Re: Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...
Posté : jeu. 12 mars 2026 16:38
Numéro 4585 du 25/02/2026
Ici un aperçu du numéro: https://spirou.com/nelson-presente-donjons-bouffons/
Le décor médiéval en couverture n’annonce pas une nouvelle série fantastique mais une histoire fantaisiste de Nelson et du chevalier Hubert. Et leur auteur Bertschy étant suisse, comme il le rappelle plusieurs fois dans l’entretien de présentation, il en faut peu pour ne pas voir dans les montagnes et l’eau entourant les personnages un paysage alpestre, son dessin informatique évoquant plus l’hygiène suisse que le Conan de Richard Corben ou Barry Windsor-Smith, les montagnes lissées et anguleuses des blocs de chocolat, le château une construction en Légo et le lac A bigger splash de Hockney. Bertschy joue de cela avec humour dans son portrait où il s’auto caricature avec un désordre propret de tous les clichés suisses s’échappant de son cerveau, revendiquant le kitsch avec ses tableaux composés de papiers dorés d’emballages de chocolat, ainsi que dans le Tuto dessiné qu’il propose d’Hubert par lui-même. On peut aussi voir tout cela, les milliers de strips de Nelson, variations sur un nombre très réduit de situations de base, ses pixels arts, la reproductibilité du dessin, comme un ensemble symbolique de l’informatique, la permutation infinie d’unités de base. Pour cette histoire médiévale en quatre page, Bertschy conserve la forme d’humour par strips, sauf en dernière page, et ceux-ci ne sont pour une fois pas numérotés.
Brice Cossu, Olivier Bocquet et Yoann Guillo jouent aussi avec habilité de leurs sources utilisées comme outils, comme dans ce chapitre de Frnck l’exagération des traits de vitesse, celle du sentimentalisme, l’humour faisant irruption dans l’action (« Tout cet amour, ça me donne la nausée » dit un personnage de baroudeur lorsque Frnck et ses proches s’enlacent après avoir échappé à la mort), récupérés des mangas (Tezuka en premier), les références à leur médium (« avec les ellipses de la BD, on devrait y être dans quelques pages maximum » dit Frnck), les actions parallèles montées en colonne sur une page avec une opposition de couleurs. À l’inverse dans Seccotine de Elric et Sophie Guerrive, le rythme est tout sauf trépidant : Seccotine mène son enquête sous la forme d’une promenade en forêt pendant trois pages avec pratiquement toujours le même cadrage. Par contre, étonnament, le maire de Champignac décide d’interdire la milice de chasseurs et l’entreprise Arthur nature, sous un prétexte peu crédible (elles améneraient la haine dans le paisible village), alors qu’elles n’avaient commis aucun trouble à l’ordre public et qu’aucune plainte n’avait été déposé contre elles. Et sans transition, incompréhensiblement (sauf à avoir une vision paranoïaque des relations sociales), suite à cet arrêté, le village se transforme en guerre des tranchées à la Schtroumpf vert et vert schtroumpf. Dans Les boutiques fantastiques de la rue Fracastic, nous rencontrons une impressionante créature végétale imaginée tant par les scénaristes Carbone et Sydélia Guirao (pour sa façon de parler) que la dessinatrice Hortense Pien, heureuse invention qui n’aurait pas déparé dans les meilleurs épisodes d’Isabelle de Will, Franquin et Delporte.
Dans les gags, les Fabrice dans L’édito sont victimes d’une de leurs propres gaffes, le dessinateur argentin Juanungo représente Paris avec une telle précision dans Manoir à louer qu’on pourrait identifier précisément où se trouvent les personnages, et retour subit du strip Mauvaises graines d’Anne-Perrine Couët (dessin) et Ami Inintéressant et Damien Cerq (scénario), dont une poignée de strips étaient parus il y a plusieurs mois. Les filles de Dad vieillissent (Roxanne est maintenant au collège) mais ne grandissent pas, Roxanne a toujours l’air d’avoir huit ans. L’écriture du vieillissement de personnages enfants ne pose pas de problème, par contre graphiquement il faut les faire grandir, et changer donc les proportions des personnages entre eux, ce qui bouleverserait la charte graphique de la série.
