Re: Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...
Posté : mar. 10 mars 2026 02:00
Numéro 4584 du 18/02/2026
Ici un aperçu du numéro: https://spirou.com/retour-carton-pour-l ... es-de-dad/
Fin du feuilleton Dad’s not dead, puisqu’est glorieusement annoncé en couverture que « Nob a changé d’avis grâce à vous », vous lecteurices de Spirou, et de ces chroniques, qui sait ? Cette couverture est significative à plusieurs niveaux. Tout d’abord, cette annonce confirme la volonté du magazine de renforcer le contact avec son lectorat. Ensuite, le dessin de Nob dépeint Dad étouffé par l’exubérance et l’enthousiasme de ses filles, ce qui représente l’ancienne génération dépassée par les nouvelles, doublement symbolisé par Panda qui a surimposé au marker (ou rouge à lèvres?) le terme « les filles de » sur le nom de Dad, et par le nouveau titre de la série, qui devient donc celui du dessin animé tiré de la série initiale, la technologie audio-visuelle supplantant la presse. Dans les pages de présentation, toujours illustrées de strips et dessins gags, ainsi que, pour ce retour, de photo et dessin de toute la rédaction en liesse, Nob raconte avoir été très touché par les messsages reçus, et comment il va faire évoluer sa série, encouragé en cela par le courrier reçu montrant que le lectorat grand public peut être bien moins conservateur que certains éditeurs veulent le croire. Les quatre premières pages de cette nouvelle série officielle (une publicité indique que Les filles de Dad seront numérotées en partant d’un tome 1) montre l’emménagement de l’ainée, Panda, dans une colocation curieusement nommée Aera 51, avec un dessin d’un petit gris : un gag, un indice pour un concours futur, ou une évolution de la série vers de la SF ? Et, est-ce pour représenter l’émancipation des filles, toujours est-il que Nob offre plus d’espace à ses personnages en faisant dorénavant des planches de trois bandes au lieu de quatre.
L’enquête de Seccotine, les auteurices Elric et Sophie Guerrive semant suffisamment d’indices pour que les lecteurices, en parallèle aux personnages, commencent à comprendre le comment de la disparition des animaux, un peu comme dans les livres enquêtes publiés chez Bayard ou La clé du mystère jadis dans Spirou. Trois choses me font toutefois tiquer dans ce chapitre. Tout d’abord, les chasseurs sont présentés comme des ivrognes machistes, incompétents au point de ne savoir distinguer une chouette d’un hibou (le jeu de mots n'est pas une excuse), et irresponsables à en tirer avant d’identifier leur cible. Heureusement que Sophie Guerrive avait dit ne vouloir stigmatiser ni mépriser personne, qu’aurait-ce été autrement. Ensuite, étonnament, Seccotine, qui a pourtant passé des mois dans la jungle palombienne, se retrouve ici comme la schtroumpfette, effrayée par des cris d’animaux nocturnes de nos campagnes. Enfin, si l’on résumait l’action sous forme d’un récitatif de ces « Livres dont vous êtes le héros », cela pourrait donner : « Menant de nuit votre enquête sur les mystérieuses disparitions d’animaux, vous découvrez que des vaches à l’air hypnotisé ouvrent d’elles-mêmes la porte de leur enclos pour en sortir. Que faites-vous : A-Je les suis pour savoir où elles vont. B-Fatiguée, je rentre me coucher.» Et bien, imaginez-vous que l’héroïne Seccotine ne choisit pas l’option A…
Parmi les aspects remarquables dans Frnck est les personnages qui acquièrent grâce au dessin de Brice Cossu une existence au-delà de leur présence dans le scénario, tels les tigres à dents de sabre démolis dans le chapitre précédent que l’on voit s’en aller, penauds, à l’avant plan d’une case, poursuivant leur vie alors que, absents de cette case, on les aurait oubliés et ils n’auraient eu d’autre justification à leur création que de servir de péripétie. Leur présence ainsi ramenée non seulement renforce l’histoire puisqu’elle rappelle une scène précédente que l’on aurait pu sinon oublier sitôt lue, mais leur donne