Re: Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...
Posté : jeu. 25 déc. 2025 12:39
Numéro 4571 du 19/11/2025
Ici un aperçu du numéro: https://spirou.com/gardez-la-frite-avec-cedric/
Une belle couverture de Laudec, dans le sens qu’elle est typiquement bande dessinée et non illustrative : la construction n’est pas voulue dynamique, harmonieuse ou équilibrée mais narrative, elle est un gag en elle-même mais pourrait aussi être la dernière case d’une histoire: en effet, rien ne justifie ici que le grand’père de Cédric soit astreint à un régime basse calories, c’est donc, en l’absence de la planche hypothétique que concluerait ce dessin, une justification gratuite uniquement là pour motiver le jeu, appuyé par l’air complice du restaurateur, entre Cédric et son grand’père, qui est le véritable gag, qui renvoit à la série pour qui la connaît ou pousse à la découvrir pour les autres. Par ailleurs, le dessin est entièrement stylisé, s’il n’y a pratiquement pas de perspective dans l’enseigne de la friterie, au contraire de la table à manger et même de la même enseigne dans l’histoire, c’est que celle-ci est posée en relation avec le titre du journal, du même jaune flamboyant, qui renvoit de plus aux frites et aux cheveux de Cédric. Enfin, le dessin de Laudec est caractéristique du gros nez et des formes rondes du style Marcinelle dans les personnages (jusqu’à la coiffure de Cédric, copie de celle de Pirlouit), mais plus tranchant dans les décors, comme les feuillages en couverture, et va pratiquement jusqu’au psychédélisme dans la distortion des plantes du bac à fleurs dans la dernière case de l’histoire, du doublement des tracés des feuillages planche 2 ou de l’écorce en peau de reptile planche 3. Le dessin de Laudec est mixte, ou impur, comme l’art de la BD. Et cela, sans même compter ses collages et inclusions de tableaux (Sisley planche un, Caillebotte planche trois, Mucha planche quatre), dont il parle dans L’arrière-boutique de Laudec («mon coloriste Leonardo s’est chargé de lui trouver des couleurs “à la Cédric”. ») ou les « petites nouvelles amusantes [qu’il] cache dans les journaux» (celle-ci parlant d’un grand prix du public au festival de Boulion-lez-Angoulême (sic) remporté par une BD générée par une IA au moment des perturbations que l’on sait doit certainement représenter quelque chose, mais je ne sais quoi). Les Jeux de Schmittmy reprennent la dernière scène de l’histoire, avec un dessin qui lui unifie décors, personnages et éléments d’autres BD du journal placés là pour un jeu (dont un gant auquel il manque des doigts que l’on attribuera à Soda ou à un titre de Gil Jourdan selon sa génération). On trouve enfin un autre jeu concernant Cédric dans la rubrique En direct de la rédaction, sous forme de mots mystère, qui ressemblent à des mots croisés, que l’on ne voit qu’extrèmement rarement dans le magazine, ainsi que de véritables mots croisés dans l’illustration du bulletin d’abonnement par Cromheecke et Thiriet, et ce quand le gag de Manoir à louer parle justement de mots croisés dans Spirou : coïncidence, incroyable don de prescience ou grande complicité entre les auteurs et la rédaction ?
L’autre histoire courte du numéro est un Family life de Jacques Louis sous forme d’amusant faux droit de réponse de Céline, sa femme , dans la continuité du running gag qui se poursuit depuis trois numéro, où les planches présentées, soi-disant validées par Céline, présentent les regrets et la contrition de l’auteur, démentis par un message caché de l’auteur. La faute d’orthographe de Céline en serait-il un autre?
Dans les (à suivre), suite de Mi-Mouche, avec une première partie de l’épisode où les personnages semblent aller mieux, mais avec une seconde partie qui rappelle violement à Colette la réalité du harcelement, avec une scène de combat construite par Carole Maurel comme un manga de sport, cadrage comme mise en page et découpage, avec sa décomposition du mouvement, le choix et l’application particulières des couleurs donnant eux sa puissance et son émotion à la séquence. À comparer avec l’ouverture de l’épisode de L’île de minuit , étonnamment minimalistement sobre pour une scène d’action, où les personnages sont placés au centre des cases et représentés de face ou de profil (qui aurait soupçonné une influence de William Vance sur Nicolas Grébil?...) À l’inverse, dans la séquence suivante, dialoguée, les cadrages sont plus variés pour éviter qu’elle ne soit trop statique, ce qui était inutile dans la scène d’action, et montre bien par contraste que Carole Maurel a surjoué sa scène d’action pour la dramatiser. La découverte d’un apparent terrible secret de famille va méler Mademoiselle J. à la géopolitique, avec les services secrets communistes vietnamiens, puis les auteurs Yves Sente et Laurent Verron se sont fait et font plaisir aux amateurs de BD Dupuis classiques avec deux scènes clin d’œil, où une Facel Vega roule de nuit devant une route bretonne immergée, puis où Juliette et ses amis pénètrent dans un caveau pour vérifier si un cercueil contient bien un cadavre mais n’y trouvent que des sacs de sable...
