Re: Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...
Posté : mer. 18 mars 2026 05:13
Numéro 4586 du 04/03/2026
Ici un aperçu du numéro: https://spirou.com/lucky-luke-fait-son- ... de-chemin/
Retour du Lucky Luke de Matthieu Bonhomme, introduit par le jeu de mots de Fantasio la semaine précédente pour lequel Spirou lui avait conseillé de prendre du repos et pourtant repris cette semaine en couverture. Selon le contexte, les niveaux d’exigence ne sont pas les mêmes. Le goût de Matthieu Bonhomme pour représenter ses personnages de face créé sur le dessin de couverture un heureux contraste entre le visage fermé de LL et la face échevelée de JJ. Pour son troisième LL, Matthieu Bonhomme reprend une caractéristique essentielle de celui de Morris et Goscinny, les histoires reférentielles, mais les siennes sont plus directes et concentrées, du titre La longue marche de LL au personnage de Jeremiah Johnson directement cité en passant par la scène de la forêt nordique abattue venue de Les ogres (Hiram Lowatt et Placido tome 2, par David B. et Christophe Blain) et le thé et le whisky Cramp en écho à la bière Zilch de Western circus. Cependant, alors que le flamboyant DD vantait comiquement sa propre bière de qualité inférieure, Cramp est pour le moment un inconnu tout puissant, ce qui double l’effet comique d’une ombre dramatique. Et faire se révéler LL « faillible et humain », comme le dit Matthieu Bonhomme dans la présentation, lorsqu’il doit faire face à un enfant turbulent est loin d’une révélation, Blutch l’a déjà montré dans Les indomptés, et plus basiquement, LL est désarçonné (au sens figuré) dès qu’il se trouve face à des problèmes familiaux (Ma Dalton, La guérison des Daltons), il n’est pas l’emblême des cavaliers solitaires pour rien. Une dernière remarque de l’auteur rejoint ce point bien plus sensible que la boutade le dissimule et ouvre des perspectives fécondes, à rapprocher de la multiplication ces dernières années des BD jeunesses (et adultes, plus dans la veine autobiographique) parlant de problèmes familiaux : «Devenir père a été un grand bouleversement pour moi. Je trouvais dommage que Lucky Luke passe à côté d’un bonheur pareil. La figure du héros solitaire est très européenne. Pour les Indiens, un grand guerrier doit avoir beaucoup d’enfants ! “. Dans je ne sais plus quel livre ou préface de roman sur la littérature chinoise ((Je devrais classer mes archives plus rigoureusement que ne le fait Gaston Lagaffe), un auteur faisait remarquer qu’alors que les romans d’amour traditionnels occidentaux (ainsi que les films) concernent le processus de séduction et s’achèvent avec le mariage (« ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants »), leurs équivalents chinois eux débutent avec le mariage et traitent des problèmes qui le suivent, les uns finissent là où les autres commencent. L’histoire commence avec un premier chapitre, sur neuf, il nous faudra donc attendre plus de deux mois pour connaître la fin de l’histoire, un délai insupportable pour la génération Amazon/Uber eats, mais un plaisir à savourer lentement pour les lecteurs de Spirou qui résistent encore et toujours au tout tout de suite et sont ainsi les Astérix du lectorat de BD. Sur autant de planches, Matthieu Bonhomme peut prendre son temps et la place qu’il veut, et il commence par une longue scène d’introduction silencieuse, mainte fois vue, où le héros arrive dans la petite ville du far-west. Le western étant probablement le genre le plus codifié, autant revendiquer cela et en faire son avantage : Matthieu Bonhomme profite de cette longue scène pour semer des indices de ce qui va être au coeur de l’histoire (la forêt dévastée).
Par un juste retour des choses dû à la qualité de la série, LL, qui s’est inscrit dans le western, l’une des rares mythologies modernes (même Spirou a été touché, comme le rappelle sa présence avec un chapeau noir dans les Jeux de Frédéric Antoine et Yohann Morin), est devenu lui-même mythique, et cela se voit par les références populaires qui en viennent et sont reprises dans ce numéro tant par les Fabrice dans L’édito (les Dalton) que par Sti dans La malédiction de la page treize (L’homme qui treize plus vite que son ombre) et le Freuby de Stella Lory et Marc Dubuisson (idem).
