roba de 1964 comme dans L'agent 212 les gags se terminent par des accidents de voiture sans conséquences autres que quelques bobos, car on est là dans le gag traditionnel, alors que chez des auteurs plus actuels, comme Pieter De Poortere dans L’école des mauvais parents, Fish n chips de Tom ou même Elliot au collège est présente une violence qui n’est pas matérielle mais sociale et n’en est que plus profonde. Et de ce point de vue, Working dead est un cas intéressant, car les tripes à l’air des zombies n’auraient pu exister dans le FB classique, mais elles ne sont pas plus inquiétantes que les accidents de voiture dans Boule et Bill ou L’agent 212, et restent donc dans le cadre classique, qui est juste visuellement mis au goût d’une époque célébrant universellement Halloween, et c’est d’une certaine culture d’entreprise, soit aussi une violence sociale, que parlent les auteurices Marc Dubuisson et Stella Lory, tout comme les auteurs de Titan inc.
Ce numéro contient une histoire courte, le chapitre 7 de la saga d’Attila de l’abbé, et c’est selon moi un des plus réussis car si le gag, sur la façon dont Attila va jouer aux échecs, est prévisible, sa mise en forme, avec un Attila prétendûment réfléchi, puis condescendant et explosant est très efficace.
Nous arrivons bientôt au terme du Lucky Luke de Matthieu Bonhomme, cet avant dernier chapitre exprimant deux étapes importantes avant les ultimes péripéties. Lucky Luke et son protégé arrivent enfin au Canada, où justice doit être rendue. Comment le sera-t-elle ? Lucky Luke et son protégé se comprennent enfin, et arrivent à une appréciation et un respect mutuels. Que vont-ils en faire ? Est-ce pour signifier cette relation désormais d’égal à égal que Matthieu Bonhomme a poussé sa propension à dessiner les personnages de face jusqu’à la planche 65 où tous les personnages dont on voit le visage sont ainsi représentés, en face-à-face avec les lecteurices (seul le jeune Nuage Rouge détourne le regard l’espace d’une case) ? Deuxième chapitre des Soeurs Grémillet, dans lequel Giovanni Di Gregorio et Alessandro Barbucci mettent en place le défi personnel que chaque sœur se pose dans cette histoire : résoudre l’énigme de l’apparition céleste pour Sarah, une pièce de théâtre pour Cassiopée, le dressage d’un chien pour Lucille. En marge, un clin d’oeil des auteurs est le prétexte d’un jeu, retrouver « un personnage emblématique du journal qui apparaît dans cet épisode », et en vis-à-vis de la dernière page du chapitre une publicité pour Marla, une nouvelle série du scénariste des Soeurs Grémillet, qui fait penser graphiquement et thématiquement à l’histoire d’une sœur Grémillet qui serait fille unique...Enfin dans Starlight l’utilisation par Philippe Cardona de nombreux aspects des mangas en fait bien ressortir des particularités essentielles pour notre compréhension des processus narrratifs et créatifs. Des personnages au visage et au corps super déformés par la suprise ou l’excitation, au point qu’on ne pourrait plus les identifier dans un dessin isolé, montre pourquoi dans les mangas la continuité graphique n’a pas l’importance qu’elle a en occident (FB comme comics) : le dessin y est totalement narratif, poussant ainsi à bout la logique du dessin de BD qu’avait montrée Ibn Al Rabin dans la revue Comix Club 2.

Plus encore, le dessin n’y étant pas admirable pour lui-même mais uniquement par ce qu’il exprime, on y trouve ce qui pourrait très bien être considéré comme de faux raccords dans une BD faite par une IA : l’adolescente extra-terrestre Valentine Chantilly (quelle trouvaille, ce nom) a un sparadrap qui apparaît puis disparaît de son nez d’une case à l’autre puisqu’il a été placé là pour signifier comiquement qu’elle s’est fait mal en tombant. Et dans la même planche, l’adolescent terrien Cyrius Astor Lux se retrouve à l’envers d’une case par rapport à l’autre lorsque Valentine Chantilly lui tombe dessus, pour mieux exprimer la surprise (de dos, avant la chute) et un gag après la chute (lorsqu’il se relève brutalement, faisant à son tour choir Valentine Chantilly). (Entre parenthèses, un autre lien avec les mangas est l’absence de numérotation des planches, ce qui est peu pratique lorsqu’on veut indiquer une référence. Mais j’admets que c’est une gène aussi mineure que marginale).
Enfin ce numéro spécial Gaston Lagaffe maintient le lien avec les lecteurs par les Jeux de Jean-Sébastien Duclos, bien sûr, et aussi en étant l’occasion d’un jeu concours de dessin avec Marko, un des profs les plus réguliers de La leçon de dessin.
Ici un aperçu du numéro: https://spirou.com/numero-special-gasto ... ectionner/
On se souvient de la polémique qu’avait entrainée la reprise de Gaston Lagaffe, et qui n’est plus d’actualité. En effet, en dehors de celui dont la reprise est formellement et juridiquement interdite pour encore quelques années, quel personnage de BD à succès n’a pas encore été repris ? Cette pratique, qui vient d’une époque où les personnages appartenaient à l’éditeur et pas au créateur, perdure pourtant et est même paradoxalement devenue la norme, alors que cette époque est révolue, au point de dorénavant toucher le Japon qui jusque là y était hermétique, quoi qu’exceptionnellement (Pluto, de Naoki Urasawa, d’après Osamu Tezuka) ou par la bande (Goldorak repris par des auteurs français).
Franquin avait bien dit «Je voudrais beaucoup, si demain je me fais écraser par un autobus, que l’on ne reprenne pas Gaston. Seulement, les dernières volontés, tout ça c’est très gentil, mais une fois qu’un gars est mort, c’est fini, on s’en fout!» (interview donnée à Saucysson Magazine, fanzine de Liège), ce qui pour tout athée signifie que les morts se fichent que l’on crache sur leur tombe, cela ne dérange que les vivants.
L’affaire étant entendue, je suis consterné de voir les deux repreneurs, des auteurs talentueux et ayant une œuvre importante à leur actif, qui s’expriment comme si cette reprise était un défi destiné à satisfaire leur ego pourtant déjà bien rassasié, et s’embrouillent dans des tentatives de justifications alors que l’immense succès commercial de l’album précédent est la meilleure justification éditoriale.
Spirou profite d’ailleurs du succès de l’album en proposant 4 couvertures différentes à collectionner, astuce commerciale que Monsieur Boulier n’aurait jamais entérinée pour par exemple Manoir à louer, une autre série scénarisée par Trondheim paraissant dans ce numéro, parlant justement de Gaston Lagaffe et reprenant une plaisanterie venue du Journal de Jules Renard déjà adaptée par Fred sur un personnage croyant que ce qu’on trouve dans les livres est réel (c’est décidemment la semaine des reprises pour Lewis Trondheim).
Ces quatre couverture représentent une fois réunies un grand dessin de Gaston passant à travers la couverture du journal. Pour ceux qui ne veulent ou ne peuvent acheter les quatre exemplaires différents ou de désirent pas en découper les couvertures mais voudraient néanmoins avoir l’affiche de Gaston, il est possible d’imprimer ces couvertures que l’on trouve sur le lien ci-dessous puis de les agrandir jusqu’au format désiré, en suivant la suggestion des Fabrice pour réaliser leur propre poster (Spirou numéro 4589)
https://spirou.com/quatre-couvertures-g ... -29-avril/
Les Fabrice participent à cet appat commercial en investissant la page deux déguisés en Gaston pour quatre parodies différentes du personnage à retrouver dans les différents exemplaires, puis, virés de cette page deux, ils regagnent la page habituelle de leur Édito, ce qui constitue l’animation la plus originale de ce numéro spécial, les autres, telles que des pages tachées par des restes de nourriture, des pages imprimées à l’envers, d’autres perdues et remplacées, censées constituer des traces des gaffes de Gaston, ont déjà été vues. L’ours, avec ses Mademoiselle Laure et autre Fantasio Strijthagen reste un détail amusant, et la rédaction s’est elle-même sans doute bien amusée à trouver tous les interstices où glisser de telles facéties. Mais ces reprises de gags n’ont pas d’importance, puisqu’il y a prescription, les précédents numéros de Spirou spécial Gaston remontant à de nombreuses années, et qu’il est toujours amusant d’être surpris par des morceaux de harengs ou de toasts comme égarés dans les marges, ou par une page de Boule et Bill reproduite à l’identique de sa parution originelle, au début des années soixante. De plus, ce désordre au sein du journal ne tombe pas comme un gag facile puisqu’il est justifié par un texte soi-disant de Prunelle (rédigé par Olivier Bocquet, illustré par Delaf, phylactères de Lewis Trondheim, couleurs de BenBK) intitulé « nous avons gaffé » en laissant des responsabilités à Gaston, texte dans le ton des En direct de la rédaction des années 60 rédigés par Delporte et illustrés par Franquin. Gaston aurait-il par ailleurs relu et corrigé la réponse censément écrite par Monsieur Boulier à une lectrice pour affirmer à plusieurs reprises que le premier Spirou date du 14 avril 1938, alors que tous les spirouphiles savent qu’il date du 21 avril (l y eu bien un numéro 0, mais daté aussi du 21 avril, et distribué gratuitement à partir du 7 avril). Ainsi ce numéro fleure bon la nostalgie amusée, cohérente avec le retour d’un des personnage ancestraux du journal. Et concernant les rappels d'autres personnages phares du journal, en poussant un peu, on pourrait aussi dire que les strips de Titan inc. de Paul Martin et Manu Boisteau sur la DRH s’arrogeant le pouvoir après la fuite du capitaine ou celui-ci prenant le pouvoir chez les ours en divisant à coups de colifichets pour règner sont une version décalée du Schtroumpfissime.
Ceci dit, la nostalgie, qui peut prendre la forme d’une idéalisation d’un passé, touche ici une limite avec un Gaston figé en 2026 à l’époque du Gaston du Cas Lagaffe, sorti en 1971, selon la demande de Delaf pour qui c’est graphiquement le « Gaston parfait ». Ce n’est pas faux, et reproduire un dessin de Franquin tiré de cet album à côté d'un de Delaf utilisant un même ressort comique est cruel pour ce dernier : il ne suffit pas de courber et moduler l’encrage de chaque trait pour rendre celui-ci plus beau, comme le dit Edmond Baudoin dans Terrains vagues, et vivant.
Les auteurs tentent donc de reproduire l’époque, avec les inévitables fautes induites par leur propre caprice. Ainsi, si faire du compost est une pratique ancestrale, elle était jusqu’il y a quelques années restreinte aux millieux agricoles traditionnels, et voir Gaston, dans le gag 47, vouloir faire du compost avec du papier recyclé soi-disant en 1970 était une pratique alors si peu répandue qu’elle en devient anachronique. Par ailleurs, dans le gag 46, où Trondheim veut jouer de l’aveuglement de Gaston face à l’amour que ‘Moiselle Jeanne lui porte en lui faisant croire que l’aveu de son amour est un mensonge délibéré, il est obligé, le gag étant mal conçu, de construire un dialogue artificiel en tordant le sens des mots, Gaston demandant à ‘Moiselle Jeanne de dire un mensonge puis, devant sa réticence, de dire une absurdité, ce qui n’est pas du tout un mensonge, puis « quelque chose d’inattendu », qui ne l’est pas plus. Certes, le « je vous aime » timide que profère alors ‘Moiselle Jeanne est inattendu, comme Gaston le lui a demandé, mais ne peut plus par essence rentrer dans la catégorie du mensonge, le gag tombe donc à plat si on le lit avec une rigueur trondheimienne...
Ce retour tonitruant de Gaston Lagaffe, sous forme de bande-annonce, puisque ce n’est que l’été prochaine que la parution hebdomadaire des gags débutera dans le journal, fait passer inaperçu un autre retour, celui d’Eliott, qui avait aussi eu un gag de mise en bouche dans le Spirou 4589, et rentre en classe de 3e dit-il, soit la dernière année de collège. Le titre exact de la série étant Eliott au collège, il est donc à craindre que ce soit la dernière année de parution de cette excellente série de Théo Grosjean au scénario et dessin et aux couleurs si typées de Mallo, comme dans ce gag la masse rosâtre de la créature du personnage de Bastien. Dans les autres gags, une coïncidence amusante fait que dans la réédition du Boule et Bill de Roba de 1964 comme dans L'agent 212 les gags se terminent par des accidents de voiture sans conséquences autres que quelques bobos, car on est là dans le gag traditionnel, alors que chez des auteurs plus actuels, comme Pieter De Poortere dans L’école des mauvais parents, Fish n chips de Tom ou même Elliot au collège est présente une violence qui n’est pas matérielle mais sociale et n’en est que plus profonde. Et de ce point de vue, Working dead est un cas intéressant, car les tripes à l’air des zombies n’auraient pu exister dans le FB classique, mais elles ne sont pas plus inquiétantes que les accidents de voiture dans Boule et Bill ou L’agent 212, et restent donc dans le cadre classique, qui est juste visuellement mis au goût d’une époque célébrant universellement Halloween, et c’est d’une certaine culture d’entreprise, soit aussi une violence sociale, que parlent les auteurices Marc Dubuisson et Stella Lory, tout comme les auteurs de Titan inc.
Ce numéro contient une histoire courte, le chapitre 7 de la saga d’Attila de l’abbé, et c’est selon moi un des plus réussis car si le gag, sur la façon dont Attila va jouer aux échecs, est prévisible, sa mise en forme, avec un Attila prétendûment réfléchi, puis condescendant et explosant est très efficace.
Nous arrivons bientôt au terme du Lucky Luke de Matthieu Bonhomme, cet avant dernier chapitre exprimant deux étapes importantes avant les ultimes péripéties. Lucky Luke et son protégé arrivent enfin au Canada, où justice doit être rendue. Comment le sera-t-elle ? Lucky Luke et son protégé se comprennent enfin, et arrivent à une appréciation et un respect mutuels. Que vont-ils en faire ? Est-ce pour signifier cette relation désormais d’égal à égal que Matthieu Bonhomme a poussé sa propension à dessiner les personnages de face jusqu’à la planche 65 où tous les personnages dont on voit le visage sont ainsi représentés, en face-à-face avec les lecteurices (seul le jeune Nuage Rouge détourne le regard l’espace d’une case) ? Deuxième chapitre des Soeurs Grémillet, dans lequel Giovanni Di Gregorio et Alessandro Barbucci mettent en place le défi personnel que chaque sœur se pose dans cette histoire : résoudre l’énigme de l’apparition céleste pour Sarah, une pièce de théâtre pour Cassiopée, le dressage d’un chien pour Lucille. En marge, un clin d’oeil des auteurs est le prétexte d’un jeu, retrouver « un personnage emblématique du journal qui apparaît dans cet épisode », et en vis-à-vis de la dernière page du chapitre une publicité pour Marla, une nouvelle série du scénariste des Soeurs Grémillet, qui fait penser graphiquement et thématiquement à l’histoire d’une sœur Grémillet qui serait fille unique...Enfin dans Starlight l’utilisation par Philippe Cardona de nombreux aspects des mangas en fait bien ressortir des particularités essentielles pour notre compréhension des processus narrratifs et créatifs. Des personnages au visage et au corps super déformés par la suprise ou l’excitation, au point qu’on ne pourrait plus les identifier dans un dessin isolé, montre pourquoi dans les mangas la continuité graphique n’a pas l’importance qu’elle a en occident (FB comme comics) : le dessin y est totalement narratif, poussant ainsi à bout la logique du dessin de BD qu’avait montrée Ibn Al Rabin dans la revue Comix Club 2.