Dans les gags, nous apprenons que les Fabrice ont suivi le chemin inverse du Petit Spirou qui, de garnement obsédé sexuel, est devenu le héros que l’on connaît, alors que les catastrophiques Fabrice adultes ont été des enfants bien sages, quoi qu’ils s’illusionnent du contraire dans L’édito. Manu Boisteau et Paul Martin parlent politique dans Titan inc., avec une allégorie de la société de consommation fonçant dans le mur, et Jonathan Munoz l’ introduit dans L’épée de bois, avec une variante de la théorie du ruissellement. Dans Working dead, étrangement, seul Greg voit les zombies qui composent Brainy, l’entreprise où il est employé, eux-mêmes niant ce statut, seule l’intelligence artificielle à laquelle il s’adresse dans ce gag semble également connaître la vérité mais la nie, de crainte d’être détruite, parabole aussi certainement, politique peut-être, mais bien moins claire. Dans La pause cartoon, les animaux marins de Fish n chips de Tom ont affaire à un nouveau déchet, tandis que Les Fifiches du Proprofesseur et Des gens et inversement traitent des voitures, directement pour le second, de façon imagée très réussie pour le premier. Zimra et Romain Pujol présentent un Tuto dessiné en BD soi-disant réalisée par Psychotine elle-même, et dans Dad nous assistons à la fin de la carrière d’influenceuse de la chienne Mouf. Enfin, En direct du futur parle pour la deuxième semaine de suite du numéro spécial Noël, pour y annoncer le début de deux séries dont une nouvelle : on espère donc qu’il sera véritablement exceptionnel.
Ici un aperçu du numéro: https://spirou.com/gardez-la-frite-avec-cedric/
Une belle couverture de Laudec, dans le sens qu’elle est typiquement bande dessinée et non illustrative : la construction n’est pas voulue dynamique, harmonieuse ou équilibrée mais narrative, elle est un gag en elle-même mais pourrait aussi être la dernière case d’une histoire: en effet, rien ne justifie ici que le grand’père de Cédric soit astreint à un régime basse calories, c’est donc, en l’absence de la planche hypothétique que concluerait ce dessin, une justification gratuite uniquement là pour motiver le jeu, appuyé par l’air complice du restaurateur, entre Cédric et son grand’père, qui est le véritable gag, qui renvoit à la série pour qui la connaît ou pousse à la découvrir pour les autres. Par ailleurs, le dessin est entièrement stylisé, s’il n’y a pratiquement pas de perspective dans l’enseigne de la friterie, au contraire de la table à manger et même de la même enseigne dans l’histoire, c’est que celle-ci est posée en relation avec le titre du journal, du même jaune flamboyant, qui renvoit de plus aux frites et aux cheveux de Cédric. Enfin, le dessin de Laudec est caractéristique du gros nez et des formes rondes du style Marcinelle dans les personnages (jusqu’à la coiffure de Cédric, copie de celle de Pirlouit), mais plus tranchant dans les décors, comme les feuillages en couverture, et va pratiquement jusqu’au psychédélisme dans la distortion des plantes du bac à fleurs dans la dernière case de l’histoire, du doublement des tracés des feuillages planche 2 ou de l’écorce en peau de reptile planche 3. Le dessin de Laudec est mixte, ou impur, comme l’art de la BD. Et cela, sans même compter ses collages et inclusions de tableaux (Sisley planche un, Caillebotte planche trois, Mucha planche quatre), dont il parle dans L’arrière-boutique de Laudec («mon coloriste Leonardo s’est chargé de lui trouver des couleurs “à la Cédric”. ») ou les « petites nouvelles amusantes [qu’il] cache dans les journaux» (celle-ci parlant d’un grand prix du public au festival de Boulion-lez-Angoulême (sic) remporté par une BD générée par une IA au moment des perturbations que l’on sait doit certainement représenter quelque chose, mais je ne sais quoi). Les Jeux de Schmittmy reprennent la dernière scène de l’histoire, avec un dessin qui lui unifie décors, personnages et éléments d’autres BD du journal placés là pour un jeu (dont un gant auquel il manque des doigts que l’on attribuera à Soda ou à un titre de Gil Jourdan selon sa génération). On trouve enfin un autre jeu concernant Cédric dans la rubrique En direct de la rédaction, sous forme de mots mystère, qui ressemblent à des mots croisés, que l’on ne voit qu’extrèmement rarement dans le magazine, ainsi que de véritables mots croisés dans l’illustration du bulletin d’abonnement par Cromheecke et Thiriet, et ce quand le gag de Manoir à louer parle justement de mots croisés dans Spirou : coïncidence, incroyable don de prescience ou grande complicité entre les auteurs et la rédaction ?
