Re: Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...
Posté : jeu. 25 déc. 2025 11:27
Numéro 4569 du 05/11/2025
Pas d’aperçu de ce numéro sur le site Spirou, il a sans doute été réduit en cendres par le nouveau personnage du journal, Attila.
Selon une légende bien antérieure à l’existence-même d’internet, Néron jouait du violon pendant que rome brulait. En couverture de ce numéro, Attila prend son goûter dans une ville achevant de brûler. Mêmes temps (l’antiquité, à l’ère des réseaux sociaux, on ne va pas chipoter pour quelques siècles), mêmes mœurs, revisités par l’abbé, un auteur officiant surtout dans Fluide glacial, pour sa première série dans Spirou, mais un énième retour dans le magazine pour Attila, qui y avait été réhabilité par Sirius en 1958 dans Timour, où il le présentait comme un homme de culture et de parole, loin du barbare grotesque au point d’en être touchant il y a à peine dix ans dans le très drôle Attila et le club des Huns de Dab’s, sans parler, chez la concurrence, de Une aventure rocambolesque d’Attila, de Larcenet et Casanave en 2006. La démesure d’Attila (ce qu’on en connaît par la légende) en fait un plaisir à croquer l’horreur sans cruauté pour les dessinateurs comiques, comme on le voit aussi dans les Jeux de Joann et Annie Pastor, de ton joyeux malgré les innombrables têtes de morts qui les parsèment et, comme Dab’s et Larcenet et Casanave, l’abbé (il signe sans majuscule) représente Attila en nabot, pour le reste, l’humour consiste en un dialogue de sourds entre un romain rationnel et le conquérant sanguinaire et mégalomane. Une nouveauté : la périodicité (mensuelle) avec laquelle cette série va passer dans le magazine est indiquée en bas de la dernière planche.
La rubrique Dans la peau de l’abbé présente l’auteur de façon extravagante, on est censé y apprendre que c’est sa belle-fille, en bas âge, qui fait ses couleurs, elle serait ainsi pratiquement sa co-autrice puisque pratiquement aucun décor n’est dessiné au trait mais uniquement par la mise en formes de couleurs, à la différence du dessin de couverture. L’article est illustré d’un impressionnant autoportrait en coupe, ou en écorché (les deux conviennent pour le fléau de dieu) où viscères, pinceau et pots de mayonnaise s’entremèlent.
Outre Attila, ce numéro contient un autre désastre, des restes des moisissures d’Halloween du précédent numéro, et Bouzard est de nouveau appelé, cette fois dans les marges, afin de les nettoyer. Autres séquelles d’Halloween, des strips de Willy Woob, ainsi que, dans le Courrier des lecteurs, une lettre de Céline, la femme de l’auteur Jacques Louis dans family life, qui demande un droit de réponse pour l’image d’elle jugée dégradante et fausse, jusqu’à son apparence en zombie dans le numéro d’Halloween qui a fait déborder le vase. Affaire à suivre.
Dans les séries (à suivre), on découvre le mystérieux Charlie, le nouveau personnage de L’île de minuit apparu dans le précédent chapitre et qui sans son sweat-shirt et en plein jour a toutes les apparences physiques et vestimentaires d’une jeune fille bien qu’il soit considéré par les autres personnages comme un garçon. L’autre nouveau personnage lui se sort étonnament bien, compte tenu de ce qu’ont subi Elena et Elijha, de son affrontement avec les singes et, fait prisonnier par la petite bande, il est traité de façon extrèmement agressive, il en fait d’ailleurs lui-même la remarque : tout cela a un peu le goût d’un suspense créé de façon artificielle. On entame la seconde moitié de l’histoire de Mi-Mouche et la scénariste Véro Cazot, après la séquence d’espoir du chapitre précédent, la fait basculer vers la désillusion, aucun de ses parents ne répondant finalement aux attentes de Colette. Fin de Le gardien de la forêt, le huitième épisode des Sœurs Grémillet, plus spécifiquement consacré à Lucille, la plus jeune des sœurs et l’amie de la nature, ce gardien, le Liéchi, réel ou imaginaire, les auteurs Giovanni Di Gregorio et Alessandro Barbucci ne tranchant pas, s’avérant comme Lucille évidemment protecteur de la nature, mais également des enfants en détresse, détressse intime comme politique, Lucille qui a le plus souffert du divorce de ses parents ou le père de l’ami d’enfance de la mère de Lucille qui a échappé de peu à la mort durant la guerre. Un bel épisode qui fait se rejoindre la culture, par la transmission, et la nature. Les trois séries (à suivre) de ce numéro ont pour héros des enfants, (ce qui est un peu disproportionné), mais si les protagonistes de L’île de minuit sont livrés à eux-mêmes, Mi-Mouche et les sœurs Grémillet elles doivent se débattre dans des problèmes familiaux : si le dessin de Carole Maurel et celui d’Alessandro Barbucci sont très différents, le premier anguleux, plus dur, le second plus rond, plus adouci, ils ont en commun un encrage enlevé, style croquis, du moins pour les visages chez Barbucci, qui retranscrit bien l’enchevêtrement de vivacité et de tourments de ces jeunes personnages.
