Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...

L'actualité du journal qui va avec la série

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heijingling
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Re: Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...

Message par heijingling »

Numéro 4568 du 29/10/2025

Ici un aperçu du numéro: https://www.spirou.com/special-halloween/

Annoncé par un gag de Bercovici dans le numéro précédent, voici donc un numéro spécial Halloween en odorama, un gagdet qui consiste à gratter une pastille pour faire ressortir une odeur, plaisante ou non, pastille ici dissimulée en couverture sous forme de cerveau d’un zombie déguisé en marsupilami, ce qui est une bonne idée, et on peut imaginer que dans Fluide glacial elle aurait été placée ailleurs… Un spécial Halloween à dessin de couverture qui, comme nombre de spéciaux vraiment spéciaux (ceux de 100 pages), s’étend sur deux pages, en première et quatrième de couverture, cette deuxième moitié révélant souvant un gag amorcé dans la première moitié, ce qui est le cas ici, et plus encore, puisque le gag consiste en la puanteur s’échapant de la première page qui se répand sur la dernière et de là dans l’ensemble du numéro pour pourrir tout ce qu’elle touche, un numéro tour de force, qui a nécessité la coordination en amont de nombres d’auteurs pour qu’ils introduisent cet effet dans leurs histoires. C’est Stella Lory qui a donc réalisé cette couverture double avec sa série Working dead, que le journal a à priori décidé de mettre en avant, puisque c’est la deuxième fois qu’elle a les honneurs de la couverture depuis ses débuts il y a moins de trois mois. Certes une série zombie est destinée à être mise en vedette lors d’Halloween, mais d’autres auraient été autant légitimes, comme Manoir à louer (autre série commencée cette année), sans parler de Zombillénium, Kid paddle, Game over (qui ont déjà eu plusieurs fois cet honneur) ou Pernille ou Kahl et Pörth (rarement si pas jamais vus en couverture, eux). On a donc dans la continuité de la couverture une histoire de sept pages de Working dead, réparties dans l’ensemble du numéro, où l’on voit que les zombies de la start-up font se putréfier tout ce qu’ils touchent (une allégorie gauchiste? La critique de l’entreprise est toujours présente, ainsi la fête organisée porte le nom d’Hallo-win), et Stella Lory a vraisemblablement dessiné les moisissures, asticots et mouches qui envahissent progressivement l’ensemble des marges du numéro, jusqu’à déborder dans certaines planches, Spoirou et Fantasperge de Sti débordant eux de la Malédiction de la page treize pour commenter cette putréfaction au long des pages.

Paradoxalement, c’est la série qui, en dehors de L’édito, est la plus impliquée dans le magazine chaque semaine qui est la moins touchée par cette animation : se trouvant en page deux, les moisissures commencent tout juste à se répandre et ne la touchent que peu, on a donc simplement dans Manoir à louer une traditionnelle histoire de préparation d’Halloween. Par contre, l’odeur est déjà présente page trois, et les Fabrice se plaignent à bon droit d’en être injustement accusés. Toujours pas affectée non plus est Nuit blanche au camp, une histoire en deux page de Julien Dykmans au dessin tarabiscoté et anguleux parfait pour un récit d’horreur, sur un scénario classique d’inversion des perspectives avec des monstres racontant une histoire de bonheur pour se faire peur mais bien mené par Sti, ses Spoirou et Fantasperge le jugeant « de premier choix, en toute objectivité » dans un auto clin d’œil, et la première victime de l’infestation est finalement Gary C. Neel, tombant malade de l’ingestion de la nourriture préparée pour le Dia de los muertos, la fête du jour des morts mexicaine à laquelle ses auteurs Ced et Gorobei l’ont judicieusement fait assister plutôt qu’Halloween, nourriture pourrie par les effluves zombiesques, qui ont également vermoulu le plancher de la soirée d’Halloween où se rendent Kahl et Pörth (de Ced encore, Frantz Hofmann, qui signe aussi les Jeux intitulés Putrédaction, titre qui contient un double jeu de mots dont un peu familial, et Annelise). Mais c’est avec la suite que l’épidémie prend une dimension supérieure, d’abord avec la fin de l’histoire de Working dead, qui révèle que Greg, le personnage humain perdu dans l’entreprise zombie, est, à l’instar de ceux de Manoir à louer, lecteur de Spirou, et que c’est tout le journal qui s’est fait zombifier, à commencer par les personnages en couverture qui était normaux lors de l’achat du magazine, comme si l’on assistait à une zombification en temps réel. Puis c’est Céline, la mère à tendance rigide de Family life de Jacques Louis qui devient une zombie après avoir mangé un cake touché par le « truc gluant » qui déborde des marges et envahit les cases, la situation étant à ce point devenue si intenable que la rédaction décide de faire appel à Guillaume Bouzard pour y remédier dans l’histoire intitulée La pousse du siècle, où il découvre que dans la pourriture ont poussé des cèpes, qu’il s’empresse de ramasser pour les vendre, malheureusement ce ne sont pas des cèpes de Bordeaux mais de Marcinelle, et les acheteurs finiront intoxiqués...Le reste des histoires, tant les gags que les (à suivre), sont aussi touchées par la moisissure, mais à la différence des précédentes cela n’affecte pas l’histoire, les gags se contentant d’un traditionnel thème Halloween, comme dans La pause-cartoon (dont un Fish n chips de Tom à l’humour particulièrement macabre) ou Game over.

Coïncidence, le pénultième chapitre de l’histoire des Soeurs Grémillet Le gardien de la forêt se déroule pendant l’attendue nuit du Liechi, superbe fête fantastique automnale en heureux contrepoint à Halloween. Ce chapitre finit sur un double suspense, sentimental (l’évolution de la relation de la maman et son ami d’enfance) et fantastique (le Liechi existe-t-il ou n’est-il qu’une illusion), et les auteurs Giovanni di Gregorio et Alessandro Barbucci utilisent habilement cette nuit fantastique riche en rebondissement pour révéler que c’est la plus jeune des sœurs qui à le plus souffert du divorce de ses parents, et cette perte explique en partie l’origine de son amour pour les animaux, qui eux ne l’ont jamais abandonnée. Le quatrième chapitre de Mi-mouche marque un tournant en faisant la part belle au père de Colette, jusqu’ici assez effacé, qui a avec sa fille une complicité que n’a pas sa mère : ira-t-il jusqu’à soutenir sa fille face à sa femme, au risque d’un conflit qui pourrait mener à un divorce ? Quant au chapitre de L’île de minuit, il colle au titre de la série puisqu’il se passe de nuit.