une vie propre, indépendamment de l’histoire principale. Ce détail parmi d’autres illustre ce qu’avait dit le photographe Guy Le Querrec, élargi aux personnages de fiction : « Les gens ne sont tout de même pas de la gouache qu'on ramasse sur une palette pour l'étaler sur la toile.» De plus, Lambil met aussi des animaux en avant plan de certaines cases, que ce soit pour donner de l’authenticité à une ambiance ou comme moyen de rééquilibrer une séquence dialoguée qui pourrait être trop lourde concentrée uniquement sur les personnages. Milton Caniff ou Victor Hubinon n’ajoutaient pas dans de telles scènes d’éléments extérieurs, mais leurs séries étaient réalistes, et ne craignaient pas une certaine pesanteur, au contraire des Tuniques bleues ou de Frnck qui ont besoin d’ouvertures vers plus de légèreté. Mais, à la différence de Lambil, chez qui les animaux ainsi introduits sont extérieurs à l’histoire et sont justifiés par l’amour que le dessinateur leur porte, ceux de Cossu dans Frnck en font partie, mais ajoutent un deuxième niveau narratif, purement visuel, comme les tigres précités ou le poisson que se prend dans la figure un personnage antagoniste, poisson qui servira au diner et sert de transition vers la scène suivante, qui est une punition en forme de gag contre un méchant de l’histoire, et qui pose un indice vers une péripétie future en faisant tomber les lunettes de l’antagoniste, soulignant ainsi leur importance future. Les boutiques fantastiques de la rue Fracastic se caractérise par une débauche de moyens de la part de Carbone, Sydélia Guirao et Hortense Pien, tant graphique par la mise en page que visuelle (décors et créatures fantastiques) et verbale (noms des créatures et formules magiques), qui me fait penser à un gag de L’homme aux phylactères de Gennaux et Cauvin paru dans Spirou en 1978 qui utilise un extrait du peu sobre Capitaine Fracasse dont le nom rappelle le titre de cette série https://www.2dgalleries.com/art/1978-l- ... mots-99410.
Grande économie de moyen en revanche de Maria-Praz dans Otaku, avec ses cadrages répétitifs ponctués de variations colorées et une judicieuse utilisation des décors qui reproduisent bien l’obsession des personnages envers la convention de mangas où ils tentent d’aller depuis des semaines et l’imagination dont ils font preuve pour y pénétrer à peu de frais. Idem de la part de Juanungo dans Manoir à louer, dans une histoire où les seuls sons sont des éclats de rire et où chaque case est conçue en miroir où se reflètent deux personnages en vis-à-vis dans un remake du duel Spirou-Fluide glacial, et où ce sont uniquement les variations de focale et les changements de couleurs, jusqu’à un final à la Morris, qui aèrent la répétitivité.
Dans les autres gags, lorsque les Fabrice ont dans L’édito le projet, à l’instar de Nob avec Dad, de faire une BD sur leurs filles, celles-ci révèlent des pratiques honteuses de leurs géniteurs (rien d’égrillard, on est dans Spirou, pas dans Le petit Spirou), de bons gags à thème écologiste inattendu et décalé dans Les Fifiches du Proprofesseur de Lécroart (sur le bilan carbone) et Tash et Trash de Dino (sur le recyclage), et recyclage encore dans Kid Paddle où, de même que Dad se retire pour laisser la place à ses filles, Kid Paddle est absent de ce gag de sa série.
Enfin trois pages de publicité, dont une pour Pym et la forêt éternelle, où les auteurices (Fuat Erkol et Clémentine Bouvier), comme souvent hélas, ne sont pas indiqués, ni le fait que l’album contient des planches en plus par rapport à l’histoire publiée dans Spirou, et une autre pour un album Dupuis documentaire, ce qui est plutôt rare, en dehors de la série historique Ariane et Nino pour les enfants, or celui-ci est pour les plus grands, mais le message de ce 9 secondes de Morgan Navarro basé sur des études de Bruno Patino sur l’économie de l’attention , est clair : nous passons trop de temps devant les écrans, décrochons pour lire Spirou...
