Re: Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...
Posté : jeu. 25 déc. 2025 11:42
Numéro 4570 du 12/11/2025
Ici un aperçu du numéro: https://spirou.com/mademoiselle-j-en-quete-de-verite/
Une belle couverture pour le retour de Mademoiselle J., pas celle de Gaston, comme précisé sous l’ours, mais la « journaliste intrépide et jeune femme indépendante », qui, à l’instar des Sœurs Grémillet dont elle prend la succession dans le magazine, va découvrir des secrets de famille dans cette quatrième aventure qui s’intitule Le bonheur de dire Maman (rappelons que Juliette de Sainteloi, de nom de plume Mademoiselle J., est orpheline de mère). Si Yves Sente le scénariste et Laurent Verron le dessinateur se documentent abondamment sur l’époque à laquelle se passent leurs histoires, Juliette est elle si indépendante qu’elle est en avance de nombreuses années sur son temps, comme on le voit aux titres de ses livres, ou à son oubli de subjonctifs (planche 7), fréquent de nos jours mais pas chez une bourgeoise cultivée née en 1915. La présentation de l’épisode dans le journal porte le nom de Mademoiselle J. en 5 mots, et celle en ligne Mademoiselle J. en 5 mots https://spirou.com/mademoiselle-j-en-9-mots/ , les quatre mots supplémentaires étant les plus intéressants, ainsi sur la documentation, Laurent Verron dit « J’ai passé beaucoup de temps à me documenter sur l’Indochine, ancienne colonie française, afin de dessiner au mieux les endroits réels qu’Yves a mis dans son scénario. Surprise : de nombreux bâtiments ont été construits dans un style européen, ce qui donne à certaines planches une sorte de dépaysement décalé. » C’est sa surprise qui est surprenante, les colons ayant toujours reproduit leur vie dans les colonies selon celle de leur pays d’origine, il est normal qu’en Indochine se trouvent des bâtiments de style européen d’il y a un siècle et plus, ce sont d’ailleurs des attractions touristiques que les anciennes colonies mettent en valeur. Mais surtout, il précise aussi «Je travaille au « pinceau sec », avec peu d’encre, ce qui me permet de travailler une gamme de noirs allant jusqu’au gris, une technique apprise avec Roba. Mademoiselle J me permet beaucoup d’expérimentations. Je travaille par exemple la matière avec des vieux pinceaux abîmés, ou même des papiers froissés, que je trempe dans l’encre ! » que l’on se doit de compléter avec cet extrait d’interview parue sur ActuaBD : «Certains dessinateurs estiment que l’encrage est une étape obligatoire qu’ils n’apprécient pas. D’autres travaillent à l’ordinateur en fonçant leur crayon pour ne plus encrer. Étant un admirateur de Jijé, de Milton Caniff et d’autres maîtres de l’encrage, j’estime que le dessin s’y prolonge. Cette étape ne consiste pas à repasser sur le crayon, mais reste une véritable création. », opinion à laquelle je souscris entièrement, les meilleurs dessinateurs de BD sont de grands encreurs. Et dans le cas de Verron, on a ainsi droit à de superbes planches texturées. Coïncidence, dans le Courrier des lecteurs, Jonathan Munoz précise aussi sa technique de dessin pour L’épée de bois, il « encre », ou plutôt repasse ses crayonnés avec un fusain noir, ce qui donne à ses dessins leur aspect presque tangible, comme ceux de Laurent Verron, et dans La leçon de dessin, Marko loue à juste titre les techniques d’encrage avec lesquelles une très jeune amatrice (10 ans) représente des fumées. Il est juste dommage que, lorsque Laurent Verron parle des expérimentations dans Mademoiselle J., on ne sait si cela tient à la série, grâce aux retranscriptions de différentes époques qu’elle nécessite, ou à la liberté que procure la prépublication dans Spirou.