Début d’une série d’ambiance bleue reflets sur la neige, fin d’une série d’ambiance volcanique rouge et terreuse : Fin de Frnck, et, si celui-ci est bien le personnage principal de la série, comme en témoigne l’ultime scène de ce tome 11, avec un retournement de situation bien amené, les personnages secondaires ont une réelle importance, ne sont pas que des faire-valoir, au point d’avoir des scènes entières à eux dédiées et où Frnck n’apparait pas. D’ailleurs, dans son amusant Tuto dessiné, le dessinateur Brice Cossu dit que Mètre-cube est son personnage préféré de la série. Cet esprit d’équipe se retrouve dans la signature en dernière planche de l’histoire, Bocquet (scénario), Cossu (dessin), Guillo et Perdriset (couleurs) alors que ce dernier n’est pas indiqué en haut de page dans le magazine, bien que les couleurs soient un élément essentiel de cette série par le rôle narratif qu’elles jouent, en assurant des transitions entre des scènes, ce qui permet à ces transitions d’être scénaristiquement très éliptiques, comme ici celle où des personnages disparaissent dans le noir d’une grotte, auxquels succèdent d’autres bloqués par des fumées de lave en nuances de vert bouteille. Dans Seccotine, arrivée de Spirou, Fantasio, et surtout Spip dans une scène qui procure un nouvel indice fondamental, et donne de nouveau une longueur d’avance aux lecteurices sur les personnages passablement dépassés, tous perdus dans une forêt de Champignac plus redoutable que la jungle palombienne...Par contre, la façon dont Elric traite la gestuelle de Seccotine est très juste, quasi documentaire, d’une manière plus vue au cinéma qu’en BD, car les acteurices y ont leurs propre gestuelle qui peut être décalée et sans lien avec le scénario, ne pas servir l’histoire mais donner plus de réalité aux personnages, comme ici quand Seccotine se rattache les cheveux pendant qu’elle discute avec le comte de Champignac. Suite de Les boutiques fantastiques de la rue Fracastic, où les problèmes de classe et d’injustices sociales, concrètement marqués jusque dans un panneau indiquant « bidonville » qui détonne dans ce monde magique, où les habitats de pauvres ne sont pas faits de bidons récupérés de la société de consommation, les scénaristes auraient ici pu créer un de ces mots significatifs, crachien, crouspellette, zyeuton, dont elles ont le secret, s’imposent maintenant sur un personnage qui jusque là semblait dans le camp des privilégiés.
Suite également de la préparation de la rencontre annoncée la semaine précédente entre Willy Woob et Tash et Trash, ainsi que du tournoi de L’épée de bois après quatre semaines d’absence (mais le gag est une amusante variation d’un gag de Frantico sur ce que disent vraiment les oiseaux si mignons en apparence), et de Otaku où Rose et Timothée essaient toujours de trouver un moyen d’aller à leur convention de mangas, cette fois en tentant de se faire passer pour des ados. Comme souvent dans les séries de gags, c’est à travers une thématique qui revient ou un arc que l’univers et les personnages peuvent vraiment s’affirmer. Par contre, ce n’est que le septième gag de Boulette, et celui-ci est déjà absent de sa propre série, qui pourrait n’être qu’un prétexte pour qu’Aude Picault y dessine toute sorte de chats de gouttière, ce qui serait plus intéressant au final que les mésaventures d’un chaton naïf. De bons gags dans La pause cartoon sur la thématique de la loi et l’ordre dans Les Fifiches du Proprofesseur de Lécroart et Des gens et inversement de Berth, et du monde sous-marin évidemment dans Fish n chips de Tom, et dans Tash et Trash de Dino, un gag de Working dead sur l’absurdité des soi-disants valeurs proclamées par des entreprises qui sont en contradiction avec leur essence, et dans Les filles, de Nob, c’est au tour de la cadette, Bérénice (et non plus Bébérénice puisque Dad n’est plus là) de s’affirmer face à un caïd de maternelle.
Deux pages de publicités pour des séries jeunesse Dupuis, toujours des histoires familiales (chemin inverse de celui de Dad, dont la famille s’éclate) d’héroïnes dans un monde fantastique, ainsi que pour un jeu de société qui rappelle Zootopia. Dans Le courrier des lecteurs, Roger Leloup raconte une anecdote lui étant arrivée à Hong Kong. En voici une autre : Le dragon de HK est le seul Yoko Tsuno traduit en chinois que j’ai trouvé à HK il y a des années, mais ses rares lecteurices chinois, nourris, comme les Japonais, de séries à rallonge, bien qu’enthousiasmés par le début de l’histoire et admiratifs du dessin ont été surpris, déçus et frustrés que l’histoire se termine si vite. Réaction à rapporter aussi au goût pour les romans familiaux cité plus haut, puisqu’ils attendaient que la relation entre Yoko et Rosée du matin soit développée, ignorant la tradition des séries franco-belges d’histoires en un tome, des éléments pouvant resurgir par la suite.
