Ici un aperçu du numéro: https://spirou.com/bonne-annee-2/
En couverture, Spirou et Fantasio souhaitent une bonne année la main sur les bijoux de la couronne qu’est le Marsupilami pour le journal, dessinés par Munuera qui revient de temps en temps à eux depuis près de 20 ans qu’il n’est plus le dessinateur de la série, tout en n’ayant jamais cessé de tourner autour, avec sa série Zorglub ou l’une ou l’autre histoire courte du Marsupilami ou de Spirou. La particularité de celle-ci, outre d’être très courte (deux pages), est de mettre en valeur le Marsupilami pour que Goum, Lapuss’ et Boriau la prolongent par une histoire courte où celui-ci vole la vedette au duo de héros. Si le dessin de Goum privilégie la dynamique, celui de Munuera, qui a bien évolué depuis ses débuts comme dessinateur de Spirou, privilégie désormais la nonchalance*, heureuse coïncidence de deux qualités qui ensemble caractérisent l’animal. Quant à l’histoire elle-même, que Munuera a scénarisée et dessinée avec aux couleurs Sedyas, son coloriste habituel, son titre est trompeur. Intitulée « Spirou et Fantasio accueillent le réveillon des héros du journal », elle ne porte que sur la préparation du réveillon, matinée d’une histoire comico-policière sur laquelle embrayent Goum, Lapuss’ et Boriau, préparation qui est finalement le thème du numéro : chaque héros invité tente d’aller au réveillon sans y parvenir. Cela commence par la série cette semaine en page 2, qui n’est plus Manoir à louer, l’absence de Dad en dernière page bouleversant l’ordre d’apparition dans les pages. Cela commence donc par Titan inc., dont seul le capitaine est invité. Je n’imaginais pas Spirou et Fantasio si à cheval sur le respect des hiérarchies. Suivent Les sœurs Grémillet, qui font le mur pour y aller, dans un gag en une page où Barbucci les dessine dans un style plus relaché, plus manga (elles sont si déformées pour exprimer la surprise dans l’avant dernière case qu’elles en sont méconnaisables). Un dessin léger pour une histoire plus légère qu’à l’ordinaire. Les personnages des Fifiches du Proprofesseur et Des gens et inversement sont empêchés d’y aller pour des raisons de logistique, mais la palme de la persévérance revient aux poissons de Fish n chips qui sont parvenus à quitter leur océan pour se retrouver coincés devant chez Spirou et Fantasio. Mentions spéciales à Bertschy dont les strips de Nelson forment une historiette de deux pages et à Moog et Bernstein qui en quatre strips de Willy Woob parviennent à faire référence de façon originale et amusante à Gaston Lagaffe, au Fantasio de La mauvaise tête et à la turbotraction. Psychotine d’une part et Spip par Dav dans son registre animalier se préparent chacun à sa façon, mais le plat de résistance est l’histoire des Cavaliers de l’apocadyspe, qui n’auront jamais aussi bien mérité leur titre que dans cette histoire où ils se dépassent encore pour finir par mettre involontairement et sans s’en apercevoir la ville pratiquement à feu et à sang (à feu tout du moins) en cherchant l’adresse de la soirée de Spirou et Fantasio sans la trouver. Libon à son meilleur avec sa technique du gag en deux temps (la catastrophe se propageant en ville) que le medium BD permet au mieux d’exprimer. Seuls deux séries de gags n’ont pas été conviées. D’abord Manoir à louer, ses personnages étant lecteurs de Spirou dans leur propre univers fictionnel, ils ne peuvent en être des personnages, enfin, la surprise de la dernière page, Crapule, absent depuis longtemps, qui s’incruste dans un autre réveillon dans une planche de Jean-Luc Deglin à l’esthétique osée pour une dernière page de magazine, en noir et blanc agrémenté d’ombrages de bleu. Le réveillon a finalement enfin lieu dans les Jeux de Renaud Collin, avec de nombreux personnages, dont ceux de Manoir à louer, ce qui met mon postulat en échec, et une surprenante Yoko Tsuno vêtue de la tenue uniforme qu’elle n’avait plus portée depuis ses débuts, ainsi qu’un surprenant intérieur de la maison de Spirou et Fantasio, décorée d’étranges reproductions de tableaux de maîtres (pas assez riches pour en avoir d’authentiques), entre un Picasso et un Mondrian, des mélanges de Damien Hirst et Jasper Johns, et Karel Appel et Willem de Kooning, et j’y apprends par Lucky Luke et Natacha que Picasso a fait de l’abstrait…
Suite de Dina et le Millimonde dans une séquence en sépia, procédé classique pour représenter le passé, généralement du début du XXe siècle, par analogie avec les photos en sépia de l’époque. La technique serait ici un peu abusive puisqu’il s’agit d’expliquer des évènements ayant eu lieu durant les années 70, où les photos couleurs étaient devenues la norme, si la coloriste Cecilia Giumento n’avait illuminé ce sépia de touches colorées, jolie façon de signifier un passé relativement récent. Suite de La dernière chasse, où les deux chasseurs les plus improbables du quintet, la gamine techno et l’écolo réussissent l’exploit de capturer la mère marsupilamie et deux de ses enfants. Enfin, dernier chapitre de Mademoiselle J., où celle-ci, selon le titre de l’histoire, connaît enfin « le bonheur de dire maman ». Le contexte géopolitique de l’histoire aurait donné lieu à de l’humour cynique il y a quelques années lorsque Laurent Verron officiait avec Yann, mais maintenant que les sœurs de Amantes de la croix ont remplacé le père Odilon Verjus, le dessinateur et son scénariste ont décidé de se tourner vers la compassion. La façon dont Juliette a croisé dans cet épisode, chaque fois par un « incroyable hasard », des personnages rencontrés lors des épisodes précédents et qui viennent à point nommé lui sauver la mise peut être vu comme une lassante facilité scénaristique mais, compassion oblige, je préfère le voir comme une rétrospective de sa vie, où les rencontres humaines ont été si importantes, proche en cela de Yoko Tsuno et, elle a beau être reporter, elle reste aussi plus proche de Tintin que de Jeannette Pointu (comme chez Tintin, l’histoire fait de plus un album de 62 pages). Ce sera a priori la dernière histoire de Mademoiselle J., puisque l’oncle Paul les raconte de dix ans en dix ans, et celle-ci se passant en 1955 est censée être narrée en 1960 mais, on l’a vu avec Manoir à louer, la BD peut se jouer de ses paradoxes.
Pour le reste, on trouve les résolutions des Fabrice pour la nouvelle année, ainsi que celle, très drôle, d’un lecteur dans l’illustration du Bon d’abonnement, et une coïncidence éditoriale faisant gag, la publication dans La leçon de BD d’une planche réalisée il y a plus de quarante ans par un enfant futur auteur de BD, et dans Spirou et moi un dessin réalisé il y a près de trente ans par l’auteur Simon Mitteault encore enfant. Enfin, dqns lq suite de "L'affaire Dad", des opinions d’auteurs protestant contre l’arrêt de Dad, un entretien avec Antonio Barbucci, un strip de Cerq et un dessin des Fabrice.
*L'exigeant admirateur de l'oeuvre de Herman Melville et le lecteur généralement a priori dubitatif que je suis devant les adaptations littéraires en BD conseille la version qu'a faite Munuera de Bartleby.