L’autre histoire courte du numéro est un Family life de Jacques Louis sous forme d’amusant faux droit de réponse de Céline, sa femme , dans la continuité du running gag qui se poursuit depuis trois numéro, où les planches présentées, soi-disant validées par Céline, présentent les regrets et la contrition de l’auteur, démentis par un message caché de l’auteur. La faute d’orthographe de Céline en serait-il un autre?
Dans les (à suivre), suite de Mi-Mouche, avec une première partie de l’épisode où les personnages semblent aller mieux, mais avec une seconde partie qui rappelle violement à Colette la réalité du harcelement, avec une scène de combat construite par Carole Maurel comme un manga de sport, cadrage comme mise en page et découpage, avec sa décomposition du mouvement, le choix et l’application particulières des couleurs donnant eux sa puissance et son émotion à la séquence. À comparer avec l’ouverture de l’épisode de L’île de minuit , étonnamment minimalistement sobre pour une scène d’action, où les personnages sont placés au centre des cases et représentés de face ou de profil (qui aurait soupçonné une influence de William Vance sur Nicolas Grébil?...) À l’inverse, dans la séquence suivante, dialoguée, les cadrages sont plus variés pour éviter qu’elle ne soit trop statique, ce qui était inutile dans la scène d’action, et montre bien par contraste que Carole Maurel a surjoué sa scène d’action pour la dramatiser. La découverte d’un apparent terrible secret de famille va méler Mademoiselle J. à la géopolitique, avec les services secrets communistes vietnamiens, puis les auteurs Yves Sente et Laurent Verron se sont fait et font plaisir aux amateurs de BD Dupuis classiques avec deux scènes clin d’œil, où une Facel Vega roule de nuit devant une route bretonne immergée, puis où Juliette et ses amis pénètrent dans un caveau pour vérifier si un cercueil contient bien un cadavre mais n’y trouvent que des sacs de sable...
Dans les gags, nous apprenons que les Fabrice ont suivi le chemin inverse du Petit Spirou qui, de garnement obsédé sexuel, est devenu le héros que l’on connaît, alors que les catastrophiques Fabrice adultes ont été des enfants bien sages, quoi qu’ils s’illusionnent du contraire dans L’édito. Manu Boisteau et Paul Martin parlent politique dans Titan inc., avec une allégorie de la société de consommation fonçant dans le mur, et Jonathan Munoz l’ introduit dans L’épée de bois, avec une variante de la théorie du ruissellement. Dans Working dead, étrangement, seul Greg voit les zombies qui composent Brainy, l’entreprise où il est employé, eux-mêmes niant ce statut, seule l’intelligence artificielle à laquelle il s’adresse dans ce gag semble également connaître la vérité mais la nie, de crainte d’être détruite, parabole aussi certainement, politique peut-être, mais bien moins claire. Dans La pause cartoon, les animaux marins de Fish n chips de Tom ont affaire à un nouveau déchet, tandis que Les Fifiches du Proprofesseur et Des gens et inversement traitent des voitures, directement pour le second, de façon imagée très réussie pour le premier. Zimra et Romain Pujol présentent un Tuto dessiné en BD soi-disant réalisée par Psychotine elle-même, et dans Dad nous assistons à la fin de la carrière d’influenceuse de la chienne Mouf. Enfin, En direct du futur parle pour la deuxième semaine de suite du numéro spécial Noël, pour y annoncer le début de deux séries dont une nouvelle : on espère donc qu’il sera véritablement exceptionnel.