Plus encore, le dessin n’y étant pas admirable pour lui-même mais uniquement par ce qu’il exprime, on y trouve ce qui pourrait très bien être considéré comme de faux raccords dans une BD faite par une IA : l’adolescente extra-terrestre Valentine Chantilly (quelle trouvaille, ce nom) a un sparadrap qui apparaît puis disparaît de son nez d’une case à l’autre puisqu’il a été placé là pour signifier comiquement qu’elle s’est fait mal en tombant. Et dans la même planche, l’adolescent terrien Cyrius Astor Lux se retrouve à l’envers d’une case par rapport à l’autre lorsque Valentine Chantilly lui tombe dessus, pour mieux exprimer la surprise (de dos, avant la chute) et un gag après la chute (lorsqu’il se relève brutalement, faisant à son tour choir Valentine Chantilly). (Entre parenthèses, un autre lien avec les mangas est l’absence de numérotation des planches, ce qui est peu pratique lorsqu’on veut indiquer une référence. Mais j’admets que c’est une gène aussi mineure que marginale).
Enfin ce numéro spécial Gaston Lagaffe maintient le lien avec les lecteurs par les Jeux de Jean-Sébastien Duclos, bien sûr, et aussi en étant l’occasion d’un jeu concours de dessin avec Marko, un des profs les plus réguliers de La leçon de dessin.
" Monólogo significa el mono que habla solo." Ramón Gómez de la Serna dans ses Greguerías.
-
heijingling
- Maître Spiroutiste

- Messages : 1747
- Enregistré le : ven. 13 déc. 2019 13:46
Re: Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...
Numéro 4595 du 06/05/2026
(Pas de sommaire donc d’aperçu du numéro sur le site spirou.com cette semaine)
https://spirou.com/zabus-et-bodart-sorc ... -lemotion/
En couverture, un dessin d’ambiance gothique d’un manoir isolé par une nuit d’orage, ambiance renforcée par le lettrage estompé dans la nuit, qui introduit non pas une nouvelle série mais, est-il écrit, un nouvel album, Si je t écris. Étonnant d’indiquer « nouvel album » plutôt que nouvelle histoire, ce qui ravale Spirou au rang de magazine de prépublication. À moins qu’album ait une nouvelle acception. L’histoire est le développement en grand format d’une histoire courte que Vincent Zabus avait scénarisée dans un Spirou en 2014, nous dit-il dans l’interview de présentation (2012 en fait), et dessinée par Denis Bodart dans un style bien plus réaliste que celui qu’on lui connaît pour Green manor, réalisme qui, associé aux couleurs pastelles qu’il réalise lui-même et à l’encrage ou le crayonné léger, fait echo au dessin de Gibrat qui justement expose, en particulier dans ses livres parus dans Aire libre, des sentiments venus du passé, comme dans Si je t’écris.
Fin du Lucky Luke de Matthieu Bonhomme, où l’approche plus réaliste que dans ses deux précédents Lucky Luke conduit ce dernier à ne plus pouvoir tirer plus vite que son ombre et devoir s’abriter avec ses deux amis devant le feu nourri d’une dizaine de cavaliers, alors que dans L’homme qui tua Lucky Luke, celui-ci et son compagnon s’étaient débarassés d’un posse aussi nombreux en quelques coups de revolver. Des deux chemins que suit Lucky Luke dans cette histoire, qui étaient résumés dans le précédent chapitre, l’un arrive à son terme, Lucky Luke ayant rempli sa mission d’escorte, tandis que son autre longue marche, psychologique, d’éternel cow-boy solitaire, est loin d’être achevée. Roba et Tillieux avaient déjà parodié cette situation en faisant s’en désoler Lucky Luke dans une histoire comique parue dans un Spirou spécial 20 ans de Lucky Luke en 1967

, mais Matthieu Bonhomme a décidé d’interpréter ce qui n’était qu’un amusant motif, et déjà une réponse parodique aux nombreux cavaliers solitaire de western, et d’en donner une explication sérieuse dans une fin alternative publiée dans un tirage spécial de l’album et dont la prépublication dans Spirou nous a heureusement évité la ridicule dérive lacanienne de comptoir de prendre trop au sérieux une plaisanterie. Un détail graphique amusant est que, dans les rares occurrences où Morris dessine Lucky Luke de face, ses favoris sont plaqués, tandis que chez Mathieu Bonhomme, elles pendent en d’étranges rouflaquettes.


Suite des Soeurs Grémillet, et les références au Studio Ghibli, visibles dans l’album précédent et encore cette fois, avec les cervidés fantastiques faisant écho au dieu cerf de Princesse Mononoke ou le personnage fantômatique portant le masque blanc de Sans-visage de Chihiro, sont maintenant étendues à l’ensemble du Japon avec la pièce et les masques du théâtre nô, les animaux en origami géants et les vêtements que s’imaginent porter les trois sœurs pour leur nouvelle mission, Giovanni Di Gregorio et Alessandro Barbucci créant une stimulante fusion entre le merveilleux occidental de la ville où habitent les sœurs et le merveilleux japonais. Suite enfin de la quatrième histoire (à suivre) de ce numéro, Starlight, avec son jeune héros qui, à l’instar de Goldorak, prononce le nom des gadgets lorsqu’il les utilise, ce qui me fait réaliser, avec le recul, et peut-être anachroniquement, que ce que je ressentais comme une posture ridicule était en fait une préfiguration du fait de parler avec les machines pour les faire fonctionner : Goldorak ne nommait pas ses armes, il les appelait. Philippe Cardona y développe un univers plus étendu que les multiples références aux Beatles pouvaient faire craindre, et les interactions entre des personnages très typés sont amusantes.
L’histoire complète du numéro est un nouvel épisode de La maîtresse ne sait pas tout, où Sébastien Picquet et Florent de la Taille inventent une origine farfelue aux choses, comme Rudyard Kipling dans ses Histoires comme ça, mais avec un aspect scientifique qui augmente le décalage entre le discours sérieux et l’explication fantaisiste, et une ambiance d’horreur gothique exprimée cette fois par les références à Lovecraft (le monstre tentaculaire à la Cthulhu, le nom du professeur Liketrade de l’université Miskatonik).
Dans les gags, la planche d’Elliot au collège a retrouvé la page deux du magazine, et cette planche est exemplaire de l’intérêt de cette série de Théo Grosjean et Mallo : d’un côté, les personnages enfants grandissent, leur personnalité se développe, mais ils restent toujours fondamentalement eux-mêmes (Bastien est toujours vanneur), et ce sont les rapports qu’ils ont entre eux qui changent, ce qui est à la fois juste psychologiquement (on est loin du Spirou de Morvan et Munuera ou de Yann qui révèle soudain, en contradiction avec tout ce que l’on sait de lui, qu’il avait depuis longtemps envie de Seccotine) et plein de potentiel scénaristique. De plus Théo Grosjean a eu l’idée d’incarner sous forme de créatures les angoisses des personnages, ce qui donne une continuité graphique dans cet environnement changeant (Elliot grandit, il change de classe, de nouveaux personnages apparaissent) en plus d’être source de gags. Et lorsque les créatures sont exceptionnellement absentes, comme cette semaine, les troubles restent symboliquement visualisés par d’immenses onomatopées de pas censés faire trembler le sol, du même orange que l’angoisse d’Elliot (les couleurs ont une grande importance symbolique). Les Fabrice dans leur Édito sur Si je t’écris racontent de truculents souvenirs d’enfance à la campagne, dans la lignée de ceux que se sont faits les Cavaliers de l’apocadyspe dans leur dernières vacances à la campagne, Théoschu donne une touche d’émotion à Huguette et Croquette, et Gary C. Neel est vêtu des mêmes chemise jaune et gilet noir que Lucky Luke, et rencontre un charlatan avatar du docteur Doxey. On apprend que Tash et Trash vivent dans le passé, puisque les téléphones appartiennent à leur futur, à moins que leur temporalité soit imaginaire puisqu’ils sont auparavant partis dans l’espace. Les quatre strips de Willy Woob sont toujours des variations, cette semaine plus verbales que visuelles, sur la candide proposition de départ, Willy Woob se rendant par inadvertance chez un coiffeur-paysagiste. C’est grâce à de tels jeux sur le langage que Willy Woob se prête parfaitement dans En direct de la rédac au jeu pour lequel il faut imaginer les textes et onomatopées manquantes dans un strip, et dans la même rubrique 3 infos 2 vraies 1 fausse est cette fois sur la cuisine, quant aux personnages des Fifiches du Proprofesseur de Lécroart ils s’essayent sans succès à un risqué jeu de mots à fins commerciales déplacées. Paul Martin et Manu Boisteau divisent l’arc actuel de Titan inc. en deux histoires parallèles, l’une sur le navire où s’annonce une campagne électorale comme contrepoint comique bienvenu à celle qui débute en France, et l’autre sur l’iceberg, en un jeu tant sur Boucle d’or et les trois ours que sur Robinson Crusoë, la situation du capitaine attendant éternellement le bateau qui viendra le sauver devenant un miroir du bateau qui se précipite éternellement vers l'iceberg. Enfin on voit que, bien que Dad ne soit plus présent dans la série mettant en scène ses filles, les liens entre générations sont toujours une préoccupation de Nob puisque Mamette (ou sa jumelle) apparaît en fond du gag de cette semaine.
Enfin, Yllia, la dessinatrice invitée dans Spirou et moi, rappelle à quel point l’apparition des blogs BD il y a une vingtaine d’années a été fondamental pour l’avènement en masse de dessinatrices dans un domaine qui était jusque là essentiellement masculin (moins de 10% d’autrices dans l’ensemble des catalogues des maisons d’édition, de Dupuis à L’association, avant 2005, contre près d’un tiers actuellement). Les Jeux de Joan et Annie Pastor illustrent Louis à la plage et éludent totalement la dimension fantastique de Si je t’écris, qui il est vrai n’est pas encore présente dans le premier chapitre. Spirou par la plume de Paul Satis rend hommage à Hermann, décédé récemment, un auteur qui, s’il a beaucoup contribué au renouvellement du journal de Tintin avec Greg dans les années 60-70, a ensuite beaucoup publié chez Dupuis depuis les années 80, soit avec les 42 volumes de sa série Jérémiah, dont une seule histoire a été publiée dans Spirou, la tonalité générale étant trop adulte, soit dans la collection Aire libre, ouverte à ses expérimentations graphique comme son emploi personnel de la couleur directe, mais aussi dans le journal de Spirou Nic, une charmante série humoristique et onirique, qui n’a malheureusement que peu duré, au début des années 80, à cause de son peu de succès (trop sophistiqué pour les enfants, et le dessin pas assez pour les adultes, écrit Paul Satis). L’hommage prend toute sa valeur avec les témoignages de son ami dessinateur François Boucq.
Ce numéro se termine sur une note d’espoir : Le Feurby/Freuby, qui semblait avoir remplacé, à mon grand regret, Cromheecke et Thiriet pour les illustrations accompagnant le Bulletin d’abonnement, s’en fait virer à coups de balai bien mérités, en esperant qu’il n’y revienne pas.
(Pas de sommaire donc d’aperçu du numéro sur le site spirou.com cette semaine)
https://spirou.com/zabus-et-bodart-sorc ... -lemotion/
En couverture, un dessin d’ambiance gothique d’un manoir isolé par une nuit d’orage, ambiance renforcée par le lettrage estompé dans la nuit, qui introduit non pas une nouvelle série mais, est-il écrit, un nouvel album, Si je t écris. Étonnant d’indiquer « nouvel album » plutôt que nouvelle histoire, ce qui ravale Spirou au rang de magazine de prépublication. À moins qu’album ait une nouvelle acception. L’histoire est le développement en grand format d’une histoire courte que Vincent Zabus avait scénarisée dans un Spirou en 2014, nous dit-il dans l’interview de présentation (2012 en fait), et dessinée par Denis Bodart dans un style bien plus réaliste que celui qu’on lui connaît pour Green manor, réalisme qui, associé aux couleurs pastelles qu’il réalise lui-même et à l’encrage ou le crayonné léger, fait echo au dessin de Gibrat qui justement expose, en particulier dans ses livres parus dans Aire libre, des sentiments venus du passé, comme dans Si je t’écris.
Fin du Lucky Luke de Matthieu Bonhomme, où l’approche plus réaliste que dans ses deux précédents Lucky Luke conduit ce dernier à ne plus pouvoir tirer plus vite que son ombre et devoir s’abriter avec ses deux amis devant le feu nourri d’une dizaine de cavaliers, alors que dans L’homme qui tua Lucky Luke, celui-ci et son compagnon s’étaient débarassés d’un posse aussi nombreux en quelques coups de revolver. Des deux chemins que suit Lucky Luke dans cette histoire, qui étaient résumés dans le précédent chapitre, l’un arrive à son terme, Lucky Luke ayant rempli sa mission d’escorte, tandis que son autre longue marche, psychologique, d’éternel cow-boy solitaire, est loin d’être achevée. Roba et Tillieux avaient déjà parodié cette situation en faisant s’en désoler Lucky Luke dans une histoire comique parue dans un Spirou spécial 20 ans de Lucky Luke en 1967
, mais Matthieu Bonhomme a décidé d’interpréter ce qui n’était qu’un amusant motif, et déjà une réponse parodique aux nombreux cavaliers solitaire de western, et d’en donner une explication sérieuse dans une fin alternative publiée dans un tirage spécial de l’album et dont la prépublication dans Spirou nous a heureusement évité la ridicule dérive lacanienne de comptoir de prendre trop au sérieux une plaisanterie. Un détail graphique amusant est que, dans les rares occurrences où Morris dessine Lucky Luke de face, ses favoris sont plaqués, tandis que chez Mathieu Bonhomme, elles pendent en d’étranges rouflaquettes.
Suite des Soeurs Grémillet, et les références au Studio Ghibli, visibles dans l’album précédent et encore cette fois, avec les cervidés fantastiques faisant écho au dieu cerf de Princesse Mononoke ou le personnage fantômatique portant le masque blanc de Sans-visage de Chihiro, sont maintenant étendues à l’ensemble du Japon avec la pièce et les masques du théâtre nô, les animaux en origami géants et les vêtements que s’imaginent porter les trois sœurs pour leur nouvelle mission, Giovanni Di Gregorio et Alessandro Barbucci créant une stimulante fusion entre le merveilleux occidental de la ville où habitent les sœurs et le merveilleux japonais. Suite enfin de la quatrième histoire (à suivre) de ce numéro, Starlight, avec son jeune héros qui, à l’instar de Goldorak, prononce le nom des gadgets lorsqu’il les utilise, ce qui me fait réaliser, avec le recul, et peut-être anachroniquement, que ce que je ressentais comme une posture ridicule était en fait une préfiguration du fait de parler avec les machines pour les faire fonctionner : Goldorak ne nommait pas ses armes, il les appelait. Philippe Cardona y développe un univers plus étendu que les multiples références aux Beatles pouvaient faire craindre, et les interactions entre des personnages très typés sont amusantes.