Ici un aperçu du numéro: https://spirou.com/retour-carton-pour-l ... es-de-dad/
Fin du feuilleton Dad’s not dead, puisqu’est glorieusement annoncé en couverture que « Nob a changé d’avis grâce à vous », vous lecteurices de Spirou, et de ces chroniques, qui sait ? Cette couverture est significative à plusieurs niveaux. Tout d’abord, cette annonce confirme la volonté du magazine de renforcer le contact avec son lectorat. Ensuite, le dessin de Nob dépeint Dad étouffé par l’exubérance et l’enthousiasme de ses filles, ce qui représente l’ancienne génération dépassée par les nouvelles, doublement symbolisé par Panda qui a surimposé au marker (ou rouge à lèvres?) le terme « les filles de » sur le nom de Dad, et par le nouveau titre de la série, qui devient donc celui du dessin animé tiré de la série initiale, la technologie audio-visuelle supplantant la presse. Dans les pages de présentation, toujours illustrées de strips et dessins gags, ainsi que, pour ce retour, de photo et dessin de toute la rédaction en liesse, Nob raconte avoir été très touché par les messsages reçus, et comment il va faire évoluer sa série, encouragé en cela par le courrier reçu montrant que le lectorat grand public peut être bien moins conservateur que certains éditeurs veulent le croire. Les quatre premières pages de cette nouvelle série officielle (une publicité indique que Les filles de Dad seront numérotées en partant d’un tome 1) montre l’emménagement de l’ainée, Panda, dans une colocation curieusement nommée Aera 51, avec un dessin d’un petit gris : un gag, un indice pour un concours futur, ou une évolution de la série vers de la SF ? Et, est-ce pour représenter l’émancipation des filles, toujours est-il que Nob offre plus d’espace à ses personnages en faisant dorénavant des planches de trois bandes au lieu de quatre.
L’enquête de Seccotine, les auteurices Elric et Sophie Guerrive semant suffisamment d’indices pour que les lecteurices, en parallèle aux personnages, commencent à comprendre le comment de la disparition des animaux, un peu comme dans les livres enquêtes publiés chez Bayard ou La clé du mystère jadis dans Spirou. Trois choses me font toutefois tiquer dans ce chapitre. Tout d’abord, les chasseurs sont présentés comme des ivrognes machistes, incompétents au point de ne savoir distinguer une chouette d’un hibou (le jeu de mots n'est pas une excuse), et irresponsables à en tirer avant d’identifier leur cible. Heureusement que Sophie Guerrive avait dit ne vouloir stigmatiser ni mépriser personne, qu’aurait-ce été autrement. Ensuite, étonnament, Seccotine, qui a pourtant passé des mois dans la jungle palombienne, se retrouve ici comme la schtroumpfette, effrayée par des cris d’animaux nocturnes de nos campagnes. Enfin, si l’on résumait l’action sous forme d’un récitatif de ces « Livres dont vous êtes le héros », cela pourrait donner : « Menant de nuit votre enquête sur les mystérieuses disparitions d’animaux, vous découvrez que des vaches à l’air hypnotisé ouvrent d’elles-mêmes la porte de leur enclos pour en sortir. Que faites-vous : A-Je les suis pour savoir où elles vont. B-Fatiguée, je rentre me coucher.» Et bien, imaginez-vous que l’héroïne Seccotine ne choisit pas l’option A…
Parmi les aspects remarquables dans Frnck est les personnages qui acquièrent grâce au dessin de Brice Cossu une existence au-delà de leur présence dans le scénario, tels les tigres à dents de sabre démolis dans le chapitre précédent que l’on voit s’en aller, penauds, à l’avant plan d’une case, poursuivant leur vie alors que, absents de cette case, on les aurait oubliés et ils n’auraient eu d’autre justification à leur création que de servir de péripétie. Leur présence ainsi ramenée non seulement renforce l’histoire puisqu’elle rappelle une scène précédente que l’on aurait pu sinon oublier sitôt lue, mais leur donne une vie propre, indépendamment de l’histoire principale. Ce