Enfin, le rédactionnel consiste en Dans la tête de Stella Lory, qui s’y est faite une caricature foisonnante et délirante, un concours « tout pourri », et le Courrier des lecteurs où il est enfin dit et expliqué pourquoi il manquait des pages dans la prépublication de la dernière histoire de Champignac : on y voyait une consommation de « paradis artificiels », ce qui a été estimé ne pas pouvoir passer dans un journal familial. Si l’explication se tient, le journal aurait pu avoir la politesse élémentaire de proposer une page de remplacement, plutôt que ce vide rendant le passage encadrant ces pages manquantes incompréhensible. Ce problème est un classique des différences de publication entre le journal et l’album, dont le célèbre remontage pour les albums des planches que Franquin composait en vue du journal. Tintin a financièrement résolu la question en publiant en sus des albums classiques (dont la version noir et blanc des albums couleur et la version couleur des albums noir et blanc) la version pseudo fac-similé de la publication dans le journal, solution seulement applicable pour Tintin et l’idolâtrie dont il fait l’objet. Mais concernant ce Champignac, c’est d’autant plus dommage que dans les pages manquantes il y est appelé par un chaman lui tendant des champignons hallucinogènes d’un savoureux “l’ami des champignons”...
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heijingling
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Message par heijingling »

Numéro 4569 du 05/11/2025

Pas d’aperçu de ce numéro sur le site Spirou, il a sans doute été réduit en cendres par le nouveau personnage du journal, Attila.

Selon une légende bien antérieure à l’existence-même d’internet, Néron jouait du violon pendant que rome brulait. En couverture de ce numéro, Attila prend son goûter dans une ville achevant de brûler. Mêmes temps (l’antiquité, à l’ère des réseaux sociaux, on ne va pas chipoter pour quelques siècles), mêmes mœurs, revisités par l’abbé, un auteur officiant surtout dans Fluide glacial, pour sa première série dans Spirou, mais un énième retour dans le magazine pour Attila, qui y avait été réhabilité par Sirius en 1958 dans Timour, où il le présentait comme un homme de culture et de parole, loin du barbare grotesque au point d’en être touchant il y a à peine dix ans dans le très drôle Attila et le club des Huns de Dab’s, sans parler, chez la concurrence, de Une aventure rocambolesque d’Attila, de Larcenet et Casanave en 2006. La démesure d’Attila (ce qu’on en connaît par la légende) en fait un plaisir à croquer l’horreur sans cruauté pour les dessinateurs comiques, comme on le voit aussi dans les Jeux de Joann et Annie Pastor, de ton joyeux malgré les innombrables têtes de morts qui les parsèment et, comme Dab’s et Larcenet et Casanave, l’abbé (il signe sans majuscule) représente Attila en nabot, pour le reste, l’humour consiste en un dialogue de sourds entre un romain rationnel et le conquérant sanguinaire et mégalomane. Une nouveauté : la périodicité (mensuelle) avec laquelle cette série va passer dans le magazine est indiquée en bas de la dernière planche.

La rubrique Dans la peau de l’abbé présente l’auteur de façon extravagante, on est censé y apprendre que c’est sa belle-fille, en bas âge, qui fait ses couleurs, elle serait ainsi pratiquement sa co-autrice puisque pratiquement aucun décor n’est dessiné au trait mais uniquement par la mise en formes de couleurs, à la différence du dessin de couverture. L’article est illustré d’un impressionnant autoportrait en coupe, ou en écorché (les deux conviennent pour le fléau de dieu) où viscères, pinceau et pots de mayonnaise s’entremèlent.
Outre Attila, ce numéro contient un autre désastre, des restes des moisissures d’Halloween du précédent numéro, et Bouzard est de nouveau appelé, cette fois dans les marges, afin de les nettoyer. Autres séquelles d’Halloween, des strips de Willy Woob, ainsi que, dans le Courrier des lecteurs, une lettre de Céline, la femme de l’auteur Jacques Louis dans family life, qui demande un droit de réponse pour l’image d’elle jugée dégradante et fausse, jusqu’à son apparence en zombie dans le numéro d’Halloween qui a fait déborder le vase. Affaire à suivre.

Dans les séries (à suivre), on découvre le mystérieux Charlie, le nouveau personnage de L’île de minuit apparu dans le précédent chapitre et qui sans son sweat-shirt et en plein jour a toutes les apparences physiques et vestimentaires d’une jeune fille bien qu’il soit considéré par les autres personnages comme un garçon. L’autre nouveau personnage lui se sort étonnament bien, compte tenu de ce qu’ont subi Elena et Elijha, de son affrontement avec les singes et, fait prisonnier par la petite bande, il est traité de façon extrèmement agressive, il en fait d’ailleurs lui-même la remarque : tout cela a un peu le goût d’un suspense créé de façon artificielle. On entame la seconde moitié de l’histoire de Mi-Mouche et la scénariste Véro Cazot, après la séquence d’espoir du chapitre précédent, la fait basculer vers la désillusion, aucun de ses parents ne répondant finalement aux attentes de Colette. Fin de Le gardien de la forêt, le huitième épisode des Sœurs Grémillet, plus spécifiquement consacré à Lucille, la plus jeune des sœurs et l’amie de la nature, ce gardien, le Liéchi, réel ou imaginaire, les auteurs Giovanni Di Gregorio et Alessandro Barbucci ne tranchant pas, s’avérant comme Lucille évidemment protecteur de la nature, mais également des enfants en détresse, détressse intime comme politique, Lucille qui a le plus souffert du divorce de ses parents ou le père de l’ami d’enfance de la mère de Lucille qui a échappé de peu à la mort durant la guerre. Un bel épisode qui fait se rejoindre la culture, par la transmission, et la nature. Les trois séries (à suivre) de ce numéro ont pour héros des enfants, (ce qui est un peu disproportionné), mais si les protagonistes de L’île de minuit sont livrés à eux-mêmes, Mi-Mouche et les sœurs Grémillet elles doivent se débattre dans des problèmes familiaux : si le dessin de Carole Maurel et celui d’Alessandro Barbucci sont très différents, le premier anguleux, plus dur, le second plus rond, plus adouci, ils ont en commun un encrage enlevé, style croquis, du moins pour les visages chez Barbucci, qui retranscrit bien l’enchevêtrement de vivacité et de tourments de ces jeunes personnages.