L’histoire complète du numéro est un nouvel épisode de La maîtresse ne sait pas tout, où Sébastien Picquet et Florent de la Taille inventent une origine farfelue aux choses, comme Rudyard Kipling dans ses Histoires comme ça, mais avec un aspect scientifique qui augmente le décalage entre le discours sérieux et l’explication fantaisiste, et une ambiance d’horreur gothique exprimée cette fois par les références à Lovecraft (le monstre tentaculaire à la Cthulhu, le nom du professeur Liketrade de l’université Miskatonik).
Dans les gags, la planche d’Elliot au collège a retrouvé la page deux du magazine, et cette planche est exemplaire de l’intérêt de cette série de Théo Grosjean et Mallo : d’un côté, les personnages enfants grandissent, leur personnalité se développe, mais ils restent toujours fondamentalement eux-mêmes (Bastien est toujours vanneur), et ce sont les rapports qu’ils ont entre eux qui changent, ce qui est à la fois juste psychologiquement (on est loin du Spirou de Morvan et Munuera ou de Yann qui révèle soudain, en contradiction avec tout ce que l’on sait de lui, qu’il avait depuis longtemps envie de Seccotine) et plein de potentiel scénaristique. De plus Théo Grosjean a eu l’idée d’incarner sous forme de créatures les angoisses des personnages, ce qui donne une continuité graphique dans cet environnement changeant (Elliot grandit, il change de classe, de nouveaux personnages apparaissent) en plus d’être source de gags. Et lorsque les créatures sont exceptionnellement absentes, comme cette semaine, les troubles restent symboliquement visualisés par d’immenses onomatopées de pas censés faire trembler le sol, du même orange que l’angoisse d’Elliot (les couleurs ont une grande importance symbolique). Les Fabrice dans leur Édito sur Si je t’écris racontent de truculents souvenirs d’enfance à la campagne, dans la lignée de ceux que se sont faits les Cavaliers de l’apocadyspe dans leur dernières vacances à la campagne, Théoschu donne une touche d’émotion à Huguette et Croquette, et Gary C. Neel est vêtu des mêmes chemise jaune et gilet noir que Lucky Luke, et rencontre un charlatan avatar du docteur Doxey. On apprend que Tash et Trash vivent dans le passé, puisque les téléphones appartiennent à leur futur, à moins que leur temporalité soit imaginaire puisqu’ils sont auparavant partis dans l’espace. Les quatre strips de Willy Woob sont toujours des variations, cette semaine plus verbales que visuelles, sur la candide proposition de départ, Willy Woob se rendant par inadvertance chez un coiffeur-paysagiste. C’est grâce à de tels jeux sur le langage que Willy Woob se prête parfaitement dans En direct de la rédac au jeu pour lequel il faut imaginer les textes et onomatopées manquantes dans un strip, et dans la même rubrique 3 infos 2 vraies 1 fausse est cette fois sur la cuisine, quant aux personnages des Fifiches du Proprofesseur de Lécroart ils s’essayent sans succès à un risqué jeu de mots à fins commerciales déplacées. Paul Martin et Manu Boisteau divisent l’arc actuel de Titan inc. en deux histoires parallèles, l’une sur le navire où s’annonce une campagne électorale comme contrepoint comique bienvenu à celle qui débute en France, et l’autre sur l’iceberg, en un jeu tant sur Boucle d’or et les trois ours que sur Robinson Crusoë, la situation du capitaine attendant éternellement le bateau qui viendra le sauver devenant un miroir du bateau qui se précipite éternellement vers l'iceberg. Enfin on voit que, bien que Dad ne soit plus présent dans la série mettant en scène ses filles, les liens entre générations sont toujours une préoccupation de Nob puisque Mamette (ou sa jumelle) apparaît en fond du gag de cette semaine.
Enfin, Yllia, la dessinatrice invitée dans Spirou et moi, rappelle à quel point l’apparition des blogs BD il y a une vingtaine d’années a été fondamental pour l’avènement en masse de dessinatrices dans un domaine qui était jusque là essentiellement masculin (moins de 10% d’autrices dans l’ensemble des catalogues des maisons d’édition, de Dupuis à L’association, avant 2005, contre près d’un tiers actuellement). Les Jeux de Joan et Annie Pastor illustrent Louis à la plage et éludent totalement la dimension fantastique de Si je t’écris, qui il est vrai n’est pas encore présente dans le premier chapitre. Spirou par la plume de Paul Satis rend hommage à Hermann, décédé récemment, un auteur qui, s’il a beaucoup contribué au renouvellement du journal de Tintin avec Greg dans les années 60-70, a ensuite beaucoup publié chez Dupuis depuis les années 80, soit avec les 42 volumes de sa série Jérémiah, dont une seule histoire a été publiée dans Spirou, la tonalité générale étant trop adulte, soit dans la collection Aire libre, ouverte à ses expérimentations graphique comme son emploi personnel de la couleur directe, mais aussi dans le journal de Spirou Nic, une charmante série humoristique et onirique, qui n’a malheureusement que peu duré, au début des années 80, à cause de son peu de succès (trop sophistiqué pour les enfants, et le dessin pas assez pour les adultes, écrit Paul Satis). L’hommage prend toute sa valeur avec les témoignages de son ami dessinateur François Boucq.
Ce numéro se termine sur une note d’espoir : Le Feurby/Freuby, qui semblait avoir remplacé, à mon grand regret, Cromheecke et Thiriet pour les illustrations accompagnant le Bulletin d’abonnement, s’en fait virer à coups de balai bien mérités, en esperant qu’il n’y revienne pas.
" Monólogo significa el mono que habla solo." Ramón Gómez de la Serna dans ses Greguerías.
-
heijingling
- Maître Spiroutiste

- Messages : 1747
- Enregistré le : ven. 13 déc. 2019 13:46
Re: Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...
Numéro 4596 du 13/05/2026
(De nouveau pas de sommaire donc d’aperçu du numéro sur le site spirou.com cette semaine)
Pochep utilise à bon escient son dessin de corps assez raides pour figurer en couverture des héros du journal déambulant comme des automates au milieu desquels les enfants Frédul et Flicorne se retrouvent perdus sans pouvoir demander leur chemin. Les personnages de Lisa Mandel et Pochep font la couverture du journal pour une occasion doublement spéciale : il s’agit de leur première histoire (à suivre), et il s’y retrouvent perdus nulle part ailleurs que dans la rédaction de Spirou, à l’occasion d’un voyage scolaire. Nombre de détails croquignolets sont parsemés dans la rédaction pour le plaisir des lecteurices, tels que l’ Agent 212 en porteur de menhir, Blutch et Chesterfield dans les rôles de Gaston et Prunelle, les auteurices identifiables à ce qu’ils dessinent (L’agent 212, Olive des Cavaliers de l’apocadispe, du fromage pour Stella Lory, bien que d’autres tel celui aux électrodes sur la tête me restent un mystère), ou Mum 2 qui a revétu pour l’occasion le costume du Spirou de Jijé, reconnaissable à son pantalon large qui fait des plis : dans le portrait qui lui est consacré, Pochep précise être plus impliqué dans le dessin que la co-autrice Lisa Mandel, et on reconnaît bien par l’attention qu’il porte à de tels détails, qui inclue la coupe de cheveux du rédacteur en chef, l’auteur de New-York 1979. L’histoire, où les auteurs de BD du journal sont retenus prisonniers dans un sous-sol secret, doit être un fantasme récurrent, déjà vu dans L’atelier Mastodonte ou l’aventure Natacha et les Petits Miquets de Walthéry et Mittéï (où déjà ils devaient subir un enfant chasseur de dédicaces, comme ici Frédule, celui-ci étant toutefois uniquement motivé par l’appat du gain au contraire de la fille dans Natacha motivée par la passion. Autres temps -1978 et 2026- autres mœurs), et toujours une occasion pour les auteurs de caricaturer leurs collègues et la rédaction. C’est ainsi que la tendance à faire de personnages réels des personnages de BD est poussée dans ce numéro au point que, outre le rédacteur en chef et les secrétaires de rédaction dans Perdus représentés par Pochep et Lisa Mandel, dans En direct de la rédac, et dans les Jeux de Fréfon, Dominique la graphiste et Laure la rédactrice en chef adjointe se retrouvent de plus dans le Courrier des lecteurs pour la première, où elle répond à une lettre, et dans L’édito pour la seconde, où les Fabrice lui courent après dans leur propre ruée vers Laure. Tout cela participe d’une mise en scène générale d’un journal plus animé, où Frédule et Flicorne, perdus dans la rédaction, se retrouvent égarés dans En direct de la rédac, ou le titre des Filles de Nob se retrouve à l’envers suite, soi-disant, à une erreur de la graphiste expliquée sous forme de gag dans cette même rubrique. L’annonce dans En direct du futur d’une rencontre à Charleroi, fief ancestral du journal, avec de nombreux auteurs de Spirou, va aussi dans le sens de faire du magazine bien plus qu’un journal publiant des BD.
Dans la tête de Pochep nous révèle qu’à l’instar de Bouzard, Blutch, Bonhomme et bien d’autres, il rêve lui aussi de réaliser un Lucky Luke, héros de son enfance, pour lequel il a déjà réalisé une couverture, et dont le titre atypique, Pif paf à Nothing gulch, assonne étrangement avec celui du Gaston de Trondheim et Delaf, et la présence d’une cigarette dans la bouche de Lucky Luke témoigne de son esprit irrévérencieux. Et, pour suivre le fil des assonnances, le long nez fin à la Docteur Poche avec lequel Pochep se représente serait-il un retour de cette série qu’il n’aimait pas enfant (voir son Spirou et moi) et avait refoulée jusqu’à l’apprécier adulte ?
Le supplément, annoncé en couverture, est un mini-récit de Marc et Pep, qui se retrouvent comme en apesanteur pour Une enquête de haut vol dans un zeppelin, véhicule censé redevenir à la mode car écologique, et dans lequel ils vont tenter de démasquer un espion. Nicoby alterne des dessins pleine page, qui ont en fait, mini-récit oblige, la taille moyenne d’une case de BD, et d’autres « exigus », comme Pep qualifie la cabine du zeppelin, écho au format de parution, ce cadre inédit amenant un décor intéressant pour jouer des contraintes du mini-récit.
En dehors du mini-récit, pas d’histoire complète, pas de plat de résistance, ne serait l’absence de page intercalaire entre Starlight et Les sœurs Grémillet qui fait apparaitre l'ensemble de ces pages comme un consistant bloc de BD de 17 pages, impression renforcée par le fait que les séries sont toutes deux construites sur une mise en page très aérée. Comme le laisse supposer le titre, Le jeu des masques, chaque défi individuel posé aux sœurs Grémillet apparaît symbolique de la quête de son identité, que poursuivent la plupart des adolescents, la réponse étant la découverte d’une identité complexe, exprimée ici par la composition de la ville où vivent les sœurs : un pont relie une place médiévale à des bâtiments hausmaniens à toiture en zinc, pont sur lequel s’attarde d’alleurs Sarah, une pause qui incarne ses préoccupations quant à savoir qui elle est : l'adolescente rationnelle qu’elle est a du mal à accepter et intégrer ses aspects irrationnels (les apparitions nocturnes). Un nouvel enjeu narratif apparaît dans Starlight, des dissensions apparaissant dans la tribu des Tibbles, ceux-ci étant individués par le dessin de Philippe Cardona et les couleurs de Florence Torta. Suite de Si je t’écris, Denis Bodart reprenant son dessin plus caricatural et plus directement expressif pour représenter la famille du jeune Louis, avec laquelle celui-ci a manifestement des problèmes. Denis Bodart joue habilement des contrastes entre ombre et lumière et intérieur et extérieur pour faire ressentir la distance que le jeune Louis éprouve tant par rapport à ses amis que sa famille, et son attirance inévitable pour le manoir où est censée vivre une sorcière, qui se trouve en hauteur et en pleine lumière, comme une tentation à laquelle il serait difficile d’échapper. Louis, Frédule et Flicorne, Cyrius et Chantilly dans Starlight, les sœurs Grémillet: tous les héros et héroïnes des séries (à suivre) actuellement dans le journal sont de jeunes adolescents ou des enfants, auxquels s’ajoutent Elliot et ses camarades de classe, Nelson le diablotin et son ami scout, Kid Paddle, Les filles (et les Fabrice si l’on se fie à leur âge mental). Huguette, dans sa maison de retraite, remonte l’âge moyen, mais son esprit toujours alerte et sa combativité la maintiennent jeune, tout comme la grande fraîcheur de Willy Woob empêche de déterminer sil est un adolescent ou un jeune adulte.
Enfin, le Frourbi a bien été viré de l’illustration du bon d’abonnement, mais pour se retrouver dans Fish n chips grâce à une collaboration entre Tom et Gally. La rédaction parviendra-t-elle à véritablement s’en débarasser un jour ?
(De nouveau pas de sommaire donc d’aperçu du numéro sur le site spirou.com cette semaine)
Pochep utilise à bon escient son dessin de corps assez raides pour figurer en couverture des héros du journal déambulant comme des automates au milieu desquels les enfants Frédul et Flicorne se retrouvent perdus sans pouvoir demander leur chemin. Les personnages de Lisa Mandel et Pochep font la couverture du journal pour une occasion doublement spéciale : il s’agit de leur première histoire (à suivre), et il s’y retrouvent perdus nulle part ailleurs que dans la rédaction de Spirou, à l’occasion d’un voyage scolaire. Nombre de détails croquignolets sont parsemés dans la rédaction pour le plaisir des lecteurices, tels que l’ Agent 212 en porteur de menhir, Blutch et Chesterfield dans les rôles de Gaston et Prunelle, les auteurices identifiables à ce qu’ils dessinent (L’agent 212, Olive des Cavaliers de l’apocadispe, du fromage pour Stella Lory, bien que d’autres tel celui aux électrodes sur la tête me restent un mystère), ou Mum 2 qui a revétu pour l’occasion le costume du Spirou de Jijé, reconnaissable à son pantalon large qui fait des plis : dans le portrait qui lui est consacré, Pochep précise être plus impliqué dans le dessin que la co-autrice Lisa Mandel, et on reconnaît bien par l’attention qu’il porte à de tels détails, qui inclue la coupe de cheveux du rédacteur en chef, l’auteur de New-York 1979. L’histoire, où les auteurs de BD du journal sont retenus prisonniers dans un sous-sol secret, doit être un fantasme récurrent, déjà vu dans L’atelier Mastodonte ou l’aventure Natacha et les Petits Miquets de Walthéry et Mittéï (où déjà ils devaient subir un enfant chasseur de dédicaces, comme ici Frédule, celui-ci étant toutefois uniquement motivé par l’appat du gain au contraire de la fille dans Natacha motivée par la passion. Autres temps -1978 et 2026- autres mœurs), et toujours une occasion pour les auteurs de caricaturer leurs collègues et la rédaction. C’est ainsi que la tendance à faire de personnages réels des personnages de BD est poussée dans ce numéro au point que, outre le rédacteur en chef et les secrétaires de rédaction dans Perdus représentés par Pochep et Lisa Mandel, dans En direct de la rédac, et dans les Jeux de Fréfon, Dominique la graphiste et Laure la rédactrice en chef adjointe se retrouvent de plus dans le Courrier des lecteurs pour la première, où elle répond à une lettre, et dans L’édito pour la seconde, où les Fabrice lui courent après dans leur propre ruée vers Laure. Tout cela participe d’une mise en scène générale d’un journal plus animé, où Frédule et Flicorne, perdus dans la rédaction, se retrouvent égarés dans En direct de la rédac, ou le titre des Filles de Nob se retrouve à l’envers suite, soi-disant, à une erreur de la graphiste expliquée sous forme de gag dans cette même rubrique. L’annonce dans En direct du futur d’une rencontre à Charleroi, fief ancestral du journal, avec de nombreux auteurs de Spirou, va aussi dans le sens de faire du magazine bien plus qu’un journal publiant des BD.