détail parmi d’autres illustre ce qu’avait dit le photographe Guy Le Querrec, élargi aux personnages de fiction : « Les gens ne sont tout de même pas de la gouache qu'on ramasse sur une palette pour l'étaler sur la toile.» De plus, Lambil met aussi des animaux en avant plan de certaines cases, que ce soit pour donner de l’authenticité à une ambiance ou comme moyen de rééquilibrer une séquence dialoguée qui pourrait être trop lourde concentrée uniquement sur les personnages. Milton Caniff ou Victor Hubinon n’ajoutaient pas dans de telles scènes d’éléments extérieurs, mais leurs séries étaient réalistes, et ne craignaient pas une certaine pesanteur, au contraire des Tuniques bleues ou de Frnck qui ont besoin d’ouvertures vers plus de légèreté. Mais, à la différence de Lambil, chez qui les animaux ainsi introduits sont extérieurs à l’histoire et sont justifiés par l’amour que le dessinateur leur porte, ceux de Cossu dans Frnck en font partie, mais ajoutent un deuxième niveau narratif, purement visuel, comme les tigres précités ou le poisson que se prend dans la figure un personnage antagoniste, poisson qui servira au diner et sert de transition vers la scène suivante, qui est une punition en forme de gag contre un méchant de l’histoire, et qui pose un indice vers une péripétie future en faisant tomber les lunettes de l’antagoniste, soulignant ainsi leur importance future. Les boutiques fantastiques de la rue Fracastic se caractérise par une débauche de moyens de la part de Carbone, Sydélia Guirao et Hortense Pien, tant graphique par la mise en page que visuelle (décors et créatures fantastiques) et verbale (noms des créatures et formules magiques), qui me fait penser à un gag de L’homme aux phylactères de Gennaux et Cauvin paru dans Spirou en 1978 qui utilise un extrait du peu sobre Capitaine Fracasse dont le nom rappelle le titre de cette série https://www.2dgalleries.com/art/1978-l- ... mots-99410.
Grande économie de moyen en revanche de Maria-Praz dans Otaku, avec ses cadrages répétitifs ponctués de variations colorées et une judicieuse utilisation des décors qui reproduisent bien l’obsession des personnages envers la convention de mangas où ils tentent d’aller depuis des semaines et l’imagination dont ils font preuve pour y pénétrer à peu de frais. Idem de la part de Juanungo dans Manoir à louer, dans une histoire où les seuls sons sont des éclats de rire et où chaque case est conçue en miroir où se reflètent deux personnages en vis-à-vis dans un remake du duel Spirou-Fluide glacial, et où ce sont uniquement les variations de focale et les changements de couleurs, jusqu’à un final à la Morris, qui aèrent la répétitivité.
Dans les autres gags, lorsque les Fabrice ont dans L’édito le projet, à l’instar de Nob avec Dad, de faire une BD sur leurs filles, celles-ci révèlent des pratiques honteuses de leurs géniteurs (rien d’égrillard, on est dans Spirou, pas dans Le petit Spirou), de bons gags à thème écologiste inattendu et décalé dans Les Fifiches du Proprofesseur de Lécroart (sur le bilan carbone) et Tash et Trash de Dino (sur le recyclage), et recyclage encore dans Kid Paddle où, de même que Dad se retire pour laisser la place à ses filles, Kid Paddle est absent de ce gag de sa série.
Enfin trois pages de publicité, dont une pour Pym et la forêt éternelle, où les auteurices (Fuat Erkol et Clémentine Bouvier), comme souvent hélas, ne sont pas indiqués, ni le fait que l’album contient des planches en plus par rapport à l’histoire publiée dans Spirou, et une autre pour un album Dupuis documentaire, ce qui est plutôt rare, en dehors de la série historique Ariane et Nino pour les enfants, or celui-ci est pour les plus grands, mais le message de ce 9 secondes de Morgan Navarro basé sur des études de Bruno Patino sur l’économie de l’attention , est clair : nous passons trop de temps devant les écrans, décrochons pour lire Spirou...