Pour le reste, les mouettes sarcastiques sont de retour dans Titan inc., et leurs commentaires sur la quatrième case d’un strip formellement constitué de trois cases est une maline parabole du franchissement du quatrième mur. La série de Manu Boisteau et Paul Martin fait de plus en plus penser à Boner’s Ark, la série quelque peu injustement méconnue du grand Mort Walker, par le cadre bien sûr, un huis-clos dans un bateau, mais aussi par l’approche, une galerie de personnages faisant micro-société, dans l’attente d’un évènement annoncé qui ne vient jamais, leurs interactions et leurs discours sur la situation. Le face-à-face des pages de Manoir à louer et L’édito fait ressortir le contraste entre la rigidité expressive de la vampire, que Juanungo représente en variant légèrement l’encrage d’un même dessin reproduit quatre fois, et l’hyper expressivité des Fabrice et du rédac’chef qui se tordent littéralement de rire. De bons gags dans les quatre séries de La pause-cartoon, trois pages de fabrication Midam, un Kid Paddle, un Game over avec momies et vampires, et une pub pour le dernier Kid Paddle, Zombie or not Zombie, décidément, on ne sort toujours pas d’Halloween. Enfin, comme Lucille dans Les sœurs Grémillet, c’est Roxane, son alter ego concernée par l’environnement, qui est mise en avant par Nob dans Dad pour un enième conflit de génération mais qui ne concerne pas, comme les précédents, la mode, mais plus gravement la survie des nouvelles générations.

Enfin, la rubrique Spirou et moi est consacrée à Mathilde Ruau, une illustratrice jeunesse qui a publié une BD sur comment faire un jardin potager, ce qui tombe bien puisque c’est une des revendications de Roxane pour l’école, et dans le multi-médias, le podcast du mois de Radio Fantasio est consacré à Mi-Mouche, tandis que le supplément est un mini-récit de Gaël, qui n’avait plus travaillé pour Spirou depuis 20 ans, une très classique mais amusante histoire d’invasion ratée de la Terre par des extra-terrestres.
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Message par heijingling »

Numéro 4570 du 12/11/2025

Ici un aperçu du numéro: https://spirou.com/mademoiselle-j-en-quete-de-verite/

Une belle couverture pour le retour de Mademoiselle J., pas celle de Gaston, comme précisé sous l’ours, mais la « journaliste intrépide et jeune femme indépendante », qui, à l’instar des Sœurs Grémillet dont elle prend la succession dans le magazine, va découvrir des secrets de famille dans cette quatrième aventure qui s’intitule Le bonheur de dire Maman (rappelons que Juliette de Sainteloi, de nom de plume Mademoiselle J., est orpheline de mère). Si Yves Sente le scénariste et Laurent Verron le dessinateur se documentent abondamment sur l’époque à laquelle se passent leurs histoires, Juliette est elle si indépendante qu’elle est en avance de nombreuses années sur son temps, comme on le voit aux titres de ses livres, ou à son oubli de subjonctifs (planche 7), fréquent de nos jours mais pas chez une bourgeoise cultivée née en 1915. La présentation de l’épisode dans le journal porte le nom de Mademoiselle J. en 5 mots, et celle en ligne Mademoiselle J. en 5 mots https://spirou.com/mademoiselle-j-en-9-mots/ , les quatre mots supplémentaires étant les plus intéressants, ainsi sur la documentation, Laurent Verron dit « J’ai passé beaucoup de temps à me documenter sur l’Indochine, ancienne colonie française, afin de dessiner au mieux les endroits réels qu’Yves a mis dans son scénario. Surprise : de nombreux bâtiments ont été construits dans un style européen, ce qui donne à certaines planches une sorte de dépaysement décalé. » C’est sa surprise qui est surprenante, les colons ayant toujours reproduit leur vie dans les colonies selon celle de leur pays d’origine, il est normal qu’en Indochine se trouvent des bâtiments de style européen d’il y a un siècle et plus, ce sont d’ailleurs des attractions touristiques que les anciennes colonies mettent en valeur. Mais surtout, il précise aussi «Je travaille au « pinceau sec », avec peu d’encre, ce qui me permet de travailler une gamme de noirs allant jusqu’au gris, une technique apprise avec Roba. Mademoiselle J me permet beaucoup d’expérimentations. Je travaille par exemple la matière avec des vieux pinceaux abîmés, ou même des papiers froissés, que je trempe dans l’encre ! » que l’on se doit de compléter avec cet extrait d’interview parue sur ActuaBD : «Certains dessinateurs estiment que l’encrage est une étape obligatoire qu’ils n’apprécient pas. D’autres travaillent à l’ordinateur en fonçant leur crayon pour ne plus encrer. Étant un admirateur de Jijé, de Milton Caniff et d’autres maîtres de l’encrage, j’estime que le dessin s’y prolonge. Cette étape ne consiste pas à repasser sur le crayon, mais reste une véritable création. », opinion à laquelle je souscris entièrement, les meilleurs dessinateurs de BD sont de grands encreurs.  Et dans le cas de Verron, on a ainsi droit à de superbes planches texturées. Coïncidence, dans le Courrier des lecteurs, Jonathan Munoz précise aussi sa technique de dessin pour L’épée de bois, il « encre », ou plutôt repasse ses crayonnés avec un fusain noir, ce qui donne à ses dessins leur aspect presque tangible, comme ceux de Laurent Verron, et dans La leçon de dessin, Marko loue à juste titre les techniques d’encrage avec lesquelles une très jeune amatrice (10 ans) représente des fumées. Il est juste dommage que, lorsque Laurent Verron parle des expérimentations dans Mademoiselle J., on ne sait si cela tient à la série, grâce aux retranscriptions de différentes époques qu’elle nécessite, ou à la liberté que procure la prépublication dans Spirou.