En marge Nelson fait un jeu de mots concernant la qualité de papier du journal envers Spouri et Fantasperge, tandis que dans En direct de la rédac, 3 infos 2 vraies 1 fausse est un spécial personnages de BD. Depuis que ce jeu de Bercovici et Bernstein est passé de la forme de BD à celui de questions illustrées, Bercovici, qui fut, depuis son arrivée dans Spirou à l’âge de 13 ans en 1976, il y a quarante ans cette année, célèbre pour être un des plus rapides et prolifiques dessinateurs du journal, au point d’avoir une fois dessiné toutes les séries d’un numéro à lui tout seul (le 3183 de 1999), n’y fait plus, depuis la fin des Femmes en blanc, puis du Coach, que des illustrations éparses. Et déjà la première version de 3 infos 2 vraies 1 fausse était sous forme de strips et pas de planche. Trois des rubriques qu’il illustre dorénavant, La Semaine prochaine, et alternativement dans En direct 3 infos , les tests (en sus de la Désastrologie) lui permettent de se consacrer à la caricature tant de personnages réels, dont beaucoup d’autres dessinateurs, que de personnages de BD, exercice qu’il a toujours apprécié, comme on le voyait dans Le coach, et déjà dans sa première série dans Spirou, Les grandes amours contrariées. Dans la même rubrique on apprend que Stella Lory est aussi obsédée par le Furby/Freuby que par le fromage, d’où sa présence intempestive dans En direct d’abord et maintenant sous L’édito, et par une carte postale de Nicolas Moog que le chien Kiki de Willy Woob aimerait rencontrer Tash et Trash, la rédaction indiquant qu’elle transmettra aux intéressés (à suivre donc). Willy Woob dans les strips duquel est reproduit un fan art. La tendance actuelle du magazine est bien de renforcer le contact avec les lecteurices, à tous niveaux, qui se double de contacts entre les auteurs (le secret Santa, les messages de Saint-Valentin, Dad's not dead, cette carte), et cela dans des animations se prolongeant sur plusieurs numéros, ce qui construit une communauté tangible, face aux communautés virtuelles des réseaux sociaux. On trouve à ce propos avec plaisir dans ce numéro le resultat du jeu concours de Noël, où il fallait identifier sur un grand dessin de Fabrice Erre pas moins de 27 auteurices du journal qui avaient participé au grand banquet de Noël.
Ici un aperçu du numéro: https://spirou.com/nelson-presente-donjons-bouffons/
Le décor médiéval en couverture n’annonce pas une nouvelle série fantastique mais une histoire fantaisiste de Nelson et du chevalier Hubert. Et leur auteur Bertschy étant suisse, comme il le rappelle plusieurs fois dans l’entretien de présentation, il en faut peu pour ne pas voir dans les montagnes et l’eau entourant les personnages un paysage alpestre, son dessin informatique évoquant plus l’hygiène suisse que le Conan de Richard Corben ou Barry Windsor-Smith, les montagnes lissées et anguleuses des blocs de chocolat, le château une construction en Légo et le lac A bigger splash de Hockney. Bertschy joue de cela avec humour dans son portrait où il s’auto caricature avec un désordre propret de tous les clichés suisses s’échappant de son cerveau, revendiquant le kitsch avec ses tableaux composés de papiers dorés d’emballages de chocolat, ainsi que dans le Tuto dessiné qu’il propose d’Hubert par lui-même. On peut aussi voir tout cela, les milliers de strips de Nelson, variations sur un nombre très réduit de situations de base, ses pixels arts, la reproductibilité du dessin, comme un ensemble symbolique de l’informatique, la permutation infinie d’unités de base. Pour cette histoire médiévale en quatre page, Bertschy conserve la forme d’humour par strips, sauf en dernière page, et ceux-ci ne sont pour une fois pas numérotés.