Pour le reste, les mouettes sarcastiques sont de retour dans Titan inc., et leurs commentaires sur la quatrième case d’un strip formellement constitué de trois cases est une maline parabole du franchissement du quatrième mur. La série de Manu Boisteau et Paul Martin fait de plus en plus penser à Boner’s Ark, la série quelque peu injustement méconnue du grand Mort Walker, par le cadre bien sûr, un huis-clos dans un bateau, mais aussi par l’approche, une galerie de personnages faisant micro-société, dans l’attente d’un évènement annoncé qui ne vient jamais, leurs interactions et leurs discours sur la situation. Le face-à-face des pages de Manoir à louer et L’édito fait ressortir le contraste entre la rigidité expressive de la vampire, que Juanungo représente en variant légèrement l’encrage d’un même dessin reproduit quatre fois, et l’hyper expressivité des Fabrice et du rédac’chef qui se tordent littéralement de rire. De bons gags dans les quatre séries de La pause-cartoon, trois pages de fabrication Midam, un Kid Paddle, un Game over avec momies et vampires, et une pub pour le dernier Kid Paddle, Zombie or not Zombie, décidément, on ne sort toujours pas d’Halloween. Enfin, comme Lucille dans Les sœurs Grémillet, c’est Roxane, son alter ego concernée par l’environnement, qui est mise en avant par Nob dans Dad pour un enième conflit de génération mais qui ne concerne pas, comme les précédents, la mode, mais plus gravement la survie des nouvelles générations.
Enfin, la rubrique Spirou et moi est consacrée à Mathilde Ruau, une illustratrice jeunesse qui a publié une BD sur comment faire un jardin potager, ce qui tombe bien puisque c’est une des revendications de Roxane pour l’école, et dans le multi-médias, le podcast du mois de Radio Fantasio est consacré à Mi-Mouche, tandis que le supplément est un mini-récit de Gaël, qui n’avait plus travaillé pour Spirou depuis 20 ans, une très classique mais amusante histoire d’invasion ratée de la Terre par des extra-terrestres.
Pas d’aperçu de ce numéro sur le site Spirou, il a sans doute été réduit en cendres par le nouveau personnage du journal, Attila.
Selon une légende bien antérieure à l’existence-même d’internet, Néron jouait du violon pendant que rome brulait. En couverture de ce numéro, Attila prend son goûter dans une ville achevant de brûler. Mêmes temps (l’antiquité, à l’ère des réseaux sociaux, on ne va pas chipoter pour quelques siècles), mêmes mœurs, revisités par l’abbé, un auteur officiant surtout dans Fluide glacial, pour sa première série dans Spirou, mais un énième retour dans le magazine pour Attila, qui y avait été réhabilité par Sirius en 1958 dans Timour, où il le présentait comme un homme de culture et de parole, loin du barbare grotesque au point d’en être touchant il y a à peine dix ans dans le très drôle Attila et le club des Huns de Dab’s, sans parler, chez la concurrence, de Une aventure rocambolesque d’Attila, de Larcenet et Casanave en 2006. La démesure d’Attila (ce qu’on en connaît par la légende) en fait un plaisir à croquer l’horreur sans cruauté pour les dessinateurs comiques, comme on le voit aussi dans les Jeux de Joann et Annie Pastor, de ton joyeux malgré les innombrables têtes de morts qui les parsèment et, comme Dab’s et Larcenet et Casanave, l’abbé (il signe sans majuscule) représente Attila en nabot, pour le reste, l’humour consiste en un dialogue de sourds entre un romain rationnel et le conquérant sanguinaire et mégalomane. Une nouveauté : la périodicité (mensuelle) avec laquelle cette série va passer dans le magazine est indiquée en bas de la dernière planche.
La rubrique Dans la peau de l’abbé présente l’auteur de façon extravagante, on est censé y apprendre que c’est sa belle-fille, en bas âge, qui fait ses couleurs, elle serait ainsi pratiquement sa co-autrice puisque pratiquement aucun décor n’est dessiné au trait mais uniquement par la mise en formes de couleurs, à la différence du dessin de couverture. L’article est illustré d’un impressionnant autoportrait en coupe, ou en écorché (les deux conviennent pour le fléau de dieu) où viscères, pinceau et pots de mayonnaise s’entremèlent.