Ici un aperçu du numéro: https://spirou.com/lucky-luke-fait-son- ... de-chemin/
Retour du Lucky Luke de Matthieu Bonhomme, introduit par le jeu de mots de Fantasio la semaine précédente pour lequel Spirou lui avait conseillé de prendre du repos et pourtant repris cette semaine en couverture. Selon le contexte, les niveaux d’exigence ne sont pas les mêmes. Le goût de Matthieu Bonhomme pour représenter ses personnages de face créé sur le dessin de couverture un heureux contraste entre le visage fermé de LL et la face échevelée de JJ. Pour son troisième LL, Matthieu Bonhomme reprend une caractéristique essentielle de celui de Morris et Goscinny, les histoires reférentielles, mais les siennes sont plus directes et concentrées, du titre La longue marche de LL au personnage de Jeremiah Johnson directement cité en passant par la scène de la forêt nordique abattue venue de Les ogres (Hiram Lowatt et Placido tome 2, par David B. et Christophe Blain) et le thé et le whisky Cramp en écho à la bière Zilch de Western circus. Cependant, alors que le flamboyant DD vantait comiquement sa propre bière de qualité inférieure, Cramp est pour le moment un inconnu tout puissant, ce qui double l’effet comique d’une ombre dramatique. Et faire se révéler LL « faillible et humain », comme le dit Matthieu Bonhomme dans la présentation, lorsqu’il doit faire face à un enfant turbulent est loin d’une révélation, Blutch l’a déjà montré dans Les indomptés, et plus basiquement, LL est désarçonné (au sens figuré) dès qu’il se trouve face à des problèmes familiaux (Ma Dalton, La guérison des Daltons), il n’est pas l’emblême des cavaliers solitaires pour rien. Une dernière remarque de l’auteur rejoint ce point bien plus sensible que la boutade le dissimule et ouvre des perspectives fécondes, à rapprocher de la multiplication ces dernières années des BD jeunesses (et adultes, plus dans la veine autobiographique) parlant de problèmes familiaux : «Devenir père a été un grand bouleversement pour moi. Je trouvais dommage que Lucky Luke passe à côté d’un bonheur pareil. La figure du héros solitaire est très européenne. Pour les Indiens, un grand guerrier doit avoir beaucoup d’enfants ! “. Dans je ne sais plus quel livre ou préface de roman sur la littérature chinoise ((Je devrais classer mes archives plus rigoureusement que ne le fait Gaston Lagaffe), un auteur faisait remarquer qu’alors que les romans d’amour traditionnels occidentaux (ainsi que les films) concernent le processus de séduction et s’achèvent avec le mariage (« ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants »), leurs équivalents chinois eux débutent avec le mariage et traitent des problèmes qui le suivent, les uns finissent là où les autres commencent. L’histoire commence avec un premier chapitre, sur neuf, il nous faudra donc attendre plus de deux mois pour connaître la fin de l’histoire, un délai insupportable pour la génération Amazon/Uber eats, mais un plaisir à savourer lentement pour les lecteurs de Spirou qui résistent encore et toujours au tout tout de suite et sont ainsi les Astérix du lectorat de BD. Sur autant de planches, Matthieu Bonhomme peut prendre son temps et la place qu’il veut, et il commence par une longue scène d’introduction silencieuse, mainte fois vue, où le héros arrive dans la petite ville du far-west. Le western étant probablement le genre le plus codifié, autant revendiquer cela et en faire son avantage : Matthieu Bonhomme profite de cette longue scène pour semer des indices de ce qui va être au coeur de l’histoire (la forêt dévastée).
Par un juste retour des choses dû à la qualité de la série, LL, qui s’est inscrit dans le western, l’une des rares mythologies modernes (même Spirou a été touché, comme le rappelle sa présence avec un chapeau noir dans les Jeux de Frédéric Antoine et Yohann Morin), est devenu lui-même mythique, et cela se voit par les références populaires qui en viennent et sont reprises dans ce numéro tant par les Fabrice dans L’édito (les Dalton) que par Sti dans La malédiction de la page treize (L’homme qui treize plus vite que son ombre) et le Freuby de Stella Lory et Marc Dubuisson (idem).