Dans le huitième chapitre de Mi-Mouche, celle-ci est effrayée par sa propre capacité de violence. L’épisode de L’île de Minuit commence assez bavard, pour finir par un suspense où les personnages se font attaquer par le serpent géant géant qui se dissimule systématiquement dans tous les marais tropicaux dans toutes les BD d’aventures depuis les années 1930. Quand donc les personnages explorant une forêt tropicale se décideront-ils à éviter les marais ? Enfin, conclusion du Lucky Luke de Appollo et Brüno, dans un chapitre intitulé Avenir, dans lequel un homme d’affaire féru de ce qu’il s’imagine être la modernité prédit la fin du western. Au dela du gag facile de mettre cela dans Lucky Luke, les auteurs montrent surtout comment les deux réalités de la fiction et du tangible cohabitent toujours, malgré parfois les prétentions de l’un à supplanter l’autre, ou le contraire (mais alor la fiction ne se présente pas sous ce nom). Dans cette conclusion, Lucky Luke est plus effacé que jamais, il n’y fait rien et ne prononce pas un mot, se contentant d’écouter avec patience le grandiloquent soliloque, illustration du proverbe « les chiens aboient, la caravane (tome 24 de LL) passe.

Comme Mademoiselle J., les Fabrice ont décidé de traverser l’histoire, ce qui risque, comme elle, de les faire vieillir à vitesse accélérée : Laurent Verron assène qu’elle vieillit de dix ans à chaque tome. En les voyant débarquer vêtus en hommes des cavernes, j’ai toutefois d’abord pensé à Timour, de Sirius, qui lui aussi traversait les époques par le moyen de ses descendants qui tous se ressemblaient comme deux gouttes d’eau, au physique comme au moral. Trondheim et Juanungo ajoutent une nouvelle dimension à Manoir à louer, les habitants du manoir sont des lecteurs assidus de Spirou, et les enfants reproduisent leurs séries préférées, grâce à quoi on peut retrouver de nouveau cette semaine les sœurs Grémillet alors que leur aventure vient de se terminer dans le numéro précédent. Un pas vers la solution pour avoir du Spirou chaque semaine dans le magazine ? Hors Lucky Luke, l’histoire courte du numéro est un un nouvel épisode de Perdus, cette fois « à la ferme pédagogique » de Blaize-les-Pouzigues (Tillieux ou Goscinny auraient fait un jeu de mots, les auteurices actuels semblent moins portés sur ce genre d’humour, le comique ici tient à la sonorité du nom), après que la petite sœur se soit égarée dans les douves d’un château, d’où elle ramène un fléau d’armes (confusion avec les oubliettes?) : dans une BD d’humour classiques (la BD comme l’humour), les personnages se perdaient dans les chateaux, ici, Lisa Mandel et Pochep déjouent ce cliché, le château est expédié dans l’arrière-plan d’une case, et c’est dans une ferme moderne que se perdent les personnages. Si le dessin de Pochep et Lisa Mandel renouvelle par ailleurs avec bonheur la caricature gros nez, celui de Jilème, plus traditionnel, lui rend hommage dans Brad Rock avec un nez si énorme qu’il ne passe plus par la porte. Pour le gag de Working dead, Stella Lory joue du contraste entre le dessin de zombies qui s’embrassent rendu monstrueux par le cadrage en hyper gros plan, et le regard du zombie qui les regarde attendri avec les yeux hyper mignons rendus en technique kawaï (grands yeux avec reflets). Floris fait aussi un gag visuel dans Capitaine Anchois, avec les personnages revetant des déguisements pour échapper à un contrôle de police. Dad de Nob est un personnage décalé, familialement comme célibataire responsable de quatre filles de quatre mères différentes, qui lui donne aussi par ailleurs une image de séducteur en décalage avec son apparence et sa maladresse, enfin comme chomeur quasi permanent et la réalité de son métier en décalage avec l’image qu’il a de lui même. Le thème du décalage de génération revient donc souvent dans ses histoires, et cette fois ce sont ses parents qui sont plus en phase avec l’époque que lui-même.

Enfin, dans En direct de la rédac, suite du running gag de la mère mécontente de sa représentation dans Family life, de Jacques Louis, avec maintenant une lettre de mise en demeure de son avocat au nom flamand imprononçable pour un francophone et qui cache peut-être un jeu de mots (maître Van Den Schrijfelaar, comme Bertje Van Schrijfboek (cahier d'écriture) le traducteur dans Gaston Lagaffe, et autres mots redoutables avec schr- ou schtr-), En direct du futur annonce un numéro de Noël qui servira de couteau suisse pour le réveillon, ce qui prédit un numéro plein de surprises, et les Jeux de Pauline Casters, sur scénario de Tony Emeriau, sont sous forme de bande dessinée en histoire parodique de L’oncle Paul racontant l’hstoire de Mademoiselle J.
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Message par heijingling »