Brice Cossu, Olivier Bocquet et Yoann Guillo jouent aussi avec habilité de leurs sources utilisées comme outils, comme dans ce chapitre de Frnck l’exagération des traits de vitesse, celle du sentimentalisme, l’humour faisant irruption dans l’action (« Tout cet amour, ça me donne la nausée » dit un personnage de baroudeur lorsque Frnck et ses proches s’enlacent après avoir échappé à la mort), récupérés des mangas (Tezuka en premier), les références à leur médium (« avec les ellipses de la BD, on devrait y être dans quelques pages maximum » dit Frnck), les actions parallèles montées en colonne sur une page avec une opposition de couleurs. À l’inverse dans Seccotine de Elric et Sophie Guerrive, le rythme est tout sauf trépidant : Seccotine mène son enquête sous la forme d’une promenade en forêt pendant trois pages avec pratiquement toujours le même cadrage. Par contre, étonnament, le maire de Champignac décide d’interdire la milice de chasseurs et l’entreprise Arthur nature, sous un prétexte peu crédible (elles améneraient la haine dans le paisible village), alors qu’elles n’avaient commis aucun trouble à l’ordre public et qu’aucune plainte n’avait été déposé contre elles. Et sans transition, incompréhensiblement (sauf à avoir une vision paranoïaque des relations sociales), suite à cet arrêté, le village se transforme en guerre des tranchées à la Schtroumpf vert et vert schtroumpf. Dans Les boutiques fantastiques de la rue Fracastic, nous rencontrons une impressionante créature végétale imaginée tant par les scénaristes Carbone et Sydélia Guirao (pour sa façon de parler) que la dessinatrice Hortense Pien, heureuse invention qui n’aurait pas déparé dans les meilleurs épisodes d’Isabelle de Will, Franquin et Delporte.
Dans les gags, les Fabrice dans L’édito sont victimes d’une de leurs propres gaffes, le dessinateur argentin Juanungo représente Paris avec une telle précision dans Manoir à louer qu’on pourrait identifier précisément où se trouvent les personnages, et retour subit du strip Mauvaises graines d’Anne-Perrine Couët (dessin) et Ami Inintéressant et Damien Cerq (scénario), dont une poignée de strips étaient parus il y a plusieurs mois. Les filles de Dad vieillissent (Roxanne est maintenant au collège) mais ne grandissent pas, Roxanne a toujours l’air d’avoir huit ans. L’écriture du vieillissement de personnages enfants ne pose pas de problème, par contre graphiquement il faut les faire grandir, et changer donc les proportions des personnages entre eux, ce qui bouleverserait la charte graphique de la série.
En marge Nelson fait un jeu de mots concernant la qualité de papier du journal envers Spouri et Fantasperge, tandis que dans En direct de la rédac, 3 infos 2 vraies 1 fausse est un spécial personnages de BD. Depuis que ce jeu de Bercovici et Bernstein est passé de la forme de BD à celui de questions illustrées, Bercovici, qui fut, depuis son arrivée dans Spirou à l’âge de 13 ans en 1976, il y a quarante ans cette année, célèbre pour être un des plus rapides et prolifiques dessinateurs du journal, au point d’avoir une fois dessiné toutes les séries d’un numéro à lui tout seul (le 3183 de 1999), n’y fait plus, depuis la fin des Femmes en blanc, puis du Coach, que des illustrations éparses. Et déjà la première version de 3 infos 2 vraies 1 fausse était sous forme de strips et pas de planche. Trois des rubriques qu’il illustre dorénavant, La Semaine prochaine, et alternativement dans En direct 3 infos , les tests (en sus de la Désastrologie) lui permettent de se consacrer à la caricature tant de personnages réels, dont beaucoup d’autres dessinateurs, que de personnages de BD, exercice qu’il a toujours apprécié, comme on le voyait dans Le coach, et déjà dans sa première série dans Spirou, Les grandes amours contrariées. Dans la même rubrique on apprend que Stella Lory est aussi obsédée par le Furby/Freuby que par le fromage, d’où sa présence intempestive dans En direct d’abord et maintenant sous L’édito, et par une carte postale de Nicolas Moog que le chien Kiki de Willy Woob aimerait rencontrer Tash et Trash, la rédaction indiquant qu’elle transmettra aux intéressés (à suivre donc). Willy Woob dans les strips duquel est reproduit un fan art. La tendance actuelle du magazine est bien de renforcer le contact avec les lecteurices, à tous niveaux, qui se double de contacts entre les auteurs (le secret Santa, les messages de Saint-Valentin, Dad's not dead, cette carte), et cela dans des animations se prolongeant sur plusieurs numéros, ce qui construit une communauté tangible, face aux communautés virtuelles des réseaux sociaux. On trouve à ce propos avec plaisir dans ce numéro le resultat du jeu concours de Noël, où il fallait identifier sur un grand dessin de Fabrice Erre pas moins de 27 auteurices du journal qui avaient participé au grand banquet de Noël.