Dans la tête de Pochep nous révèle qu’à l’instar de Bouzard, Blutch, Bonhomme et bien d’autres, il rêve lui aussi de réaliser un Lucky Luke, héros de son enfance, pour lequel il a déjà réalisé une couverture, et dont le titre atypique, Pif paf à Nothing gulch, assonne étrangement avec celui du Gaston de Trondheim et Delaf, et la présence d’une cigarette dans la bouche de Lucky Luke témoigne de son esprit irrévérencieux. Et, pour suivre le fil des assonnances, le long nez fin à la Docteur Poche avec lequel Pochep se représente serait-il un retour de cette série qu’il n’aimait pas enfant (voir son Spirou et moi) et avait refoulée jusqu’à l’apprécier adulte ?
Le supplément, annoncé en couverture, est un mini-récit de Marc et Pep, qui se retrouvent comme en apesanteur pour Une enquête de haut vol dans un zeppelin, véhicule censé redevenir à la mode car écologique, et dans lequel ils vont tenter de démasquer un espion. Nicoby alterne des dessins pleine page, qui ont en fait, mini-récit oblige, la taille moyenne d’une case de BD, et d’autres « exigus », comme Pep qualifie la cabine du zeppelin, écho au format de parution, ce cadre inédit amenant un décor intéressant pour jouer des contraintes du mini-récit.
En dehors du mini-récit, pas d’histoire complète, pas de plat de résistance, ne serait l’absence de page intercalaire entre Starlight et Les sœurs Grémillet qui fait apparaitre l'ensemble de ces pages comme un consistant bloc de BD de 17 pages, impression renforcée par le fait que les séries sont toutes deux construites sur une mise en page très aérée. Comme le laisse supposer le titre, Le jeu des masques, chaque défi individuel posé aux sœurs Grémillet apparaît symbolique de la quête de son identité, que poursuivent la plupart des adolescents, la réponse étant la découverte d’une identité complexe, exprimée ici par la composition de la ville où vivent les sœurs : un pont relie une place médiévale à des bâtiments hausmaniens à toiture en zinc, pont sur lequel s’attarde d’alleurs Sarah, une pause qui incarne ses préoccupations quant à savoir qui elle est : l'adolescente rationnelle qu’elle est a du mal à accepter et intégrer ses aspects irrationnels (les apparitions nocturnes). Un nouvel enjeu narratif apparaît dans Starlight, des dissensions apparaissant dans la tribu des Tibbles, ceux-ci étant individués par le dessin de Philippe Cardona et les couleurs de Florence Torta. Suite de Si je t’écris, Denis Bodart reprenant son dessin plus caricatural et plus directement expressif pour représenter la famille du jeune Louis, avec laquelle celui-ci a manifestement des problèmes. Denis Bodart joue habilement des contrastes entre ombre et lumière et intérieur et extérieur pour faire ressentir la distance que le jeune Louis éprouve tant par rapport à ses amis que sa famille, et son attirance inévitable pour le manoir où est censée vivre une sorcière, qui se trouve en hauteur et en pleine lumière, comme une tentation à laquelle il serait difficile d’échapper. Louis, Frédule et Flicorne, Cyrius et Chantilly dans Starlight, les sœurs Grémillet: tous les héros et héroïnes des séries (à suivre) actuellement dans le journal sont de jeunes adolescents ou des enfants, auxquels s’ajoutent Elliot et ses camarades de classe, Nelson le diablotin et son ami scout, Kid Paddle, Les filles (et les Fabrice si l’on se fie à leur âge mental). Huguette, dans sa maison de retraite, remonte l’âge moyen, mais son esprit toujours alerte et sa combativité la maintiennent jeune, tout comme la grande fraîcheur de Willy Woob empêche de déterminer sil est un adolescent ou un jeune adulte.
Enfin, le Frourbi a bien été viré de l’illustration du bon d’abonnement, mais pour se retrouver dans Fish n chips grâce à une collaboration entre Tom et Gally. La rédaction parviendra-t-elle à véritablement s’en débarasser un jour ?
" Monólogo significa el mono que habla solo." Ramón Gómez de la Serna dans ses Greguerías.
-
heijingling
- Maître Spiroutiste

- Messages : 1747
- Enregistré le : ven. 13 déc. 2019 13:46
Re: Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...
Numéro 4597 du 20/05/2026
(Toujours pas de sommaire donc d’aperçu du numéro sur le site spirou.com cette semaine encore, et cela depuis le retour de Gaston dans le journal…Je m'y colle donc pour la couverture)

De même que Willy Woob prend les expressions au pied de la lettre, Théo Grosjean a représenté en couverture le « paysage mental » d’Églantine, et celui-ci, un désert fantastique, pour lequel les franges d’Églantine forment des herses derrière Elliot et sa créature, fait écho aux paysages qu’explore Elliot dans ses jeux vidéos, faisant se rejoindre le monde des jeux dans lequels s’évade Elliot et le monde réel des sentiments de son amie. L’histoire est en deux parties, entrecoupées d’un récapitulatif de ce que sont les créatures émotionnelles et les voyages intérieurs du monde d’Elliot, monde à deux dimensions donc, l’une étant similaire à notre monde, dans laquelle vivent, comme nous, la plupart des personnages d’Elliot, et l’autre, psychique, où ne peuvent aller que quelques Témoins. La première partie est un gag en une page, comme le plus souvent dans cette série, suivie par une histoire courte, format qu’utilise en général Théo Grosjean pour les voyages intérieurs. Le trait de Théo Grosjean, les déformations graphiques des perspectives de ses personnages (pied, jambe, main démesurément grossis) est de la même inspiration que celui de Joe Daly dans Highbone theatre, qui lui aussi y met en scène des personnages évoluant entre monde semblable au notre et monde fantastique, tous deux utilisant de mêmes techniques graphiques pour mieux faire passer les transitions entre les mondes. Est personnelle à Théo Grosjean par contre l’utilisation de la couleur orange, quelle que soit sa coloriste (Anna Maria Riccobono pour les premiers albums, Mallo actuellement), dans les fonds de cases monochromes, l’aura du voyage mental, les roches omniprésentes dans cette histoire, un orange qui n’est pas du tout celui de Nelson, de même que les mesas du paysage mental d’Églantine n’ont rien à voir avec celles d’Arizona de Blueberry.
Elliot se retrouve dans le jeu test de En direct de la rédac, illustré par Bercovici, qui reproduit le cliché vu dans tant de bandes dessinées, le cancre étant UN cancre, le bon élève étant UNE bonne élève (le cliché ressort d’autant plus qu’il est écrit LE bon élève alors que Bercovici le représente par une fille). Cette bonne élève étant par ailleurs toujours obéissante et réservée, coulée dans l’assignation sociale que notent Vinciane Despret et Isabelle Stengers dans « Les faiseuses d’histoire. Que font les femmes à la pensée? », citant Laurence Bouquiaux ( mathématicienne et philosophe, enseigne la philosophie des sciences et l’histoire de la philosophie moderne à l’université de Liège) : « Beaucoup de nos collègues ne nous pardonneront d’être intelligentes que si nous renonçons à être brillantes. La modestie est une vertu cardinale (pour les femmes, bien sûr). On exécute, on fait la petite main, on applique sagement ce qu’on nous a appris, mais on n’invente pas, ou alors seulement aux marges, sur les questions sans prestige auxquelles les hommes ne consacreraient pas une heure de peine. » Dans Elliot au collège, face à la bonne élève modèle Églantine, Théo Grosjean a introduit le personnage d’Aya, bonne élève révoltée, mais ce personnage, difficile à gérer sans tomber dans d’autres clichés, est peu exploité.
Tom Sorroldini a aussi représenté le désert du paysage mental d’Eglantine dans ses Jeux, mais, facétieux, y a ajouté aux mesas les fameux cactus saguaros des westerns, un sphinx égyptien, et un ver des sables de Dune de Frank Herbert, illustrant la diversité des déserts, loin de l'image du tas de sable.
Dans une belle idée d’animation, l’histoire de Lisa Mandel et Pochep de Frédule et Flicorne, les enfants perdus dans la rédaction de Spirou, qui avait débuté dans le numéro précédent, se poursuit non sous forme de planches de BD mais dans les marges du magazine (au grand plaisir sans doute de la graphiste Dominique Paquet, qui plaisantait justement dans le numéro précédent sur ces complexités de mises en pages surprises). Dans un festival de gags sur les personnages de BD, cherchant avec son frère son chemin dans les pages du journal, l’enthousiaste Flicorne se demande si ils vont « rencontrer le canard qui est super riche », s’excite à la vue des petits Cavaliers de l’apocadispe qu’elle prend pour des Schtroumpfs, ou Dad pour « celui qui est tombé dans la potion magique », et bien sûr, s’égarent dans le bureau des Fabrice, où pour une fois le frère et la sœur ont le même (dé)goût.
Un autre personnage se balade dans le journal, Lucky Luke, dans une pleine page de publicité annonçant des albums faisant « retour au format historique », celui des brochés à couverture souple, d’où le faible prix, ce « retour » se révélant pour ce qu’il est, une opération commerciale, et comme telle trompeuse, puisque dans les 14 albums présentés, plus de la moitié n’avaient jamais été publiés sous ce format, hormis lors d’autres opérations commerciales justement, d’albums à tirage spécial offerts dans des stations d’essence, et involontairement ironique, puisque Morris avait justement quitté Spirou et Dupuis pour passer chez Dargaud qui a publié Lucky Luke sous couvertures cartonnées. Dans le chapitre de Si je t’écris, qui se passe dans les années 60, Louis est justement en train de lire un de ces Lucky Luke souples, probablement dans son édition originale lui, puisqu’il s’agit du 20ème de cavalerie, sorti en 1965. Enfin, il apparaît en filigrane dans Huguette et Croquette de Théoschu, qui a invité pour l’occasion le dessinateur Bastien Fournier à dessiner l’imposant personnage de « Morris...Euh, Maurice ! », ainsi présenté, portant des chaussons à l’effigie du cow-boy, se tenant dans l’exacte fameuse position de Lucky Luke se préparant à dégainer, visible dans la publicité ainsi qu’au dos des albums souples Dupuis, mais inversée, Morris-Maurice étant de dos. Théoschu a mis un dernier clin d’oeil au western dans l’affiche derrière le bar vantant les « tisane du sheriff » et « tisane foin-cactus ».
Dans Si je t’écris, Denis Bodart et Vincent Zabus expriment la maladresse du père essayant de communiquer avec son fils en le faisant se tromper dans le slogan de Lucky Luke : Zabus parlait des non-dits dans les familles, ceux-ci apparaissent ici parce que le dire est difficile. Le montrer aussi, d’ailleurs : la tante du petit Louis parle d’un apéro pris « de plus en plus tôt », or, alors que l’histoire se passe en été et que sous nos latitudes le soleil se couche alors vers 22 heures, la scène se passe au crépuscule, ce qui fait tard pour un apéro censé être pris tôt. Dans Starlight, alors qu’il est accusé d’être un gamin irresponsable accumulant les dangereuses stupidités, Cyrius, dans une declaration grandiloquente, prend la pose du héros prêt à se sacrifier, scène typique du manga shonen, et qui classe définitivement cette série dans la catégorie des BD jeunesses dynamiques et amusantes mais à la psychologie schématisée jusqu’à la caricature. On est à l’opposé des Soeurs Grémillet où Giovanni Di Gregorio et Alessandro Barbucci, bien que revendiquant aussi une influence manga et anime, (on aperçoit dans une planche de cette semaine Totoro et une Magical girl), produisent une belle séquence où les deux plus grandes sœur sont désarçonnées par l’interrogation sur ce qu’elles sont, et la benjamine par la traitrise (un garçon qu’elle croyait vouloir élever un chien veut en fait le dominer).
Dans les gags, par une extraordinaire coïncidence, Berth dans Des gens et inversement fait une variation du gag de Willy Woob du numéro précédent sur les immeubles d’escargots, et, après avoir occupé l’ours du journal, pris la place du dessin de Cromheecke et Thiriet pour le bulletin d’abonnement, Le Freuby prend maintenant celle de Fish n chips. On connaît les problèmes que posent les espèces dites invasives, et, toujours à la pointe de la recherche, Spirou accueille ainsi lui (à son corps défendant) la première bande dessinée invasive...Le gag de Kid Paddle où il joue au jeu du petit barbare et la princesse ne se termine pas pour une fois par un simple « game over » mais par un jeu de mot ironique de sa sœur. Quant à Nob, Dad est en retrait de la série Les filles, mais pas le reste de la famille, et cette fois le gag concerne la relation entre Roxane et son grand’père(et on aperçoit de nouveau Mamette au détour d’une case).
Enfin, dans le rédactionnel, Paul Satis rend hommage au dessinateur récemment décédé Jean-Paul Krasinsky, qui a publié chez Dupuis dans la collection Aire libre, et dans Spirou la série Sale bête, avec Maïa Mazaurette au scénario, et dans le Courrier des lecteurs, on apprend que Manoir à louer a initialement pour but d’être une bande dessinée sur « les émotions que procure le fait d’être abonné à Spirou » (même si ceux-ci sont relativement nombreux, c’est tout de même un sujet très contraignant, que jusqu’à présent les auteurs n’ont pas vraiment réussi à utiliser au-delà de l’anecdotique), et l’idée qu’une vampire, allergique à la lumière du jour, ne connaitrait le monde qu’à travers les journaux, « comme par exemple Spirou », approche aux nombreux potentiels, malheureusement sous traitée.
(Toujours pas de sommaire donc d’aperçu du numéro sur le site spirou.com cette semaine encore, et cela depuis le retour de Gaston dans le journal…Je m'y colle donc pour la couverture)
De même que Willy Woob prend les expressions au pied de la lettre, Théo Grosjean a représenté en couverture le « paysage mental » d’Églantine, et celui-ci, un désert fantastique, pour lequel les franges d’Églantine forment des herses derrière Elliot et sa créature, fait écho aux paysages qu’explore Elliot dans ses jeux vidéos, faisant se rejoindre le monde des jeux dans lequels s’évade Elliot et le monde réel des sentiments de son amie. L’histoire est en deux parties, entrecoupées d’un récapitulatif de ce que sont les créatures émotionnelles et les voyages intérieurs du monde d’Elliot, monde à deux dimensions donc, l’une étant similaire à notre monde, dans laquelle vivent, comme nous, la plupart des personnages d’Elliot, et l’autre, psychique, où ne peuvent aller que quelques Témoins. La première partie est un gag en une page, comme le plus souvent dans cette série, suivie par une histoire courte, format qu’utilise en général Théo Grosjean pour les voyages intérieurs. Le trait de Théo Grosjean, les déformations graphiques des perspectives de ses personnages (pied, jambe, main démesurément grossis) est de la même inspiration que celui de Joe Daly dans Highbone theatre, qui lui aussi y met en scène des personnages évoluant entre monde semblable au notre et monde fantastique, tous deux utilisant de mêmes techniques graphiques pour mieux faire passer les transitions entre les mondes. Est personnelle à Théo Grosjean par contre l’utilisation de la couleur orange, quelle que soit sa coloriste (Anna Maria Riccobono pour les premiers albums, Mallo actuellement), dans les fonds de cases monochromes, l’aura du voyage mental, les roches omniprésentes dans cette histoire, un orange qui n’est pas du tout celui de Nelson, de même que les mesas du paysage mental d’Églantine n’ont rien à voir avec celles d’Arizona de Blueberry.