Dans le huitième chapitre de Mi-Mouche, celle-ci est effrayée par sa propre capacité de violence. L’épisode de L’île de Minuit commence assez bavard, pour finir par un suspense où les personnages se font attaquer par le serpent géant géant qui se dissimule systématiquement dans tous les marais tropicaux dans toutes les BD d’aventures depuis les années 1930. Quand donc les personnages explorant une forêt tropicale se décideront-ils à éviter les marais ? Enfin, conclusion du Lucky Luke de Appollo et Brüno, dans un chapitre intitulé Avenir, dans lequel un homme d’affaire féru de ce qu’il s’imagine être la modernité prédit la fin du western. Au dela du gag facile de mettre cela dans Lucky Luke, les auteurs montrent surtout comment les deux réalités de la fiction et du tangible cohabitent toujours, malgré parfois les prétentions de l’un à supplanter l’autre, ou le contraire (mais alor la fiction ne se présente pas sous ce nom). Dans cette conclusion, Lucky Luke est plus effacé que jamais, il n’y fait rien et ne prononce pas un mot, se contentant d’écouter avec patience le grandiloquent soliloque, illustration du proverbe « les chiens aboient, la caravane (tome 24 de LL) passe.
Comme Mademoiselle J., les Fabrice ont décidé de traverser l’histoire, ce qui risque, comme elle, de les faire vieillir à vitesse accélérée : Laurent Verron assène qu’elle vieillit de dix ans à chaque tome. En les voyant débarquer vêtus en hommes des cavernes, j’ai toutefois d’abord pensé à Timour, de Sirius, qui lui aussi traversait les époques par le moyen de ses descendants qui tous se ressemblaient comme deux gouttes d’eau, au physique comme au moral. Trondheim et Juanungo ajoutent une nouvelle dimension à Manoir à louer, les habitants du manoir sont des lecteurs assidus de Spirou, et les enfants reproduisent leurs séries préférées, grâce à quoi on peut retrouver de nouveau cette semaine les sœurs Grémillet alors que leur aventure vient de se terminer dans le numéro précédent. Un pas vers la solution pour avoir du Spirou chaque semaine dans le magazine ? Hors Lucky Luke, l’histoire courte du numéro est un un nouvel épisode de Perdus, cette fois « à la ferme pédagogique » de Blaize-les-Pouzigues (Tillieux ou Goscinny auraient fait un jeu de mots, les auteurices actuels semblent moins portés sur ce genre d’humour, le comique ici tient à la sonorité du nom), après que la petite sœur se soit égarée dans les douves d’un château, d’où elle ramène un fléau d’armes (confusion avec les oubliettes?) : dans une BD d’humour classiques (la BD comme l’humour), les personnages se perdaient dans les chateaux, ici, Lisa Mandel et Pochep déjouent ce cliché, le château est expédié dans l’arrière-plan d’une case, et c’est dans une ferme moderne que se perdent les personnages. Si le dessin de Pochep et Lisa Mandel renouvelle par ailleurs avec bonheur la caricature gros nez, celui de Jilème, plus traditionnel, lui rend hommage dans Brad Rock avec un nez si énorme qu’il ne passe plus par la porte. Pour le gag de Working dead, Stella Lory joue du contraste entre le dessin de zombies qui s’embrassent rendu monstrueux par le cadrage en hyper gros plan, et le regard du zombie qui les regarde attendri avec les yeux hyper mignons rendus en technique kawaï (grands yeux avec reflets). Floris fait aussi un gag visuel dans Capitaine Anchois, avec les personnages revetant des déguisements pour échapper à un contrôle de police. Dad de Nob est un personnage décalé, familialement comme célibataire responsable de quatre filles de quatre mères différentes, qui lui donne aussi par ailleurs une image de séducteur en décalage avec son apparence et sa maladresse, enfin comme chomeur quasi permanent et la réalité de son métier en décalage avec l’image qu’il a de lui même. Le thème du décalage de génération revient donc souvent dans ses histoires, et cette fois ce sont ses parents qui sont plus en phase avec l’époque que lui-même.
Enfin, dans En direct de la rédac, suite du running gag de la mère mécontente de sa représentation dans Family life, de Jacques Louis, avec maintenant une lettre de mise en demeure de son avocat au nom flamand imprononçable pour un francophone et qui cache peut-être un jeu de mots (maître Van Den Schrijfelaar, comme Bertje Van Schrijfboek (cahier d'écriture) le traducteur dans Gaston Lagaffe, et autres mots redoutables avec schr- ou schtr-), En direct du futur annonce un numéro de Noël qui servira de couteau suisse pour le réveillon, ce qui prédit un numéro plein de surprises, et les Jeux de Pauline Casters, sur scénario de Tony Emeriau, sont sous forme de bande dessinée en histoire parodique de L’oncle Paul racontant l’hstoire de Mademoiselle J.