Début d’une série d’ambiance bleue reflets sur la neige, fin d’une série d’ambiance volcanique rouge et terreuse : Fin de Frnck, et, si celui-ci est bien le personnage principal de la série, comme en témoigne l’ultime scène de ce tome 11, avec un retournement de situation bien amené, les personnages secondaires ont une réelle importance, ne sont pas que des faire-valoir, au point d’avoir des scènes entières à eux dédiées et où Frnck n’apparait pas. D’ailleurs, dans son amusant Tuto dessiné, le dessinateur Brice Cossu dit que Mètre-cube est son personnage préféré de la série. Cet esprit d’équipe se retrouve dans la signature en dernière planche de l’histoire, Bocquet (scénario), Cossu (dessin), Guillo et Perdriset (couleurs) alors que ce dernier n’est pas indiqué en haut de page dans le magazine, bien que les couleurs soient un élément essentiel de cette série par le rôle narratif qu’elles jouent, en assurant des transitions entre des scènes, ce qui permet à ces transitions d’être scénaristiquement très éliptiques, comme ici celle où des personnages disparaissent dans le noir d’une grotte, auxquels succèdent d’autres bloqués par des fumées de lave en nuances de vert bouteille. Dans Seccotine, arrivée de Spirou, Fantasio, et surtout Spip dans une scène qui procure un nouvel indice fondamental, et donne de nouveau une longueur d’avance aux lecteurices sur les personnages passablement dépassés, tous perdus dans une forêt de Champignac plus redoutable que la jungle palombienne...Par contre, la façon dont Elric traite la gestuelle de Seccotine est très juste, quasi documentaire, d’une manière plus vue au cinéma qu’en BD, car les acteurices y ont leurs propre gestuelle qui peut être décalée et sans lien avec le scénario, ne pas servir l’histoire mais donner plus de réalité aux personnages, comme ici quand Seccotine se rattache les cheveux pendant qu’elle discute avec le comte de Champignac. Suite de Les boutiques fantastiques de la rue Fracastic, où les problèmes de classe et d’injustices sociales, concrètement marqués jusque dans un panneau indiquant « bidonville » qui détonne dans ce monde magique, où les habitats de pauvres ne sont pas faits de bidons récupérés de la société de consommation, les scénaristes auraient ici pu créer un de ces mots significatifs, crachien, crouspellette, zyeuton, dont elles ont le secret, s’imposent maintenant sur un personnage qui jusque là semblait dans le camp des privilégiés.
Suite également de la préparation de la rencontre annoncée la semaine précédente entre Willy Woob et Tash et Trash, ainsi que du tournoi de L’épée de bois après quatre semaines d’absence (mais le gag est une amusante variation d’un gag de Frantico sur ce que disent vraiment les oiseaux si mignons en apparence), et de Otaku où Rose et Timothée essaient toujours de trouver un moyen d’aller à leur convention de mangas, cette fois en tentant de se faire passer pour des ados. Comme souvent dans les séries de gags, c’est à travers une thématique qui revient ou un arc que l’univers et les personnages peuvent vraiment s’affirmer. Par contre, ce n’est que le septième gag de Boulette, et celui-ci est déjà absent de sa propre série, qui pourrait n’être qu’un prétexte pour qu’Aude Picault y dessine toute sorte de chats de gouttière, ce qui serait plus intéressant au final que les mésaventures d’un chaton naïf. De bons gags dans La pause cartoon sur la thématique de la loi et l’ordre dans Les Fifiches du Proprofesseur de Lécroart et Des gens et inversement de Berth, et du monde sous-marin évidemment dans Fish n chips de Tom, et dans Tash et Trash de Dino, un gag de Working dead sur l’absurdité des soi-disants valeurs proclamées par des entreprises qui sont en contradiction avec leur essence, et dans Les filles, de Nob, c’est au tour de la cadette, Bérénice (et non plus Bébérénice puisque Dad n’est plus là) de s’affirmer face à un caïd de maternelle.
Deux pages de publicités pour des séries jeunesse Dupuis, toujours des histoires familiales (chemin inverse de celui de Dad, dont la famille s’éclate) d’héroïnes dans un monde fantastique, ainsi que pour un jeu de société qui rappelle Zootopia. Dans Le courrier des lecteurs, Roger Leloup raconte une anecdote lui étant arrivée à Hong Kong. En voici une autre : Le dragon de HK est le seul Yoko Tsuno traduit en chinois que j’ai trouvé à HK il y a des années, mais ses rares lecteurices chinois, nourris, comme les Japonais, de séries à rallonge, bien qu’enthousiasmés par le début de l’histoire et admiratifs du dessin ont été surpris, déçus et frustrés que l’histoire se termine si vite. Réaction à rapporter aussi au goût pour les romans familiaux cité plus haut, puisqu’ils attendaient que la relation entre Yoko et Rosée du matin soit développée, ignorant la tradition des séries franco-belges d’histoires en un tome, des éléments pouvant resurgir par la suite.