Elliot se retrouve dans le jeu test de En direct de la rédac, illustré par Bercovici, qui reproduit le cliché vu dans tant de bandes dessinées, le cancre étant UN cancre, le bon élève étant UNE bonne élève (le cliché ressort d’autant plus qu’il est écrit LE bon élève alors que Bercovici le représente par une fille). Cette bonne élève étant par ailleurs toujours obéissante et réservée, coulée dans l’assignation sociale que notent Vinciane Despret et Isabelle Stengers dans « Les faiseuses d’histoire. Que font les femmes à la pensée? », citant Laurence Bouquiaux ( mathématicienne et philosophe, enseigne la philosophie des sciences et l’histoire de la philosophie moderne à l’université de Liège) : « Beaucoup de nos collègues ne nous pardonneront d’être intelligentes que si nous renonçons à être brillantes. La modestie est une vertu cardinale (pour les femmes, bien sûr). On exécute, on fait la petite main, on applique sagement ce qu’on nous a appris, mais on n’invente pas, ou alors seulement aux marges, sur les questions sans prestige auxquelles les hommes ne consacreraient pas une heure de peine. » Dans Elliot au collège, face à la bonne élève modèle Églantine, Théo Grosjean a introduit le personnage d’Aya, bonne élève révoltée, mais ce personnage, difficile à gérer sans tomber dans d’autres clichés, est peu exploité.
Tom Sorroldini a aussi représenté le désert du paysage mental d’Eglantine dans ses Jeux, mais, facétieux, y a ajouté aux mesas les fameux cactus saguaros des westerns, un sphinx égyptien, et un ver des sables de Dune de Frank Herbert, illustrant la diversité des déserts, loin de l'image du tas de sable.
Dans une belle idée d’animation, l’histoire de Lisa Mandel et Pochep de Frédule et Flicorne, les enfants perdus dans la rédaction de Spirou, qui avait débuté dans le numéro précédent, se poursuit non sous forme de planches de BD mais dans les marges du magazine (au grand plaisir sans doute de la graphiste Dominique Paquet, qui plaisantait justement dans le numéro précédent sur ces complexités de mises en pages surprises). Dans un festival de gags sur les personnages de BD, cherchant avec son frère son chemin dans les pages du journal, l’enthousiaste Flicorne se demande si ils vont « rencontrer le canard qui est super riche », s’excite à la vue des petits Cavaliers de l’apocadispe qu’elle prend pour des Schtroumpfs, ou Dad pour « celui qui est tombé dans la potion magique », et bien sûr, s’égarent dans le bureau des Fabrice, où pour une fois le frère et la sœur ont le même (dé)goût.
Un autre personnage se balade dans le journal, Lucky Luke, dans une pleine page de publicité annonçant des albums faisant « retour au format historique », celui des brochés à couverture souple, d’où le faible prix, ce « retour » se révélant pour ce qu’il est, une opération commerciale, et comme telle trompeuse, puisque dans les 14 albums présentés, plus de la moitié n’avaient jamais été publiés sous ce format, hormis lors d’autres opérations commerciales justement, d’albums à tirage spécial offerts dans des stations d’essence, et involontairement ironique, puisque Morris avait justement quitté Spirou et Dupuis pour passer chez Dargaud qui a publié Lucky Luke sous couvertures cartonnées. Dans le chapitre de Si je t’écris, qui se passe dans les années 60, Louis est justement en train de lire un de ces Lucky Luke souples, probablement dans son édition originale lui, puisqu’il s’agit du 20ème de cavalerie, sorti en 1965. Enfin, il apparaît en filigrane dans Huguette et Croquette de Théoschu, qui a invité pour l’occasion le dessinateur Bastien Fournier à dessiner l’imposant personnage de « Morris...Euh, Maurice ! », ainsi présenté, portant des chaussons à l’effigie du cow-boy, se tenant dans l’exacte fameuse position de Lucky Luke se préparant à dégainer, visible dans la publicité ainsi qu’au dos des albums souples Dupuis, mais inversée, Morris-Maurice étant de dos. Théoschu a mis un dernier clin d’oeil au western dans l’affiche derrière le bar vantant les « tisane du sheriff » et « tisane foin-cactus ».
Dans Si je t’écris, Denis Bodart et Vincent Zabus expriment la maladresse du père essayant de communiquer avec son fils en le faisant se tromper dans le slogan de Lucky Luke : Zabus parlait des non-dits dans les familles, ceux-ci apparaissent ici parce que le dire est difficile. Le montrer aussi, d’ailleurs : la tante du petit Louis parle d’un apéro pris « de plus en plus tôt », or, alors que l’histoire se passe en été et que sous nos latitudes le soleil se couche alors vers 22 heures, la scène se passe au crépuscule, ce qui fait tard pour un apéro censé être pris tôt. Dans Starlight, alors qu’il est accusé d’être un gamin irresponsable accumulant les dangereuses stupidités, Cyrius, dans une declaration grandiloquente, prend la pose du héros prêt à se sacrifier, scène typique du manga shonen, et qui classe définitivement cette série dans la catégorie des BD jeunesses dynamiques et amusantes mais à la psychologie schématisée jusqu’à la caricature. On est à l’opposé des Soeurs Grémillet où Giovanni Di Gregorio et Alessandro Barbucci, bien que revendiquant aussi une influence manga et anime, (on aperçoit dans une planche de cette semaine Totoro et une Magical girl), produisent une belle séquence où les deux plus grandes sœur sont désarçonnées par l’interrogation sur ce qu’elles sont, et la benjamine par la traitrise (un garçon qu’elle croyait vouloir élever un chien veut en fait le dominer).
Dans les gags, par une extraordinaire coïncidence, Berth dans Des gens et inversement fait une variation du gag de Willy Woob du numéro précédent sur les immeubles d’escargots, et, après avoir occupé l’ours du journal, pris la place du dessin de Cromheecke et Thiriet pour le bulletin d’abonnement, Le Freuby prend maintenant celle de Fish n chips. On connaît les problèmes que posent les espèces dites invasives, et, toujours à la pointe de la recherche, Spirou accueille ainsi lui (à son corps défendant) la première bande dessinée invasive...Le gag de Kid Paddle où il joue au jeu du petit barbare et la princesse ne se termine pas pour une fois par un simple « game over » mais par un jeu de mot ironique de sa sœur. Quant à Nob, Dad est en retrait de la série Les filles, mais pas le reste de la famille, et cette fois le gag concerne la relation entre Roxane et son grand’père(et on aperçoit de nouveau Mamette au détour d’une case).
Enfin, dans le rédactionnel, Paul Satis rend hommage au dessinateur récemment décédé Jean-Paul Krasinsky, qui a publié chez Dupuis dans la collection Aire libre, et dans Spirou la série Sale bête, avec Maïa Mazaurette au scénario, et dans le Courrier des lecteurs, on apprend que Manoir à louer a initialement pour but d’être une bande dessinée sur « les émotions que procure le fait d’être abonné à Spirou » (même si ceux-ci sont relativement nombreux, c’est tout de même un sujet très contraignant, que jusqu’à présent les auteurs n’ont pas vraiment réussi à utiliser au-delà de l’anecdotique), et l’idée qu’une vampire, allergique à la lumière du jour, ne connaitrait le monde qu’à travers les journaux, « comme par exemple Spirou », approche aux nombreux potentiels, malheureusement sous traitée.
" Monólogo significa el mono que habla solo." Ramón Gómez de la Serna dans ses Greguerías.
-
heijingling
- Maître Spiroutiste

- Messages : 1747
- Enregistré le : ven. 13 déc. 2019 13:46
Re: Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...
Numéro 4598 du 27/05/2026
(Toujours plus de sommaire donc d’aperçu du numéro sur le site spirou.com cette semaine encore)
Comme lors de sa précédente présence en couverture, Nelson y figure dans un décor atypique pour lui, l’exploration d’une jungle marécageuse en compagnie d’Hubert en tenue d’aventurier tropical. Mais puisqu’il s’agit d’une série comique, Bertschy ne leur fait y affronter qu’insectes et grenouille. L’histoire, en 8 strips et 2 pages (fait rare chez Bertschy) répartis au long du journal, raconte comment Nelson et son complice en stupidités Hubert laissent moisir un yaourt (yogourt disent-ils) pour examiner (scientifiquement disent-ils) comment la vie va y proliférer, jusqu’à devenir une jungle envahissante
.
On est loin, même si les premiers strips pouvaient y mener, des moisissures du comte de Champignac à la fin de L’ombre du Z, et plus proche du En direct de la rédaction[/i] de Franquin et Delporte où tout un jardin se développe autour du gaffophone
ou de l’histoire courte de Broussaille où, suite à une maladresse de celui-ci, une jungle se forme dans un appartement.
Flicorne et Frédule de Lisa Mandel et Pochep continuent de chercher leur chemin dans les marges du journal, y croisant de nouveau Fantasperge bien sûr, revenant chez les Fabrice pour leur demander une fausse dédicace (pour la revente), les Fabrice, toujours plein d’illusions sur leur propre valeur s’exécutant innocemment, Flicorne prend toujours les personnages du journal pour d’autres (Louca pour Olivétome (sic), les Fabrice pour les Dupondt), et elle et son frère commencent même à dessiner dans les marges, dont dans celles de Spirou et moi consacré à la doubleuse de voix de dessins animés Brigitte Lecordier, heureux hasard de mise en page puisque celle-ci y souligne justement l’importance d’une enfance très libre. Flicorne va jusqu’à découper une case qui lui plait dans le journal (de Nelson, case qui ne manque pas au strip, qui aurait donc très bien pu tenir en 3 ou même 2 cases), et elle et son frère envahir En direct de la rédac, en y collant un message et des dessins, par l’avis de recherche les concernant y étant affiché, et indirectement par les Fabrice, finalement traumatisés par leur demande d’autographes et qui y sont déguisés (approximativement) en Nob et Midam, et franchir le quatrième mur en demandant à ceux qui lisent le journal où est la sortie, en un gros plan regard héritier de Monika de Bergman. Les sœurs Grémillet poursuivent leur exploration des masques exprimant les divers aspects des personnalités, s’aidant de fables d’Esope sur des animaux voulant ressembler à d’autres, Cassiopée évoquant même Jekill et Hyde, ces interrogations toujours répercutées dans leur ville schizophrène, où des quartiers de batiments modernes et de voies rapides sont juxtaposés à des quartiers médiévaux piétonniers sur plusieurs niveaux, faits de passages et d’escaliers de pierre et débordant de végétation, les personnages et leurs masques en écho au Persona de Bergman, encore. Un nouveau parallèle apparaît entre Starlight et Les sœurs Grémillet, celui des masques que portent les gens. Que le vieux sage Tibble supplie Cyrius de se méfier de tous, et en premier lieu de la charmante Chantilly, n’est-ce qu’une fausse piste, un suspense artificiel justifié par la froussardise des Tibbles, ou une véritable péripétie ? Que Philippe Cardona utilise une trame et Florence Torta un autre registre de couleurs pour représenter un éventuel côté sombre de Chantilly témoigne de leur maitrise narrative, comme l’invention des taupes-souris en créatures ne supportant pas la lumière (doublement, comme taupes et comme chauves-souris) de l’imagination de l’auteur, par contre ses cadrages et son usage outrés des crollebitches provoquent des problèmes de lisibilité (Chantilly se contente-t-elle de voler le poignard de l’extra-terrestre à tête d’orque, ou a-t-elle l’intention de le tuer avec?). Suite de Si je t’écris, une BD pratiquement documentaire par la précision du rendu du tournant des années 60-70, la justesse des attitudes, les couleurs qui rendent la chaleur de l’été presque palpable, réalisme ressenti qui, couplé au dessin caricatural de Denis Bodard, rend incertaine notre perception de la sorcière : son grand nez pointu pourrait signifier une vraie sorcière, si l’on se tient du côté réaliste, comme une exagération graphique, du côté caricatural. Une belle ambiguïté.
Le gag de Elliot au collège par Théo Grosjean et Mallo est très bien mis en scène, tant au niveau des dialogues que du dessin (les déformations faciales de Bastien), très original et, dans la lignée du précédent, psychologiquement particulièrement juste, (la folie fait peur, particulièrement à ceux qui se cachent à eux-mêmes leurs propres déséquilibres). Dans les autres gags, Aude Picault continue ses études graphiques de chats dans Boulette (un gouttière décharné cette fois), dans Huguette et Croquette, Théoschu, par des noirs profonds et de forts contrastes, rend une ambiance fantômatique très différente du cimetière de Si je t’écris, uniformément baigné par une lumière nocturne. Bonne série de strips de Brad Rock de Jilème et Sophie David, sur l’ouverture d’un restaurant pour le moins amateur, bons gags absurdes dans La pause cartoon avec Les Fifiches du Proprofesseur, Des gens et inversement et Tash et Trash, ainsi que du strip du Freuby, dont Gally, qui en a hérité du dessin, est la victime.
Dans les autres rubriques, les Jeux de Joan et Annie Pastor sont une sortie montagne organisée par Nelson, prétexte à une belle double page bucolico-comique avec de nombreux personnages du journal, un errata corrige l’erreur de la date du retour de Yoko Tsuno donnée dans un numéro précédent, et dans le Courrier des lecteurs Kox répond avec justesse à une question mal posée sur le pourquoi de la fréquente rondeur corporelle des représentants de l’ordre, qui y associe par inattention le gredin Pat’Hibulaire de Mickey (selon Kox, le côté rondouillard des agents 212, 22 (dans Boule et Bill), et 15 (dans Quick et Flupke) « adoucit la figure de l’autorité et favorise le gag »). Une page de publicité pour plusieurs séries jeunesse Dupuis suggère un âge de lecture (dès 6 ans), une prescription déjà présente dans deux publicités du numéro précédent. Enfin, l’annonce de En direct du futur pratique l’auto ironie, en classant les héros des éditions Dupuis en trois catégories, «l’édition patrimoniale, le spin-off d’un personnage existant, et les nouveaux héros » (quid des nouvelles histoires d’anciens héros toujours présents?) La nouvelle série prévue pour le 17 juin s’inspire de La planète des singes de Pierre Boule et de La ferme des animaux de George Orwell, mais en « rigolo ». L’aspect « dystopique » de ces deux ouvrages transparaitra par le personnage principal, un poulet astronaute. L’autre influence, non dite, pour laquelle l’auteur, Fabrizio Petrossi, utilise des personnages animaliers vient du fait qu’il est, comme grand nombre de ses confrères compatriotes, un italien travaillant pour Disney.