Ici un aperçu du numéro: https://spirou.com/mademoiselle-j-en-quete-de-verite/
Une belle couverture pour le retour de Mademoiselle J., pas celle de Gaston, comme précisé sous l’ours, mais la « journaliste intrépide et jeune femme indépendante », qui, à l’instar des Sœurs Grémillet dont elle prend la succession dans le magazine, va découvrir des secrets de famille dans cette quatrième aventure qui s’intitule Le bonheur de dire Maman (rappelons que Juliette de Sainteloi, de nom de plume Mademoiselle J., est orpheline de mère). Si Yves Sente le scénariste et Laurent Verron le dessinateur se documentent abondamment sur l’époque à laquelle se passent leurs histoires, Juliette est elle si indépendante qu’elle est en avance de nombreuses années sur son temps, comme on le voit aux titres de ses livres, ou à son oubli de subjonctifs (planche 7), fréquent de nos jours mais pas chez une bourgeoise cultivée née en 1915. La présentation de l’épisode dans le journal porte le nom de Mademoiselle J. en 5 mots, et celle en ligne Mademoiselle J. en 5 mots https://spirou.com/mademoiselle-j-en-9-mots/ , les quatre mots supplémentaires étant les plus intéressants, ainsi sur la documentation, Laurent Verron dit « J’ai passé beaucoup de temps à me documenter sur l’Indochine, ancienne colonie française, afin de dessiner au mieux les endroits réels qu’Yves a mis dans son scénario. Surprise : de nombreux bâtiments ont été construits dans un style européen, ce qui donne à certaines planches une sorte de dépaysement décalé. » C’est sa surprise qui est surprenante, les colons ayant toujours reproduit leur vie dans les colonies selon celle de leur pays d’origine, il est normal qu’en Indochine se trouvent des bâtiments de style européen d’il y a un siècle et plus, ce sont d’ailleurs des attractions touristiques que les anciennes colonies mettent en valeur. Mais surtout, il précise aussi «Je travaille au « pinceau sec », avec peu d’encre, ce qui me permet de travailler une gamme de noirs allant jusqu’au gris, une technique apprise avec Roba. Mademoiselle J me permet beaucoup d’expérimentations. Je travaille par exemple la matière avec des vieux pinceaux abîmés, ou même des papiers froissés, que je trempe dans l’encre ! » que l’on se doit de compléter avec cet extrait d’interview parue sur ActuaBD : «Certains dessinateurs estiment que l’encrage est une étape obligatoire qu’ils n’apprécient pas. D’autres travaillent à l’ordinateur en fonçant leur crayon pour ne plus encrer. Étant un admirateur de Jijé, de Milton Caniff et d’autres maîtres de l’encrage, j’estime que le dessin s’y prolonge. Cette étape ne consiste pas à repasser sur le crayon, mais reste une véritable création. », opinion à laquelle je souscris entièrement, les meilleurs dessinateurs de BD sont de grands encreurs. Et dans le cas de Verron, on a ainsi droit à de superbes planches texturées. Coïncidence, dans le Courrier des lecteurs, Jonathan Munoz précise aussi sa technique de dessin pour L’épée de bois, il « encre », ou plutôt repasse ses crayonnés avec un fusain noir, ce qui donne à ses dessins leur aspect presque tangible, comme ceux de Laurent Verron, et dans La leçon de dessin, Marko loue à juste titre les techniques d’encrage avec lesquelles une très jeune amatrice (10 ans) représente des fumées. Il est juste dommage que, lorsque Laurent Verron parle des expérimentations dans Mademoiselle J., on ne sait si cela tient à la série, grâce aux retranscriptions de différentes époques qu’elle nécessite, ou à la liberté que procure la prépublication dans Spirou.