Numéro 4571 du 19/11/2025

Ici un aperçu du numéro: https://spirou.com/gardez-la-frite-avec-cedric/

Une belle couverture de Laudec, dans le sens qu’elle est typiquement bande dessinée et non illustrative : la construction n’est pas voulue dynamique, harmonieuse ou équilibrée mais narrative, elle est un gag en elle-même mais pourrait aussi être la dernière case d’une histoire: en effet, rien ne justifie ici que le grand’père de Cédric soit astreint à un régime basse calories, c’est donc, en l’absence de la planche hypothétique que concluerait ce dessin, une justification gratuite uniquement là pour motiver le jeu, appuyé par l’air complice du restaurateur, entre Cédric et son grand’père, qui est le véritable gag, qui renvoit à la série pour qui la connaît ou pousse à la découvrir pour les autres. Par ailleurs, le dessin est entièrement stylisé, s’il n’y a pratiquement pas de perspective dans l’enseigne de la friterie, au contraire de la table à manger et même de la même enseigne dans l’histoire, c’est que celle-ci est posée en relation avec le titre du journal, du même jaune flamboyant, qui renvoit de plus aux frites et aux cheveux de Cédric. Enfin, le dessin de Laudec est caractéristique du gros nez et des formes rondes du style Marcinelle dans les personnages (jusqu’à la coiffure de Cédric, copie de celle de Pirlouit), mais plus tranchant dans les décors, comme les feuillages en couverture, et va pratiquement jusqu’au psychédélisme dans la distortion des plantes du bac à fleurs dans la dernière case de l’histoire, du doublement des tracés des feuillages planche 2 ou de l’écorce en peau de reptile planche 3. Le dessin de Laudec est mixte, ou impur, comme l’art de la BD. Et cela, sans même compter ses collages et inclusions de tableaux (Sisley planche un, Caillebotte planche trois, Mucha planche quatre), dont il parle dans L’arrière-boutique de Laudec («mon coloriste Leonardo s’est chargé de lui trouver des couleurs “à la Cédric”.  »)  ou les « petites nouvelles amusantes [qu’il] cache dans les journaux»  (celle-ci parlant d’un grand prix du public au festival de  Boulion-lez-Angoulême (sic) remporté par une BD générée par une IA au moment des perturbations que l’on sait doit certainement représenter quelque chose, mais je ne sais quoi). Les Jeux de Schmittmy reprennent la dernière scène de l’histoire, avec un dessin qui lui unifie décors, personnages et éléments d’autres BD du journal placés là pour un jeu (dont un gant auquel il manque des doigts que l’on attribuera à Soda ou à un titre de Gil Jourdan selon sa génération). On trouve enfin un autre jeu concernant Cédric dans la rubrique En direct de la rédaction, sous forme de mots mystère, qui ressemblent à des mots croisés, que l’on ne voit qu’extrèmement rarement dans le magazine, ainsi que de véritables mots croisés dans l’illustration du bulletin d’abonnement par Cromheecke et Thiriet, et ce quand le gag de Manoir à louer parle justement de mots croisés dans Spirou : coïncidence, incroyable don de prescience ou grande complicité entre les auteurs et la rédaction ?

L’autre histoire courte du numéro est un Family life de Jacques Louis sous forme d’amusant faux droit de réponse de Céline, sa femme , dans la continuité du running gag qui se poursuit depuis trois numéro, où les planches présentées, soi-disant validées par Céline, présentent les regrets et la contrition de l’auteur, démentis par un message caché de l’auteur. La faute d’orthographe de Céline en serait-il un autre?

Dans les (à suivre), suite de Mi-Mouche, avec une première partie de l’épisode où les personnages semblent aller mieux, mais avec une seconde partie qui rappelle violement à Colette la réalité du harcelement, avec une scène de combat construite par Carole Maurel comme un manga de sport, cadrage comme mise en page et découpage, avec sa décomposition du mouvement, le choix et l’application particulières des couleurs donnant eux sa puissance et son émotion à la séquence. À comparer avec l’ouverture de l’épisode de L’île de minuit , étonnamment minimalistement sobre pour une scène d’action, où les personnages sont placés au centre des cases et représentés de face ou de profil (qui aurait soupçonné une influence de William Vance sur Nicolas Grébil?...) À l’inverse, dans la séquence suivante, dialoguée, les cadrages sont plus variés pour éviter qu’elle ne soit trop statique, ce qui était inutile dans la scène d’action, et montre bien par contraste que Carole Maurel a surjoué sa scène d’action pour la dramatiser. La découverte d’un apparent terrible secret de famille va méler Mademoiselle J. à la géopolitique, avec les services secrets communistes vietnamiens, puis les auteurs Yves Sente et Laurent Verron se sont fait et font plaisir aux amateurs de BD Dupuis classiques avec deux scènes clin d’œil, où une Facel Vega roule de nuit devant une route bretonne immergée, puis où Juliette et ses amis pénètrent dans un caveau pour vérifier si un cercueil contient bien un cadavre mais n’y trouvent que des sacs de sable...

Dans les gags, nous apprenons que les Fabrice ont suivi le chemin inverse du Petit Spirou qui, de garnement obsédé sexuel, est devenu le héros que l’on connaît, alors que les catastrophiques Fabrice adultes ont été des enfants bien sages, quoi qu’ils s’illusionnent du contraire dans L’édito. Manu Boisteau et Paul Martin parlent politique dans Titan inc., avec une allégorie de la société de consommation fonçant dans le mur, et Jonathan Munoz l’ introduit dans L’épée de bois, avec une variante de la théorie du ruissellement. Dans Working dead, étrangement, seul Greg voit les zombies qui composent Brainy, l’entreprise où il est employé, eux-mêmes niant ce statut, seule l’intelligence artificielle à laquelle il s’adresse dans ce gag semble également connaître la vérité mais la nie, de crainte d’être détruite, parabole aussi certainement, politique peut-être, mais bien moins claire. Dans La pause cartoon, les animaux marins de Fish n chips de Tom ont affaire à un nouveau déchet, tandis que Les Fifiches du Proprofesseur et Des gens et inversement traitent des voitures, directement pour le second, de façon imagée très réussie pour le premier. Zimra et Romain Pujol présentent un Tuto dessiné en BD soi-disant réalisée par Psychotine elle-même, et dans Dad nous assistons à la fin de la carrière d’influenceuse de la chienne Mouf. Enfin, En direct du futur parle pour la deuxième semaine de suite du numéro spécial Noël, pour y annoncer le début de deux séries dont une nouvelle : on espère donc qu’il sera véritablement exceptionnel.
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Re: Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...

Message par heijingling »

Quatre chroniques d'un coup, pour tenter de combler un peu mon retard :dors: Joyeux Noël à tout le monde :spirou:
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Franco B Helge
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Message par Franco B Helge »

Merci infiniment pour vos analyses approfondies de chaque numéro du Journal, et merci pour cette mise à jour :spirou: !

Merci encore et joyeuses fêtes !!
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Re: Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...