(Toujours plus de sommaire donc d’aperçu du numéro sur le site spirou.com cette semaine encore)
Comme lors de sa précédente présence en couverture, Nelson y figure dans un décor atypique pour lui, l’exploration d’une jungle marécageuse en compagnie d’Hubert en tenue d’aventurier tropical. Mais puisqu’il s’agit d’une série comique, Bertschy ne leur fait y affronter qu’insectes et grenouille. L’histoire, en 8 strips et 2 pages (fait rare chez Bertschy) répartis au long du journal, raconte comment Nelson et son complice en stupidités Hubert laissent moisir un yaourt (yogourt disent-ils) pour examiner (scientifiquement disent-ils) comment la vie va y proliférer, jusqu’à devenir une jungle envahissante
On est loin, même si les premiers strips pouvaient y mener, des moisissures du comte de Champignac à la fin de L’ombre du Z, et plus proche du En direct de la rédaction[/i] de Franquin et Delporte où tout un jardin se développe autour du gaffophone
ou de l’histoire courte de Broussaille où, suite à une maladresse de celui-ci, une jungle se forme dans un appartement.
Flicorne et Frédule de Lisa Mandel et Pochep continuent de chercher leur chemin dans les marges du journal, y croisant de nouveau Fantasperge bien sûr, revenant chez les Fabrice pour leur demander une fausse dédicace (pour la revente), les Fabrice, toujours plein d’illusions sur leur propre valeur s’exécutant innocemment, Flicorne prend toujours les personnages du journal pour d’autres (Louca pour Olivétome (sic), les Fabrice pour les Dupondt), et elle et son frère commencent même à dessiner dans les marges, dont dans celles de Spirou et moi consacré à la doubleuse de voix de dessins animés Brigitte Lecordier, heureux hasard de mise en page puisque celle-ci y souligne justement l’importance d’une enfance très libre. Flicorne va jusqu’à découper une case qui lui plait dans le journal (de Nelson, case qui ne manque pas au strip, qui aurait donc très bien pu tenir en 3 ou même 2 cases), et elle et son frère envahir En direct de la rédac, en y collant un message et des dessins, par l’avis de recherche les concernant y étant affiché, et indirectement par les Fabrice, finalement traumatisés par leur demande d’autographes et qui y sont déguisés (approximativement) en Nob et Midam, et franchir le quatrième mur en demandant à ceux qui lisent le journal où est la sortie, en un gros plan regard héritier de Monika de Bergman. Les sœurs Grémillet poursuivent leur exploration des masques exprimant les divers aspects des personnalités, s’aidant de fables d’Esope sur des animaux voulant ressembler à d’autres, Cassiopée évoquant même Jekill et Hyde, ces interrogations toujours répercutées dans leur ville schizophrène, où des quartiers de batiments modernes et de voies rapides sont juxtaposés à des quartiers médiévaux piétonniers sur plusieurs niveaux, faits de passages et d’escaliers de pierre et débordant de végétation, les personnages et leurs masques en écho au Persona de Bergman, encore. Un nouveau parallèle apparaît entre Starlight et Les sœurs Grémillet, celui des masques que portent les gens. Que le vieux sage Tibble supplie Cyrius de se méfier de tous, et en premier lieu de la charmante Chantilly, n’est-ce qu’une fausse piste, un suspense artificiel justifié par la froussardise des Tibbles, ou une véritable péripétie ? Que Philippe Cardona utilise une trame et Florence Torta un autre registre de couleurs pour représenter un éventuel côté sombre de Chantilly témoigne de leur maitrise narrative, comme l’invention des taupes-souris en créatures ne supportant pas la lumière (doublement, comme taupes et comme chauves-souris) de l’imagination de l’auteur, par contre ses cadrages et son usage outrés des crollebitches provoquent des problèmes de lisibilité (Chantilly se contente-t-elle de voler le poignard de l’extra-terrestre à tête d’orque, ou a-t-elle l’intention de le tuer avec?). Suite de Si je t’écris, une BD pratiquement documentaire par la précision du rendu du tournant des années 60-70, la justesse des attitudes, les couleurs qui rendent la chaleur de l’été presque palpable, réalisme ressenti qui, couplé au dessin caricatural de Denis Bodard, rend incertaine notre perception de la sorcière : son grand nez pointu pourrait signifier une vraie sorcière, si l’on se tient du côté réaliste, comme une exagération graphique, du côté caricatural. Une belle ambiguïté.
Le gag de Elliot au collège par Théo Grosjean et Mallo est très bien mis en scène, tant au niveau des dialogues que du dessin (les déformations faciales de Bastien), très original et, dans la lignée du précédent, psychologiquement particulièrement juste, (la folie fait peur, particulièrement à ceux qui se cachent à eux-mêmes leurs propres déséquilibres). Dans les autres gags, Aude Picault continue ses études graphiques de chats dans Boulette (un gouttière décharné cette fois), dans Huguette et Croquette, Théoschu, par des noirs profonds et de forts contrastes, rend une ambiance fantômatique très différente du cimetière de Si je t’écris, uniformément baigné par une lumière nocturne. Bonne série de strips de Brad Rock de Jilème et Sophie David, sur l’ouverture d’un restaurant pour le moins amateur, bons gags absurdes dans La pause cartoon avec Les Fifiches du Proprofesseur, Des gens et inversement et Tash et Trash, ainsi que du strip du Freuby, dont Gally, qui en a hérité du dessin, est la victime.
Dans les autres rubriques, les Jeux de Joan et Annie Pastor sont une sortie montagne organisée par Nelson, prétexte à une belle double page bucolico-comique avec de nombreux personnages du journal, un errata corrige l’erreur de la date du retour de Yoko Tsuno donnée dans un numéro précédent, et dans le Courrier des lecteurs Kox répond avec justesse à une question mal posée sur le pourquoi de la fréquente rondeur corporelle des représentants de l’ordre, qui y associe par inattention le gredin Pat’Hibulaire de Mickey (selon Kox, le côté rondouillard des agents 212, 22 (dans Boule et Bill), et 15 (dans Quick et Flupke) « adoucit la figure de l’autorité et favorise le gag »). Une page de publicité pour plusieurs séries jeunesse Dupuis suggère un âge de lecture (dès 6 ans), une prescription déjà présente dans deux publicités du numéro précédent. Enfin, l’annonce de En direct du futur pratique l’auto ironie, en classant les héros des éditions Dupuis en trois catégories, «l’édition patrimoniale, le spin-off d’un personnage existant, et les nouveaux héros » (quid des nouvelles histoires d’anciens héros toujours présents?) La nouvelle série prévue pour le 17 juin s’inspire de La planète des singes de Pierre Boule et de La ferme des animaux de George Orwell, mais en « rigolo ». L’aspect « dystopique » de ces deux ouvrages transparaitra par le personnage principal, un poulet astronaute. L’autre influence, non dite, pour laquelle l’auteur, Fabrizio Petrossi, utilise des personnages animaliers vient du fait qu’il est, comme grand nombre de ses confrères compatriotes, un italien travaillant pour Disney.
" Monólogo significa el mono que habla solo." Ramón Gómez de la Serna dans ses Greguerías.
-
heijingling
- Maître Spiroutiste

- Messages : 1747
- Enregistré le : ven. 13 déc. 2019 13:46
Re: Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...
Numéro 4599 du 03/06/2026
Quand Gaston n’est pas là, les sommaires reviennent dans la danse: https://spirou.com/fin-de-la-piste-pour ... gremillet/
L’actualité de Spirou ayant été chargée ces derniers temps, Les sœurs Grémillet n’ont pas eu l’honneur de la couverture du journal pour leur retour, elle l’ont pour le final de Le jeu des masques, et le dessin de Alessandro Barbucci arrive à point nommé pour illustrer un des attraits de cette série : elles vivent dans une ville qu’on a vue chimérique, et sont dans une temporalité qui l’est tout autant, comme le montrent la carte de France et les planches anatomiques surranées visibles sur le mur, et qu’il s’agisse de vieux matériel de classe entreposé dans les sous-sols de leur école ajoute au fait que les sœurs cherchent à connaitre tant le passé que le présent. Ce jeu des masques se termine avec chaque sœur trouvant sa propre personnalité derrière les apparences qu’elles s’imposent ou se croient obligées de s’imposer, selon les circonstances, cela par une enquête sous forme de jeu de piste, qui est la forme que prennent les « missions » des sœurs Grémillet dans la plupart des épisodes, et cette fois-ci la mission consistait à découvrir que signifiaient et qui était à l’origine d’origamis géants disséminés dans la ville, origamis qui renvoient aux sculptures géantes de Claes Oldenburg et surtout aux réflexions de Duchamp sur le statut et la place de l’oeuvre d’art : dans le cadre de cette bande dessinée, Giovanni Di Gregorio et Alessandro Barbucci convainquent bien plus aisément du statut d’oeuvre d’art de ces origamis que ceux, solides et placés, dans la réalité, sur une des plages de Shenzhen en Chine, qui sont une des choses les plus laides que l’art pour le peuple ait produites
. Néanmoins, Alessandro Barbucci a beau jeu de prendre, dans la rubrique Dans la tête de qui lui est consacrée, une posture populiste en se gaussant des « artisssstes » chichiteux, disant pouvoir, lui, dessiner n’importe où avec n’importe quoi, car il doit tout de même garder une unité visuelle et pour cela disposer d’une gamme de traits, de mises en scènes et de coloris, ce qui le rapproche de ces artistes vétilleux qu’ils décrie, et les référents qui irriguent son œuvre, en particulier le dessin disneyen qu’il qualife de séduisant et qu’il dit essayer de « désapprendre »,sont eux aussi des outils spécifiques dont il a besoin, comme les dessinateurs qui ont une « marque d’encre préférée, un papier à dessin fétiche-dont-je-possède-les-dernières-feuilles ». Enfin, pour ceux qui seraient intéressés par Le dit du Genji, l’oeuvre qui sous-tend cette histoire des sœurs Grémillet sur les rencontres, je signale qu’il en existe une version écourtée illustrée par Amano Yoshitaka, artiste à la croisée des arts populaires, industriels et commerciaux, comme la BD, et dont le style est lui aussi, comme celui de Barbucci, hybride, le sien mélant Art nouveau, pré-raphaélisme, orientalisme et autres. Les sœurs sont enfin encore présente dans la double pages de Jeux de Thomas Priou pour un coloriage géant, à hauteur des origamis de l’histoire.
Fin également de Perdus à la rédac, sous la forme habituelle de planches de BD après deux semaines de gags dans les marges ou débordant dans des rubriques ou d’autres séries, avec une ultime tentative de rencontre en marges entre Frédule et Flicorne et les sœurs Grémillet orchestrée par Spoirou et Sti. Les efforts des deux enfants pour sauver les auteurs de Spirou retenus contre leur gré à la rédaction incluent une intervention musclée d’une unité policière d’élite envers la force brute de laquelle Lisa Mandel et Pochep n’ont visiblement pas la fascination que peuvent avoir Trump, Poutine ou Xi Jinping, et, bien plus plaisamment, une visite de recoins de la rédaction dont un grenier où sont entreposées de vieilles séries têtes de turcs des Hauts de pages de Conrad et Yann dans le journal à l'orée des années 1980 (et une série récente d’auteurs actuels à succès…), une case pertinente par ce qu'elle dit avec une loge où Spirou revêt sont costume rouge comme un artiste de cirque ou de music-hall, ou encore la grotte cocon de livres de Gaston (1972), l’une des cases les plus reproduites de la BD franco-belge, l’équivalent qu’est celle d’Epoxy (1968) de Paul Cuvelier pour la BD érotique (cf. PolyEpoxy, présenté par Bernard Joubert).
Suite de Starlight, le chapitre se focalisant sur Cyrius et Chantilly dans un nouvel avatar de duo comique, dans la lignée de Laurel et Hardy ou Blutch et Chesterfield, Cyrius étant le jeune chien fou-Auguste et Chantilly tentant de le calmer-le clown blanc. Je constate, sans en tirer de conclusions, que le style de Philippe Cardona utilise de nombreuses techniques narratives issues des mangas et, par coïncidence, les duos comiques japonais sont appelés manzai, le caractère man- du mot étant celui de manga. Par ailleurs lorsque ses personnages parlent hors champs, Cardona accole leur tête stylisée à leur phylactère pour savoir qui parle, méthode similaire à celle de la première adaptation de Petzi en français par Casterman fin des années 50. Impressionnantes réflexivités géographiques et temporelles. Suite de Si je t’écris…, cette chronique intime de Vincent Zabus et Denis Bodart, celui-ci traduisant graphiquement les émotions des personnages avec des contrastes nuancés, entre les différentes luminosités, obscurcies, tamisées ou crues, les cadrages très resserés ou élargis, le trait plus croquis pour rendre un marché provencal ou précis lorsqu’il s’agit de rendre le regard perdu et attristé du père, contraste aussi entre le père qui perd pied au niveau émotionnel, qui se répercute sur le matériel, et le fils qui mèlant jouets, fantastique (une soi-disant sorcière) et supersitions, tout ce que des adultes à la rationalité mal comprise et mal placée désaprouveraient, cherche lui à se sortir de son désarroi. En note, je ne vois pas bien la différence que peuvent signifier les indications "scénario de Giovanni di Gregorio avec la collaboration d'Alesandro Barbucci" et "scénario Vincent Zabus - Scénario et dessin Denis Bodard" (outre que contractuelles peut-être).
Dans les gags en une page et strips, Théo Grosjean et Mallo inversent les propositons : alors qu’Elliot et son ami Hari regardent l’univers à travers leurs propres problèmes, c’est leur copain complotiste Aymeric qui les recadre (d’une perspective complotiste, certes). Les Fabrice piquent un vieux truc de Gaston Lagaffe pour ne pas travailler, la passion de celui-ci en moins (n’auraient-ils donc aucune qualité?). Moog et Bernstein proposent dans Willy Woob une vision totalement décalée d’objets matériels, inertes, en leur appliquant des mouvements incongrus, dans la lignée du Gaston de Franquin. Approche graphique aussi pour Manu Boisteau et Paul Martin avec dans Titan inc. des cases vues comme à travers des jumelles ou une grande case représentant les différents va-et-vient du navire sur une carte. Jonathan Munoz et Anne-Claire Thibault-Jouvray reprennent dans L’épée de bois le gag du lapin tueur, Aude Picault et Lewis Trondheim situent si précisemment leur chat de gouttière à Paris qu’on pourrait repérer sa position par rapport aux monuments que l’on voit sur la planche et Dab’s revient dans la Leçon de BD avec son attachant personnage avatar de Crash Tex.
Dans Kid Paddle, Midam, Dairin, Patelin et Angèle font une référence à une célèbre entreprise de meubles et nourriture (la même que dans Willy Woob) en détournant son nom, gag classique qui reste compréhensible si l’entreprise disparait des mémoires. En revanche, la série télé sur des concepts à la mode dans Huguette et Croquette de Théoschu risque de devenir difficilement compréhensible lorsque ces concepts auront subi le destin du autrefois omniprésent phlogistique (qui s’en souvient, hormis les historiens des sciences?) . Dans le même ordre d’idées, une page de pub pour Terminax conquis, dont des histoires étaient parues dans Spirou, mais sort pourtant chez Dargaud, rend relativement artificielle la référence traditionnelle aux « éditions de la concurrence » que l’on retrouve encore dans le journal, comme cette semaine dans En direct du futur. Comme Gaston Lagaffe, Spirou classique ou Buck Danny classique, qui sont figés dans une époque qui n’existe plus alors que les personnages avaient été créés en prise avec leur époque. Dommage que Terminax conquis n’ait finalement pas poursuivi sa publication dans Spirou, le dessin de Dara Nabati y utilise, à l’instar de Massimo Mattioli dans Joe Galaxy
, Lewis Trondheim dans Alieen, ou une pochette de feutres de Staedler
un assemblage simple de formes plastiques pour créer des ET au fort pouvoir comique.