Outre Attila, ce numéro contient un autre désastre, des restes des moisissures d’Halloween du précédent numéro, et Bouzard est de nouveau appelé, cette fois dans les marges, afin de les nettoyer. Autres séquelles d’Halloween, des strips de Willy Woob, ainsi que, dans le Courrier des lecteurs, une lettre de Céline, la femme de l’auteur Jacques Louis dans family life, qui demande un droit de réponse pour l’image d’elle jugée dégradante et fausse, jusqu’à son apparence en zombie dans le numéro d’Halloween qui a fait déborder le vase. Affaire à suivre.
Dans les séries (à suivre), on découvre le mystérieux Charlie, le nouveau personnage de L’île de minuit apparu dans le précédent chapitre et qui sans son sweat-shirt et en plein jour a toutes les apparences physiques et vestimentaires d’une jeune fille bien qu’il soit considéré par les autres personnages comme un garçon. L’autre nouveau personnage lui se sort étonnament bien, compte tenu de ce qu’ont subi Elena et Elijha, de son affrontement avec les singes et, fait prisonnier par la petite bande, il est traité de façon extrèmement agressive, il en fait d’ailleurs lui-même la remarque : tout cela a un peu le goût d’un suspense créé de façon artificielle. On entame la seconde moitié de l’histoire de Mi-Mouche et la scénariste Véro Cazot, après la séquence d’espoir du chapitre précédent, la fait basculer vers la désillusion, aucun de ses parents ne répondant finalement aux attentes de Colette. Fin de Le gardien de la forêt, le huitième épisode des Sœurs Grémillet, plus spécifiquement consacré à Lucille, la plus jeune des sœurs et l’amie de la nature, ce gardien, le Liéchi, réel ou imaginaire, les auteurs Giovanni Di Gregorio et Alessandro Barbucci ne tranchant pas, s’avérant comme Lucille évidemment protecteur de la nature, mais également des enfants en détresse, détressse intime comme politique, Lucille qui a le plus souffert du divorce de ses parents ou le père de l’ami d’enfance de la mère de Lucille qui a échappé de peu à la mort durant la guerre. Un bel épisode qui fait se rejoindre la culture, par la transmission, et la nature. Les trois séries (à suivre) de ce numéro ont pour héros des enfants, (ce qui est un peu disproportionné), mais si les protagonistes de L’île de minuit sont livrés à eux-mêmes, Mi-Mouche et les sœurs Grémillet elles doivent se débattre dans des problèmes familiaux : si le dessin de Carole Maurel et celui d’Alessandro Barbucci sont très différents, le premier anguleux, plus dur, le second plus rond, plus adouci, ils ont en commun un encrage enlevé, style croquis, du moins pour les visages chez Barbucci, qui retranscrit bien l’enchevêtrement de vivacité et de tourments de ces jeunes personnages.
Pour le reste, les mouettes sarcastiques sont de retour dans Titan inc., et leurs commentaires sur la quatrième case d’un strip formellement constitué de trois cases est une maline parabole du franchissement du quatrième mur. La série de Manu Boisteau et Paul Martin fait de plus en plus penser à Boner’s Ark, la série quelque peu injustement méconnue du grand Mort Walker, par le cadre bien sûr, un huis-clos dans un bateau, mais aussi par l’approche, une galerie de personnages faisant micro-société, dans l’attente d’un évènement annoncé qui ne vient jamais, leurs interactions et leurs discours sur la situation. Le face-à-face des pages de Manoir à louer et L’édito fait ressortir le contraste entre la rigidité expressive de la vampire, que Juanungo représente en variant légèrement l’encrage d’un même dessin reproduit quatre fois, et l’hyper expressivité des Fabrice et du rédac’chef qui se tordent littéralement de rire. De bons gags dans les quatre séries de La pause-cartoon, trois pages de fabrication Midam, un Kid Paddle, un Game over avec momies et vampires, et une pub pour le dernier Kid Paddle, Zombie or not Zombie, décidément, on ne sort toujours pas d’Halloween. Enfin, comme Lucille dans Les sœurs Grémillet, c’est Roxane, son alter ego concernée par l’environnement, qui est mise en avant par Nob dans Dad pour un enième conflit de génération mais qui ne concerne pas, comme les précédents, la mode, mais plus gravement la survie des nouvelles générations.
Enfin, la rubrique Spirou et moi est consacrée à Mathilde Ruau, une illustratrice jeunesse qui a publié une BD sur comment faire un jardin potager, ce qui tombe bien puisque c’est une des revendications de Roxane pour l’école, et dans le multi-médias, le podcast du mois de Radio Fantasio est consacré à Mi-Mouche, tandis que le supplément est un mini-récit de Gaël, qui n’avait plus travaillé pour Spirou depuis 20 ans, une très classique mais amusante histoire d’invasion ratée de la Terre par des extra-terrestres.