Message par heijingling »

Numéro 4572 du 26/11/2025

Ici un aperçu du numéro: https://spirou.com/raowl-presente-guill ... onquerant/

Pour faire de la place pour les nouvelles séries annoncées qui doivent débuter dans le numéro de Noël, la rédaction fait des soldes de fin d'année sur le nombre de pages de séries en cours pour qu’elles se terminent plus vite, on a ainsi droit à 12 pages de L’île de minuit. S’y ajoutent 10 pages de Mademoiselle J. , 5 pages de Raowl, 8 de Mi-Mouche, 4 pages d’Attila, et l’un dans l’autre il ne reste plus de place pour les d’habitude toujours fidèles Pause cartoon, Game over, ou des strips.
Raowl donc, de retour après six mois d’absence, dont il a dû profiter pour faire un stage chez l’oncle Paul, puisqu’il présente sa vision de Guillaume le Conquérant, à l’occasion d’une exposition que Tebo, auteur normand, a réalisée au château où ce duc de Normandie devenu roi d’Angleterre a vécu https://www.chateau-guillaume-leconquer ... quete.html Mais ne vous fiez pas au trompeur dessin de couverture montrant Guillaume utilisant Raowl comme marchepied pour triompher d’un cyclope, dans l’historiette découpée en pages de gags Raowl fidèle à lui-même préfère nous parler des « infos de la honte » sur celui qu’il appelle Guigui la Nouille. L’argument de Raowl, assez convaincant, est qu’ainsi tourné en dérision (Guillaume aurait subi un entrainement à la dure en slip), et placé dans de la culture populaire (en parodie de super héros Marvel) il va durablement marquer les esprits des enfants, des historiens rétablissant dans l’exposition les faits avec sérieux en contrepoint des pièces de Tebo dont, on le voit dans L’arrière boutique de Tebo, Raowl incrusté dans la tapisserie de Bayeux, lui, si actif, qui déteste la faire, et Bercovici et Bernstein donnent eux aussi des informations moins délirantes dans la rubrique 3 infos 2 vraies 1 fausse, telles qu’un autre surnom du conquérant, ainsi que Frefon dans ses Jeux (le roi anglais Harold, la tapisserie de Bayeux. Le point de loin le plus intéressant de l’interview de Tebo est qu’il est pense en dessin, ce qui lui donne son ton unique : « Quand je dessine dans mon carnet tout va très vite. Si vite que parfois, j’ai l’impression que les idées sont dans ma main plutôt que dans ma tête. Ça me donne presque l’impression de voir arriver mes gags en temps réel. » On a besoin de plus d’iconoclastes comme lui pour oser révéler cela, comme si ce processus d’écriture était une tare que les autres auteurices de BD dissimulaient. On trouve une approche similaire chez Midam lorsqu’il dit dans Le courrier des lecteurs être « parfois parti de l’idée du lettrage de la dernière case de Game over pour trouver le gag (« Ho tiens, ce serait rigolo d’avoir Game over écrit avec des os... »)

Fin donc de L’île de minuit, au sixième épisode, mais publiés en grosses tranches, donc un nombre que l’on peut estimer impressionnant de planches (non numérotées), fin qui apporte des réponses par Églantine, la « femme aux singes », mélange de sorcière par la cabane qu’elle habite, les simples qu’elle cultive, ses cheveux roux (toutes les sorcières ont les cheveux roux, de Mélusine à Gretchen en passant par Isabelle (arrière arrière petite fille de sorcier) rien que dans Spirou, et cette année, chez la concurrence, green Witch, de Trondheim et Biancarelli) et de scientifique, dont le fait que les habitants du phare, qui contrôlent toute l’île, sont des enfants, et que si l’île est quasiment déserte, c’est à cause d’une maladie pour laquelle Églantine est forcée de chercher un remède, révélations qui ne divulguent rien puisque l’on ne sait absolument pas qui sont ces enfants, d’où ils viennent (comme tous les personnages de l’île) ni le pourquoi de leurs actes. L’île de minuit oscille entre fantastique, technologique, et primitivisme, mais l’intrigue est assez simple à suivre, de même que les relations entre les personnages sont explicites, et la série est ainsi destinée à un lectorat du même âge ou plus jeune que les protagonistes enfants. Fin également de Mi-Mouche, au huitième épisode, qui pourrait être la fin de la série, puisque Colette et sa mère, les principales protagonistes, sont sur la voie de trouver la paix et l’équilibre avec elle-mêmes, et l’une avec l’autre, Colette retrouvant de la liberté, sa mère desserant son etreinte étouffante, équilibre symbolisé par deux planches muettes en gaufrier et montage parallèle avec images en miroir, et liberté symbolisée par deux planches au découpage et mise ne forme plus complexes avec des cochons fugitifs manquant de se faire écraser. Mais l’histoire va certainement se poursuivre, pour ne pas laisser en rade les autres personnages qui entourent les deux protagonistes et qui tous ont encore des choses à exprimer, même si moins symboliquement que Colette et sa mère. Suite enfin de Mademoiselle J., avec un chapitre qui pose les enjeux, personnels pour Juliette, la recherche de sa mère, et politiques et humanitaires pour la journaliste qu’elle est, la tentative de sauvetage d’orphelins métis nés de la guerre du Vietnam. Il y a donc un passage dialogué obligé, toujours problématique à mettre en scène de façon qui ne soit pas répétitive et ennuyeuse, et Laurent Verron a trouvé une solution élégante en faisant tourner la scène autour du jeu des mains et de l’expression des visages de Juliette et la mère supérieure qui fument.