Enfin, le gag de Les filles de Nob montre Dad qui a du mal à couper le cordon et utilise son portable pour garder de force un lien avec Panda, dans une belle illustration de ce qu’est la technique moderne que Heidegger qualifiait d’arraisonnement, « ainsi appelons-nous le rassemblant de cette interpellation (Stellen) qui requiert l'homme ...Ainsi appelons-nous le mode de dévoilement qui régit l'essence de la technique moderne ». Dad, comme nous toustes, est requis, arraisonné par le portable omniprésent qui le force à se dévoiler : « Il reste vrai toutefois que l'homme de l'âge technique est pro-voqué au dévoilement d'une manière qui est particulièrement frappante. » (je m’amuse de cette incongruïté que peut paraître l’application d’Heidegger à Dad poussé par Heidegger qui note, dans ce passage même de « La question de la technique », « cette bizarrerie est un vieil usage de la pensée ».
Quand Gaston n’est pas là, les sommaires reviennent dans la danse: https://spirou.com/fin-de-la-piste-pour ... gremillet/
L’actualité de Spirou ayant été chargée ces derniers temps, Les sœurs Grémillet n’ont pas eu l’honneur de la couverture du journal pour leur retour, elle l’ont pour le final de Le jeu des masques, et le dessin de Alessandro Barbucci arrive à point nommé pour illustrer un des attraits de cette série : elles vivent dans une ville qu’on a vue chimérique, et sont dans une temporalité qui l’est tout autant, comme le montrent la carte de France et les planches anatomiques surranées visibles sur le mur, et qu’il s’agisse de vieux matériel de classe entreposé dans les sous-sols de leur école ajoute au fait que les sœurs cherchent à connaitre tant le passé que le présent. Ce jeu des masques se termine avec chaque sœur trouvant sa propre personnalité derrière les apparences qu’elles s’imposent ou se croient obligées de s’imposer, selon les circonstances, cela par une enquête sous forme de jeu de piste, qui est la forme que prennent les « missions » des sœurs Grémillet dans la plupart des épisodes, et cette fois-ci la mission consistait à découvrir que signifiaient et qui était à l’origine d’origamis géants disséminés dans la ville, origamis qui renvoient aux sculptures géantes de Claes Oldenburg et surtout aux réflexions de Duchamp sur le statut et la place de l’oeuvre d’art : dans le cadre de cette bande dessinée, Giovanni Di Gregorio et Alessandro Barbucci convainquent bien plus aisément du statut d’oeuvre d’art de ces origamis que ceux, solides et placés, dans la réalité, sur une des plages de Shenzhen en Chine, qui sont une des choses les plus laides que l’art pour le peuple ait produites
Fin également de Perdus à la rédac, sous la forme habituelle de planches de BD après deux semaines de gags dans les marges ou débordant dans des rubriques ou d’autres séries, avec une ultime tentative de rencontre en marges entre Frédule et Flicorne et les sœurs Grémillet orchestrée par Spoirou et Sti. Les efforts des deux enfants pour sauver les auteurs de Spirou retenus contre leur gré à la rédaction incluent une intervention musclée d’une unité policière d’élite envers la force brute de laquelle Lisa Mandel et Pochep n’ont visiblement pas la fascination que peuvent avoir Trump, Poutine ou Xi Jinping, et, bien plus plaisamment, une visite de recoins de la rédaction dont un grenier où sont entreposées de vieilles séries têtes de turcs des Hauts de pages de Conrad et Yann dans le journal à l'orée des années 1980 (et une série récente d’auteurs actuels à succès…), une case pertinente par ce qu'elle dit avec une loge où Spirou revêt sont costume rouge comme un artiste de cirque ou de music-hall, ou encore la grotte cocon de livres de Gaston (1972), l’une des cases les plus reproduites de la BD franco-belge, l’équivalent qu’est celle d’Epoxy (1968) de Paul Cuvelier pour la BD érotique (cf. PolyEpoxy, présenté par Bernard Joubert).
Suite de Starlight, le chapitre se focalisant sur Cyrius et Chantilly dans un nouvel avatar de duo comique, dans la lignée de Laurel et Hardy ou Blutch et Chesterfield, Cyrius étant le jeune chien fou-Auguste et Chantilly tentant de le calmer-le clown blanc. Je constate, sans en tirer de conclusions, que le style de Philippe Cardona utilise de nombreuses techniques narratives issues des mangas et, par coïncidence, les duos comiques japonais sont appelés manzai, le caractère man- du mot étant celui de manga. Par ailleurs lorsque ses personnages parlent hors champs, Cardona accole leur tête stylisée à leur phylactère pour savoir qui parle, méthode similaire à celle de la première adaptation de Petzi en français par Casterman fin des années 50. Impressionnantes réflexivités géographiques et temporelles. Suite de Si je t’écris…, cette chronique intime de Vincent Zabus et Denis Bodart, celui-ci traduisant graphiquement les émotions des personnages avec des contrastes nuancés, entre les différentes luminosités, obscurcies, tamisées ou crues, les cadrages très resserés ou élargis, le trait plus croquis pour rendre un marché provencal ou précis lorsqu’il s’agit de rendre le regard perdu et attristé du père, contraste aussi entre le père qui perd pied au niveau émotionnel, qui se répercute sur le matériel, et le fils qui mèlant jouets, fantastique (une soi-disant sorcière) et supersitions, tout ce que des adultes à la rationalité mal comprise et mal placée désaprouveraient, cherche lui à se sortir de son désarroi. En note, je ne vois pas bien la différence que peuvent signifier les indications "scénario de Giovanni di Gregorio avec la collaboration d'Alesandro Barbucci" et "scénario Vincent Zabus - Scénario et dessin Denis Bodard" (outre que contractuelles peut-être).
Dans les gags en une page et strips, Théo Grosjean et Mallo inversent les propositons : alors qu’Elliot et son ami Hari regardent l’univers à travers leurs propres problèmes, c’est leur copain complotiste Aymeric qui les recadre (d’une perspective complotiste, certes). Les Fabrice piquent un vieux truc de Gaston Lagaffe pour ne pas travailler, la passion de celui-ci en moins (n’auraient-ils donc aucune qualité?). Moog et Bernstein proposent dans Willy Woob une vision totalement décalée d’objets matériels, inertes, en leur appliquant des mouvements incongrus, dans la lignée du Gaston de Franquin. Approche graphique aussi pour Manu Boisteau et Paul Martin avec dans Titan inc. des cases vues comme à travers des jumelles ou une grande case représentant les différents va-et-vient du navire sur une carte. Jonathan Munoz et Anne-Claire Thibault-Jouvray reprennent dans L’épée de bois le gag du lapin tueur, Aude Picault et Lewis Trondheim situent si précisemment leur chat de gouttière à Paris qu’on pourrait repérer sa position par rapport aux monuments que l’on voit sur la planche et Dab’s revient dans la Leçon de BD avec son attachant personnage avatar de Crash Tex.
Dans Kid Paddle, Midam, Dairin, Patelin et Angèle font une référence à une célèbre entreprise de meubles et nourriture (la même que dans Willy Woob) en détournant son nom, gag classique qui reste compréhensible si l’entreprise disparait des mémoires. En revanche, la série télé sur des concepts à la mode dans Huguette et Croquette de Théoschu risque de devenir difficilement compréhensible lorsque ces concepts auront subi le destin du autrefois omniprésent phlogistique (qui s’en souvient, hormis les historiens des sciences?) . Dans le même ordre d’idées, une page de pub pour Terminax conquis, dont des histoires étaient parues dans Spirou, mais sort pourtant chez Dargaud, rend relativement artificielle la référence traditionnelle aux « éditions de la concurrence » que l’on retrouve encore dans le journal, comme cette semaine dans En direct du futur. Comme Gaston Lagaffe, Spirou classique ou Buck Danny classique, qui sont figés dans une époque qui n’existe plus alors que les personnages avaient été créés en prise avec leur époque. Dommage que Terminax conquis n’ait finalement pas poursuivi sa publication dans Spirou, le dessin de Dara Nabati y utilise, à l’instar de Massimo Mattioli dans Joe Galaxy
Enfin, le gag de Les filles de Nob montre Dad qui a du mal à couper le cordon et utilise son portable pour garder de force un lien avec Panda, dans une belle illustration de ce qu’est la technique moderne que Heidegger qualifiait d’arraisonnement, « ainsi appelons-nous le rassemblant de cette interpellation (Stellen) qui requiert l'homme ...Ainsi appelons-nous le mode de dévoilement qui régit l'essence de la technique moderne ». Dad, comme nous toustes, est requis, arraisonné par le portable omniprésent qui le force à se dévoiler : « Il reste vrai toutefois que l'homme de l'âge technique est pro-voqué au dévoilement d'une manière qui est particulièrement frappante. » (je m’amuse de cette incongruïté que peut paraître l’application d’Heidegger à Dad poussé par Heidegger qui note, dans ce passage même de « La question de la technique », « cette bizarrerie est un vieil usage de la pensée ».
" Monólogo significa el mono que habla solo." Ramón Gómez de la Serna dans ses Greguerías.
-
heijingling
- Maître Spiroutiste

- Messages : 1747
- Enregistré le : ven. 13 déc. 2019 13:46
Re: Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...
Numéro 4600 du 10/06/2026
Ici un aperçu du numéro: https://spirou.com/vive-le-foot/
Le précédent Spirou consacré à un évènement sportif a été celui sur les jeux olympiques, justifié (s’il en avait été besoin) par leur tenue en France, Spirou étant un journal essentiellement franco-belge, jeux jugés suffisament importants pour que la rédaction leur consacre non un mais deux numéros spéciaux (4490 et 4502). Il ne semble pas y avoir de raisons particulières à ce spécial coupe du monde de foot, hormis une tradition, non systématique, remontant à une trentaine d’années, par contre il est un prétexte à une mise en avant de cette franco-belgitude. Ce n’est pas sa seule caractéristique, et une comparaison avec de précédents spéciaux foot vont se montrer révélatrices. Si Spirou a eu dès ses premières années, alors que la famille Dupuis voulait un journal espiègle mais aussi sain et éducatif, plusieurs rubriques sportives, dont une, rédigée par Jean Corhumel, a duré jusqu’en 1968, pour disparaître cette année où la jeunesse revendiquait d’autres valeurs, par la suite, sauf erreur, hormis les spéciaux JO cités, les Spirou spécial sport l’ont pratiquement tous été sur le foot, le premier en 1978, rares jusqu’en 1998, puis presque systématiques depuis.
Les rubriques sportives des années 30 à 60 étaient sérieuses mais depuis, Spirou oblige, l’approche est humoristique, et la couverture de Mab, ainsi que son histoire (très) courte, montrent l’angle choisi pour ce spécial: un spécial foot inclusif, qui prend aussi en compte ceux qui n’aiment pas ce sport. C’avait déjà été l’attaque du 3141 en 1998, sous Thierry Tinlot, avec le slogan de couverture « La coupe du monde ? Tout le monde s’en foot ! », mais elle est ici plus affinée, déclinée en de multiples versions par la plupart des auteurices du numéro (et en y ajoutant le slogan « Déjà marre du foot ? Lisez Spirou ! », accompagné d’une opération publicitaire avec un code promo à découvrir (jeu saboté par les Fabrice, comme il se doit) pour profiter d’un abonnement à tarif réduit.
Première constatation, la couverture de Mab, comme les histoires, témoignent que le foot n’est pas réservé qu’aux hommes, et de ce point de vue, Spirou est depuis belle lurette bien moins machiste que les instances officielles du foot (pour un historique, voir Le match du siècle, de Julie Billault et Seb Picquet, Dupuis, 2026). Dans la couverture comme dans son histoire, « Match nul ! », Mab inverse d’ailleurs le cliché en présentant le père de famille comme le seul réfractaire au foot. Mab qui pour l’occasion utilise son style croquis, proche, peut-on imaginer, de son activité de storyboarder, différent de celui de ses éphémères Térence et Bud dans Spirou, des ET du même univers graphique que ceux de Terminax conquis et autres, vus la semaine précédente.
Dans les séries de gags habituels, beaucoup se sont pliés au jeu du "Spirou pour ceux qui n'aiment pas le foot" : Nob n’a pas fait jouer la sportive Roxanne mais Ondine, qui ne comprend rien au jeu. Dans Huguette et Croquette, Théoschu rappelle qu’avec un montage habile, pas besoin d’IA pour faire paraître des vieux quasi impotents comme des joueurs de haut niveau, dans Working dead les zombies se font prévisiblement écraser dans un match inter start-up, parce qu’ils n’utilisent pas leurs ressources in-humaines, et dans Titan inc., toujours allégorique, Manu Boisteau et Paul Martin montrent les buts sur un iceberg insurmontable. Dans L’épée de bois, Jonathan Munoz et Anne-Claire Thibaut-Jouvray imaginent une médiévale fantastique et délectablement bien tordue origine au foot. Fidèles à eux-mêmes, Nelson imite les joueurs simulant une douleur pour obtenir un gain, Bernstein et Moog détournent dans Willy Woob, avec humour charmant et naïveté pertinente, la panoplie gestuelle et verbale des supporters, souligant la polysémie du verbe supporter (et je rajoute, sur ce thème, qu’il n’est pas étonnant que, bien que les supporters soutiennent une équipe, on ait choisi en français de les qualifier de l’anglicisme supporters plutôt que de souteneurs, cela aurait trop explicitement souligné la proximités des joueurs vendus aux plus offrants avec le soi-disant plus vieux métier du monde...), et les Fabrice tentent d’initier un collégien à la pétanque, qui remonterait aux grottes de Lascaux (ce qui en ferait le plus vieux jeu du monde…). Manoir à louer, Elliot, Boulette, Kid Paddle et Game over sont absents du numéro (prévisible pour certains, moins pour d’autres), absence compensée, en particulier pour Boulette, par le désormais occasionnel (au sens propre) Crapule de Jean-Luc Deglin, et par Romain Dutreix et Dab’s qui mettent en scène leur avatar dessiné sur le thème, comme les Fabrice, de BD pour ceux qui n’aiment pas le foot : dans Pandémie de foot, Dab’s en devient obsessionnel, et dans La leçon de football, Dutreix reprend son personnage forcé de faire des choses contre son gré et en est terriblement (mais très drôlement) maltraité. Les deux planches de Dutreix et celles des Fabrice ont en commun d’être séparées et réparties dans le numéro, ce qui, ajouté au fait que les histoires complètes ne dépassent plus qu’exceptionnellement 4 pages, alors que jusqu’au début des années 2000 elles dépassaient encore souvent 6 pages, à la multiplications des strips, et aux longs chapitres des histoires (à suivre), fait que Spirou ressemble de plus en plus à un avatar de papier d’un smartphone. La crise de la presse fait que, alors que Spirou initiait les tendances (les mini-récits précurseurs des micro écrans des smartphones), il doit maintenant les suivre.