Dans le huitième chapitre de Mi-Mouche, celle-ci est effrayée par sa propre capacité de violence. L’épisode de L’île de Minuit commence assez bavard, pour finir par un suspense où les personnages se font attaquer par le serpent géant géant qui se dissimule systématiquement dans tous les marais tropicaux dans toutes les BD d’aventures depuis les années 1930. Quand donc les personnages explorant une forêt tropicale se décideront-ils à éviter les marais ? Enfin, conclusion du Lucky Luke de Appollo et Brüno, dans un chapitre intitulé Avenir, dans lequel un homme d’affaire féru de ce qu’il s’imagine être la modernité prédit la fin du western. Au dela du gag facile de mettre cela dans Lucky Luke, les auteurs montrent surtout comment les deux réalités de la fiction et du tangible cohabitent toujours, malgré parfois les prétentions de l’un à supplanter l’autre, ou le contraire (mais alor la fiction ne se présente pas sous ce nom). Dans cette conclusion, Lucky Luke est plus effacé que jamais, il n’y fait rien et ne prononce pas un mot, se contentant d’écouter avec patience le grandiloquent soliloque, illustration du proverbe « les chiens aboient, la caravane (tome 24 de LL) passe.
Comme Mademoiselle J., les Fabrice ont décidé de traverser l’histoire, ce qui risque, comme elle, de les faire vieillir à vitesse accélérée : Laurent Verron assène qu’elle vieillit de dix ans à chaque tome. En les voyant débarquer vêtus en hommes des cavernes, j’ai toutefois d’abord pensé à Timour, de Sirius, qui lui aussi traversait les époques par le moyen de ses descendants qui tous se ressemblaient comme deux gouttes d’eau, au physique comme au moral. Trondheim et Juanungo ajoutent une nouvelle dimension à Manoir à louer, les habitants du manoir sont des lecteurs assidus de Spirou, et les enfants reproduisent leurs séries préférées, grâce à quoi on peut retrouver de nouveau cette semaine les sœurs Grémillet alors que leur aventure vient de se terminer dans le numéro précédent. Un pas vers la solution pour avoir du Spirou chaque semaine dans le magazine ? Hors Lucky Luke, l’histoire courte du numéro est un un nouvel épisode de Perdus, cette fois « à la ferme pédagogique » de Blaize-les-Pouzigues (Tillieux ou Goscinny auraient fait un jeu de mots, les auteurices actuels semblent moins portés sur ce genre d’humour, le comique ici tient à la sonorité du nom), après que la petite sœur se soit égarée dans les douves d’un château, d’où elle ramène un fléau d’armes (confusion avec les oubliettes?) : dans une BD d’humour classiques (la BD comme l’humour), les personnages se perdaient dans les chateaux, ici, Lisa Mandel et Pochep déjouent ce cliché, le château est expédié dans l’arrière-plan d’une case, et c’est dans une ferme moderne que se perdent les personnages. Si le dessin de Pochep et Lisa Mandel renouvelle par ailleurs avec bonheur la caricature gros nez, celui de Jilème, plus traditionnel, lui rend hommage dans Brad Rock avec un nez si énorme qu’il ne passe plus par la porte. Pour le gag de Working dead, Stella Lory joue du contraste entre le dessin de zombies qui s’embrassent rendu monstrueux par le cadrage en hyper gros plan, et le regard du zombie qui les regarde attendri avec les yeux hyper mignons rendus en technique kawaï (grands yeux avec reflets). Floris fait aussi un gag visuel dans Capitaine Anchois, avec les personnages revetant des déguisements pour échapper à un contrôle de police. Dad de Nob est un personnage décalé, familialement comme célibataire responsable de quatre filles de quatre mères différentes, qui lui donne aussi par ailleurs une image de séducteur en décalage avec son apparence et sa maladresse, enfin comme chomeur quasi permanent et la réalité de son métier en décalage avec l’image qu’il a de lui même. Le thème du décalage de génération revient donc souvent dans ses histoires, et cette fois ce sont ses parents qui sont plus en phase avec l’époque que lui-même.
Enfin, dans En direct de la rédac, suite du running gag de la mère mécontente de sa représentation dans Family life, de Jacques Louis, avec maintenant une lettre de mise en demeure de son avocat au nom flamand imprononçable pour un francophone et qui cache peut-être un jeu de mots (maître Van Den Schrijfelaar, comme Bertje Van Schrijfboek (cahier d'écriture) le traducteur dans Gaston Lagaffe, et autres mots redoutables avec schr- ou schtr-), En direct du futur annonce un numéro de Noël qui servira de couteau suisse pour le réveillon, ce qui prédit un numéro plein de surprises, et les Jeux de Pauline Casters, sur scénario de Tony Emeriau, sont sous forme de bande dessinée en histoire parodique de L’oncle Paul racontant l’hstoire de Mademoiselle J.