Dans le deuxième chapitre des aventures d’Attila par l’abbé, qui est aussi peu rigoureux historiquement que le Guillaume le Conquérant de Raowl, on trouve tout de même encore une fois un personnage historique, Onégèse, bras droit d’Attila, dans une situation toutefois qui laisserait plus que dubitatifs tout historien. Je trouve cet épisode plus réussi que le premier, car basé autant sur du comique visuel que sur les effets de la personnalité délirante atribuée à Attila. Le gag de Manoir à louer se passe dans une cuisine traditionnelle superbement rendue par Juanungo, par contre Trondheim utilise un langage qu’il ne maîtrise pas, des concepts à la mode placés dans un contexte culinaire. Je mentionne juste l’extrait suivant, l’homme cuisine et la vampire s’en étonne, lui disant que « Dans Boule et Bill, c’est la maman qui cuisine », ce à quoi il rétorque « Ha mais c’était une époque différente...Maintenant l’homme se déconstruit . » Vision sociologiquement et historiquement fausse, depuis longtemps les mères ne cuisinent pas mais font à manger, autrement dit elles doivent chaque jour le faire, et rapidement, au milieu d’autres tâches ménagères, alors que quand ils vont aux fourneaux, les hommes eux cuisinent, soit préparent des plats sur lesquels ils passent des heures, ce que les mères qui font à manger n’ont pas le loisir de faire (cf. justement le gag 524 de Dad, Spirou 4570, où Dad en tant que père au foyer est réduit à l’astreinte traditionnelle des mères au foyer, sa mère lui disant fort à propos «Tu comprends maintenant ce que c’est de chercher des idées de repas chaque jour !») En prenant le temps d’« aiguiser des couteaux et écouter l’aliment qui frémit », le père Nikolas ni ne se déconstruit, au contraire, ni ne « réduit la charge mentale » de sa femme, contrairement à ce qu’il s’imagine. Problème de langage aussi pour la personne qui s’empêtre dans les mots en donnant le thème de L’édito aux Fabrice. En direct du futur annonce l’arrivée en janvier d’une nouvelle série, de Trondheim au scénario et Aude Picault au dessin, qui indique étrangement que c’est la première fois qu’elle va publier dans Spirou. En fait, c’est la première fois qu’elle y dessinera une série, puisqu’elle y a déjà scénarisé La famille Pirate, dessinée par Fabrice Parme, il y une dizaine d’années. Ce nouveau personnage se nomme Boulette et, comme Lagaffe, on peut présumer que son nom est descriptif, et il s’agit d’un chat noir, ce qui ne veut pas forcément dire qu’on ne verra plus Crapule, le chat de Jean-Luc Deglin, car l’époque où Spirou refusait les séries qui risquaient de faire doublon est loin, on a ainsi dans le journal plein d’histoires de fantaisie médiévale avec des enfants. Pour finir, l’avant dernière page offre la surprise d’un deuxième Édito, tonitruant, dans lequel les Fabrice proposent une idée pour le spécial Noël à venir (annoncé pour la troisième semaine de suite, j’espère qu’il sera à la hauteur de l’attente créée), idée qui, si elle n’est pas dépourvue d’arrières pensées intéressées, est tout de même jugée bonne par la rédaction : on aura donc droit à un Secret Santa, dans lequel les auteurs s’offriront des cadeaux secrets par tirage au sort.
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heijingling
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Re: Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...

Message par heijingling »

Numéro 4573-4574 du 03/12/2025

Ici un aperçu du numéro: https://spirou.com/numero-double-de-noel/

La couverture d’Aurélie Guarino est une première dans la tradition des couvertures double page des numéros spéciaux, puisqu’elle n’est pas une illustration indépendante mais se réfère à l’histoire complète de Bocquet et Guarino du numéro. Certes, il y a eu des précédents, comme la couverture du spécial Noël 1978 par Wasterlain, qui était une superbe scène de l’histoire du docteur Poche, mais elle tenait de façon autonome, tandis que celle de ce numéro est une scène pour la compréhension de laquelle il faut lire l’histoire : Le réconfortant dessin de première page d’Aurélie Guarino représente un pépère Noël (sic) dégustant biscuits et vin chaud (sans doute) dans un intérieur ouaté, tandis que le quatrième de couverture montre lutins, rennes et autres bonhommes de pain d’épices se précipitant vers lui, totalement inconscient de ce qui va lui tomber dessus, certains l’air joyeux, d’autres l’air paniqué. Énigmatique donc.
L’histoire en question d’Olivier Bocquet et Aurélie Guarino, qui, en dehors des indéboulonables Manoir à louer page 2 et Édito page 3, est celle qui ouvre ce numéro, est intitulée Un Noël Tranquille (la première page de couverture, donc) et est tout-à-fait mignonne : les enfants ne croyant plus au père Noël, celui-ci n’a reçu aucune lettre de demande de cadeau, mais tout se terminera bien par un miracle de Noël confondant d’innocence. Les personnages du quatrième de couverture fuient donc l’avalanche imprévue de cadeaux, CQFD.

Précèdent donc cette histoire Manoir à louer où la vampire reçoit un cadeau surprise qui n’est pas un cadeau explosif comme ceux du Schtroumpf farceur mais un diablotin sortant d’une boite, il n’y a donc aucune référence à Spirou dans ce gag, on peut en conclure que les auteurs ne se sont pas imposé de cahier des charges pour cette série, en dépis des contraintes apparentes, et L’édito où les Fabrice se montrent traditionellement aussi goinfres qu’incompétents, mais leur mérite va éclater tout au long de ce numéro avec des gags suivant le fil rouge de leur idée de Secret Santa. Ceci dit, puisque Noël est aussi un moment de nostalgie (les neiges d’antant), je regrette l’absence du sommaire illustré qui a longtemps ouvert les numéros spéciaux.

Les premiers à s’y coller, page 11, après un Game over de Noël où pour une fois c’est la princesse qui fait montre de violence, sont Nicolas Moog et Jorge Bernstein, qui se montrent complices des Fabrice en bonne volonté biaisée, et offrent un classique des cadeaux, des chaussettes, mais volées (aux Fabrice), sales et dépareillées.
L’histoire du Noël de Spirou et Fantasio dessinée par Schwartz sur scénario de Jacques Louis ne fait pas partie du fil rouge mais tourne aussi autour du Père Noël secret. Fantasio recherche un cadeau pour Seccotine dans de beaux décors et une belle ambiance de marché de Noël (belles (et amusantes : le radiateur rose) couleurs de Jérome Alvarez et Isabelle Merlet), les relations conflictuelles entre les personnages sont amusantes tout en restant crédibles par rapport à leur personnalité (Fantasio n’est pas un crétin fini, Spirou ne rêve pas de se faire Seccotine et réciproquement), seule la scène finale où les trois personnages se battent comme des chiffonniers est décevante, une facilité qui ressemble à une parodie de gag de Noël de Chaland.