Si la réduction drastique du nombre de pages des histoires complètes ne permet pas la reprise du légendaire Allez Champignac ! de Nic Broca (et, dit la légende, Alain de Kuiyssche), Spirou et Fantasio sont tout de même présents dans ce numéro sur scénario de Beka et dessin et couleur de David Etien dans une histoire résumé de l’univers du groom, du dessin, proche des débuts de Fournier dans la série, quand il devait s’approcher de celui de Franquin, à l’histoire, basiquement intitulée Champignac et réunissant le quintet. À moins qu’il ne s’agisse de pages spin-off de la série Champignac, de Beka et Etien, montrant celui-ci vieux, en son château, dont l’acquisition duquel, et accompagné de personnages secondaires, ses amis Spirou et Fantasio, ainsi que Spip et le Marsupilami, dont la rencontre avec lesquels, nous seront narrés ultérieurement ? Vertigineuse mise en abîme, qui me pousse à une syntaxe casse-gueule…
Dans La pause cartoon, Lécroart utilise, comme il sait bien le faire, des contes et légendes dans sa Fifiche du Proprofesseur (ici les 7 nains pour une équipe de foot), Berth lui sa technique de méler deux univers proches (ici deux sports) pour une confrontation absurde, Dino la logique particulière de Tash et Trash pour un foot en solo. Bercovici, Bernstein et Dominique Thomas introduisent un coach de foot aussi peu compétent et avec aussi peu de scrupules que celui qu’ils faisaient sévir dans le journal et la rédaction il y a quelques années, Olivier Saive présente un Tuto pour dessiner un ballon et, avec Sti, un Fantasio reporter interwievant des supporters. Le numéro 3972 en 2014 était en deux parties tête-bêche, opposant les diables rouges belges aux bleux français, et Sti, dans les marges du numéro actuel, reprend cette opposition, faisant se rencontrer les personnages selon la nationalité de leur auteur et jouant sur les différences entre le français de France et celui de Belgique (dans Spirou, on s'instruit en marges...).
Finalement, seule l’histoire Family life de Jacques Louis met en scène des supporters de foot sans le décalage volontaire ou l’ironie présents dans les autres histoires, mais avec son humour mordant balancé par sa sensibilité habituels.
Si le traitement par l’humour peut sembler évident de la part du journal de Spirou, ce ne fut pas toujours le cas, et pour ses deux premiers numéros consacrés au foot, Spirou n’avait pas encore trouvé ses marques : le premier, le 2094 en 1978, sous Alain De Kuyssche, avait une seule histoire sur le sujet ( 8 pages de Génial Olivier de Devos) mais surtout présentait une photo en couverture (fait rare, qui était surtout la spécialité de Tintin), et publiait une page directement politique, nécessaire vu le contexte, d’André Pautard, grand reporter à L’Express, « Qu’est-ce qui se passe en Argentine ? ». Le suivant, le Spirou N° 2305 en 1982, se contentait d’offrir un poster sur le sujet, mais quel poster, qui reproduisait les superbes affiches de la coupe du monde élaborés par nombre d’artistes contemporains https://phenix-united.com/affiches-coupe-du-monde-82/ . Ces premiers numéros se détachaient de la tradition de Spirou, peut-être est-ce pour cette raison entre autres qu’il y a eu un hiatus dans les spéciaux foot pendant quelques années avant qu’ils ne soient vraiment repris en 1998 (le 2721 en 1990 s’étant contenté d’une couverture de Janry et Stuf « Vive le mondiale »).
Le poster de cette semaine, de Thomas Priou, représente classiquement nombre des personnages du journal en joueurs et supporters. Avec les dessins des marges de Sti et les Jeux de Baba, Tartuff et Lapuss’, c’est donc l’ensemble des personnages qui sont convoqués pour cette coupe du monde, on peut donc comprendre la réticence de certains d’entre eux, et le thème Marre du foot de ce numéro.
Pour le reste, dans les (à suivre), le duo comique Cyrius-Chantilly et leur humour de réparties et mimiques se poursuit, mais, si Starlight n’est pas, comme l'est Louca, basé sur les mangas de compétition, le dépassement de soi qui en est le but est tout de même essentiel dans ce chapitre, avec le mot « volonté » qui apparaît 5 fois en 5 pages, chapitre qui se termine par un grandiloquent qui flirte avec le ridicule (c’est la règle de ce genre de BD) « On va montrer à toute cette planète ce que c’est, de la volonté ! ». Suite de Si je t’écris, et les tensions latentes, dues aux non dits de chacun (des adultes surtout) éclatent et se télescopent, et la tempête qui éclate à ce moment exacerbe cela, dans un procédé scénaristique classique mais magnifié par le dessin de Denis Bodart, avec des cadrages symboliquement très découpés et de grandes cases nocturnes sous la pluie monochromes, en nuances monochromes impressionistes.
Ici un aperçu du numéro: https://spirou.com/vive-le-foot/
Le précédent Spirou consacré à un évènement sportif a été celui sur les jeux olympiques, justifié (s’il en avait été besoin) par leur tenue en France, Spirou étant un journal essentiellement franco-belge, jeux jugés suffisament importants pour que la rédaction leur consacre non un mais deux numéros spéciaux (4490 et 4502). Il ne semble pas y avoir de raisons particulières à ce spécial coupe du monde de foot, hormis une tradition, non systématique, remontant à une trentaine d’années, par contre il est un prétexte à une mise en avant de cette franco-belgitude. Ce n’est pas sa seule caractéristique, et une comparaison avec de précédents spéciaux foot vont se montrer révélatrices. Si Spirou a eu dès ses premières années, alors que la famille Dupuis voulait un journal espiègle mais aussi sain et éducatif, plusieurs rubriques sportives, dont une, rédigée par Jean Corhumel, a duré jusqu’en 1968, pour disparaître cette année où la jeunesse revendiquait d’autres valeurs, par la suite, sauf erreur, hormis les spéciaux JO cités, les Spirou spécial sport l’ont pratiquement tous été sur le foot, le premier en 1978, rares jusqu’en 1998, puis presque systématiques depuis.
Les rubriques sportives des années 30 à 60 étaient sérieuses mais depuis, Spirou oblige, l’approche est humoristique, et la couverture de Mab, ainsi que son histoire (très) courte, montrent l’angle choisi pour ce spécial: un spécial foot inclusif, qui prend aussi en compte ceux qui n’aiment pas ce sport. C’avait déjà été l’attaque du 3141 en 1998, sous Thierry Tinlot, avec le slogan de couverture « La coupe du monde ? Tout le monde s’en foot ! », mais elle est ici plus affinée, déclinée en de multiples versions par la plupart des auteurices du numéro (et en y ajoutant le slogan « Déjà marre du foot ? Lisez Spirou ! », accompagné d’une opération publicitaire avec un code promo à découvrir (jeu saboté par les Fabrice, comme il se doit) pour profiter d’un abonnement à tarif réduit.
Première constatation, la couverture de Mab, comme les histoires, témoignent que le foot n’est pas réservé qu’aux hommes, et de ce point de vue, Spirou est depuis belle lurette bien moins machiste que les instances officielles du foot (pour un historique, voir Le match du siècle, de Julie Billault et Seb Picquet, Dupuis, 2026). Dans la couverture comme dans son histoire, « Match nul ! », Mab inverse d’ailleurs le cliché en présentant le père de famille comme le seul réfractaire au foot. Mab qui pour l’occasion utilise son style croquis, proche, peut-on imaginer, de son activité de storyboarder, différent de celui de ses éphémères Térence et Bud dans Spirou, des ET du même univers graphique que ceux de Terminax conquis et autres, vus la semaine précédente.
Dans les séries de gags habituels, beaucoup se sont pliés au jeu du "Spirou pour ceux qui n'aiment pas le foot" : Nob n’a pas fait jouer la sportive Roxanne mais Ondine, qui ne comprend rien au jeu. Dans Huguette et Croquette, Théoschu rappelle qu’avec un montage habile, pas besoin d’IA pour faire paraître des vieux quasi impotents comme des joueurs de haut niveau, dans Working dead les zombies se font prévisiblement écraser dans un match inter start-up, parce qu’ils n’utilisent pas leurs ressources in-humaines, et dans Titan inc., toujours allégorique, Manu Boisteau et Paul Martin montrent les buts sur un iceberg insurmontable. Dans L’épée de bois, Jonathan Munoz et Anne-Claire Thibaut-Jouvray imaginent une médiévale fantastique et délectablement bien tordue origine au foot. Fidèles à eux-mêmes, Nelson imite les joueurs simulant une douleur pour obtenir un gain, Bernstein et Moog détournent dans Willy Woob, avec humour charmant et naïveté pertinente, la panoplie gestuelle et verbale des supporters, souligant la polysémie du verbe supporter (et je rajoute, sur ce thème, qu’il n’est pas étonnant que, bien que les supporters soutiennent une équipe, on ait choisi en français de les qualifier de l’anglicisme supporters plutôt que de souteneurs, cela aurait trop explicitement souligné la proximités des joueurs vendus aux plus offrants avec le soi-disant plus vieux métier du monde...), et les Fabrice tentent d’initier un collégien à la pétanque, qui remonterait aux grottes de Lascaux (ce qui en ferait le plus vieux jeu du monde…). Manoir à louer, Elliot, Boulette, Kid Paddle et Game over sont absents du numéro (prévisible pour certains, moins pour d’autres), absence compensée, en particulier pour Boulette, par le désormais occasionnel (au sens propre) Crapule de Jean-Luc Deglin, et par Romain Dutreix et Dab’s qui mettent en scène leur avatar dessiné sur le thème, comme les Fabrice, de BD pour ceux qui n’aiment pas le foot : dans Pandémie de foot, Dab’s en devient obsessionnel, et dans La leçon de football, Dutreix reprend son personnage forcé de faire des choses contre son gré et en est terriblement (mais très drôlement) maltraité. Les deux planches de Dutreix et celles des Fabrice ont en commun d’être séparées et réparties dans le numéro, ce qui, ajouté au fait que les histoires complètes ne dépassent plus qu’exceptionnellement 4 pages, alors que jusqu’au début des années 2000 elles dépassaient encore souvent 6 pages, à la multiplications des strips, et aux longs chapitres des histoires (à suivre), fait que Spirou ressemble de plus en plus à un avatar de papier d’un smartphone. La crise de la presse fait que, alors que Spirou initiait les tendances (les mini-récits précurseurs des micro écrans des smartphones), il doit maintenant les suivre.
Si la réduction drastique du nombre de pages des histoires complètes ne permet pas la reprise du légendaire Allez Champignac ! de Nic Broca (et, dit la légende, Alain de Kuiyssche), Spirou et Fantasio sont tout de même présents dans ce numéro sur scénario de Beka et dessin et couleur de David Etien dans une histoire résumé de l’univers du groom, du dessin, proche des débuts de Fournier dans la série, quand il devait s’approcher de celui de Franquin, à l’histoire, basiquement intitulée Champignac et réunissant le quintet. À moins qu’il ne s’agisse de pages spin-off de la série Champignac, de Beka et Etien, montrant celui-ci vieux, en son château, dont l’acquisition duquel, et accompagné de personnages secondaires, ses amis Spirou et Fantasio, ainsi que Spip et le Marsupilami, dont la rencontre avec lesquels, nous seront narrés ultérieurement ? Vertigineuse mise en abîme, qui me pousse à une syntaxe casse-gueule…
Dans La pause cartoon, Lécroart utilise, comme il sait bien le faire, des contes et légendes dans sa Fifiche du Proprofesseur (ici les 7 nains pour une équipe de foot), Berth lui sa technique de méler deux univers proches (ici deux sports) pour une confrontation absurde, Dino la logique particulière de Tash et Trash pour un foot en solo. Bercovici, Bernstein et Dominique Thomas introduisent un coach de foot aussi peu compétent et avec aussi peu de scrupules que celui qu’ils faisaient sévir dans le journal et la rédaction il y a quelques années, Olivier Saive présente un Tuto pour dessiner un ballon et, avec Sti, un Fantasio reporter interwievant des supporters. Le numéro 3972 en 2014 était en deux parties tête-bêche, opposant les diables rouges belges aux bleux français, et Sti, dans les marges du numéro actuel, reprend cette opposition, faisant se rencontrer les personnages selon la nationalité de leur auteur et jouant sur les différences entre le français de France et celui de Belgique (dans Spirou, on s'instruit en marges...).
Finalement, seule l’histoire Family life de Jacques Louis met en scène des supporters de foot sans le décalage volontaire ou l’ironie présents dans les autres histoires, mais avec son humour mordant balancé par sa sensibilité habituels.
Si le traitement par l’humour peut sembler évident de la part du journal de Spirou, ce ne fut pas toujours le cas, et pour ses deux premiers numéros consacrés au foot, Spirou n’avait pas encore trouvé ses marques : le premier, le 2094 en 1978, sous Alain De Kuyssche, avait une seule histoire sur le sujet ( 8 pages de Génial Olivier de Devos) mais surtout présentait une photo en couverture (fait rare, qui était surtout la spécialité de Tintin), et publiait une page directement politique, nécessaire vu le contexte, d’André Pautard, grand reporter à L’Express, « Qu’est-ce qui se passe en Argentine ? ». Le suivant, le Spirou N° 2305 en 1982, se contentait d’offrir un poster sur le sujet, mais quel poster, qui reproduisait les superbes affiches de la coupe du monde élaborés par nombre d’artistes contemporains https://phenix-united.com/affiches-coupe-du-monde-82/ . Ces premiers numéros se détachaient de la tradition de Spirou, peut-être est-ce pour cette raison entre autres qu’il y a eu un hiatus dans les spéciaux foot pendant quelques années avant qu’ils ne soient vraiment repris en 1998 (le 2721 en 1990 s’étant contenté d’une couverture de Janry et Stuf « Vive le mondiale »).
Le poster de cette semaine, de Thomas Priou, représente classiquement nombre des personnages du journal en joueurs et supporters. Avec les dessins des marges de Sti et les Jeux de Baba, Tartuff et Lapuss’, c’est donc l’ensemble des personnages qui sont convoqués pour cette coupe du monde, on peut donc comprendre la réticence de certains d’entre eux, et le thème Marre du foot de ce numéro.
Pour le reste, dans les (à suivre), le duo comique Cyrius-Chantilly et leur humour de réparties et mimiques se poursuit, mais, si Starlight n’est pas, comme l'est Louca, basé sur les mangas de compétition, le dépassement de soi qui en est le but est tout de même essentiel dans ce chapitre, avec le mot « volonté » qui apparaît 5 fois en 5 pages, chapitre qui se termine par un grandiloquent qui flirte avec le ridicule (c’est la règle de ce genre de BD) « On va montrer à toute cette planète ce que c’est, de la volonté ! ». Suite de Si je t’écris, et les tensions latentes, dues aux non dits de chacun (des adultes surtout) éclatent et se télescopent, et la tempête qui éclate à ce moment exacerbe cela, dans un procédé scénaristique classique mais magnifié par le dessin de Denis Bodart, avec des cadrages symboliquement très découpés et de grandes cases nocturnes sous la pluie monochromes, en nuances monochromes impressionistes.
" Monólogo significa el mono que habla solo." Ramón Gómez de la Serna dans ses Greguerías.