Puis Véro Gally et Véro Cazot, réceptrices des chaussettes, finissent par se résigner, sans trop de regrets, à les redonner en guise de cadeau aux Damien (Cerq et Perez), et ce sera un deuxième fil rouge, celui du cadeau de Noël peu apprécié et dont on cherche à se débarasser. Le dessin de Gally est dans la tradition FB avec des influences mangas choisies pour leur humour et leur expressivité, ici les yeux en étoile, le changement de style, ce qui lui donne son identification et un potentiel comique immédiat. Les Damien se servent des chaussettes comme de cagoules d’amusants révolutionnaire indépendantistes type blacks blocks chamarrés, et les transmettent à de récents arrivants au journal, Stella Lory et Marc Dubuisson qui, les réceptionnant, regrettent d’être allés chez Spirou plutôt que chez Mickey. Planche également très amusante, toujours équilibrant gag visuel et dialogué (malgré une facilité dans le débinement du marché de l’art contemporain, et un énigmatique dégoût du comté de la part de Stella Lory, elle qui s’était présentée amatrice de fromage, quelle tristesse si elle ne peut apprécier la saveur d’un vieux comté – oui, cela m’amuse de prendre ce gag au premier degré). Puis c’est au tour de Pochep et Lisa Mandel d’hériter non plus des chaussettes mais d’une peluche monstrueuse, avatar des Labubus et autres monstres mignons, et parlante mais ne disant que des horreurs agressives, avatar de Sale bête de Jean-Paul Krassinsky et Maïa Mazaurette il y a quelques années dans Spirou. Ceux qui apprécient les BD autobio de Pochep le retrouvent avec plaisir ici où il s’en est donné à cœur joie dans l’auto caricature, dans celle de Lisa Mandel et de leurs continuateurs dans ce Secret Santa, Gorobei et Jean-Luc Deglin, accompagné d’un chat noir alter ego de son crapule, qui se retrouve dans le cadeau qu’ils offrent à Jacques Louis, un gâteau maison aux sardines et tofou que n’aurait pas renié Gaston Lagaffe, dont l’ombre planera éternellement sur le journal. Jacques Louis dont l’humour peut être cruel, comme ici, et qui fait lui aux Fabrice un cadeau fait main, des figurines de récup censées les représenter. Leur déception est en proportion inverse de leur enthousiame initial, et c’est comme par vengeance qu’ils offrent à Jorge Bernstein et Nicolas Moog des choux-fleurs vapeur, sans doute mis sur la table du buffet de Noël par le rédac chef, pour promouvoir des repas équilibrés, au grand dam de ses auteurs. Ce tour des auteurices de Spirou se termine par un jeu concours, pour lequel 27 auteurices sont représentés par Fabrice Erre dans un grand banquet de Noël et où il s’agit de les identifier, ce qui est facile pour la plupart (on vient d’en voir beaucoup), moins pour d’autres, malgré la liste de noms données. Remarquons qu’en dehors de Batem et de Midam, tous les auteurices montrés n’ont débuté dans le journal qu’après les années 2000, et ne parlons pas de l’absence regrettable de Grand Anciens comme Laudec, Kox, Janry, Bercovici, Leloup ou encore Lambil, actif chez Spirou depuis 1952...Font écho aux auteurices de Spirou se retrouvant personnages de BD les Jeux de Frédéric Antoine et Yohann Morin où on lit que « la rédac a envoyé ses meilleurs élément pour aider le père Noël », meilleurs éléments où sont mélés les Fabrice et des personnages du journal, humains ou non. Et les jeux se poursuivent dans les marges, où Sti a représenté sous forme de cadeaux des personnages du journal, aux lecteurices de deviner lesquels.

Le numéro contient aussi des histoires courtes qui, pour être comiques, sont néanmoins basées sur la bienveillance de Noël, Lutin en panique, de Dav, avec un lutin grincheux qui reçoit un cadeau inattendu, ou le touchant et nostalgique Douce voix à la voie douze, de Renaud Collin et un scénario typique de Vincent Zabus, sur le remplacement de l’humain par des machines, et se passant en gare de Huy, la ville qui s’est fait un nom...Bienveillance au contraire de La clairière s’amuse de Thomas Priou, Damien Cerq et Sophie David, à l’humour toujours cynique, avec un père Noël bonhomme et sympathique quoiqu’il soit esclavagiste, ou La promesse de Noël, de Mouk et Damien Cerq. Enfin, un original La barbe, de Emma de Visme et Reina Faider, qui font partie des15 lauréats du concours Jeunes talents 2025 du festival Quai des bulles.

Les séries habituelles de gags sont aussi sur le thème, de deux Game over à Kid Paddle, en passant par Nelson, Titan inc., La pause-cartoon, un touchant Agent 212 esseulé par l’addiction des gens aux portables, 3 infos 2 vraies 1 fausse avec un amusant gag sur la date de naissance de Jésus, un gag de Sti avec des lutins plaisantins, et même une Leçon de BD hivernale d’une très jeune autrice (12ans) dont Marko salue la créativité. S’ajoutent le traditionnel conte de Noël, écrit par Carine Barth et illustré par Gaël Henry, et une double page fait de la publicité pour des albums Dupuis dont surtout des intégrales, parfaits cadeaux de Noël vu leur format, et une autre pour les quatre volume de Madeleine résistante de Riffaud, Morvan et Bertail donne une touche historique et morale.

La suite de Mademoiselle J. inaugure une longue séquence de course poursuite du sud au nord à travers le Vietnam guidée par une religieuse catholique vietnamienne pour échapper aux communistes, après une scène allusive à Tintin où Juliette prend la défense d’enfants locaux contre l’ire d’occidentales. Deux séries (à suivre) débutent par ailleurs dans ce numéro, un nouveau Marsupilami, toujours dessiné par Batem mais désormais sur scénario de Kid Toussaint, spécialiste des aventures « très premier degré et réalistes » dit-il, et Ced pour la touche d’humour, suite au départ de Colman. Dans cette Dernière chasse , cinq chasseurs d’élite (dont Bring M. Backalive pour la touche comique) sont envoyés en Palombie par un collectionneur sans scrupules d’animaux rares pour capturer un marsupilami. Mais dès la fin de ce premier chapitre, un chasseur parti en solitaire se prend des coups du marsupilami. Ces chasseurs constitueront-ils des épreuves à éliminer l’une après l’autre par le marsupilami, comme dans un shonen ? Puis Dina et le Millimonde, une nouvelle série avec un enfant dans un monde fantastique, une de plus, cela semble toujours plaire, un scénario de Lapuss’, dont c’est la première histoire longue, à l’occasion de laquelle, dit-il, il avait « envie de mettre plein de choses de sa vie », dont son enfance en Italie, dessinée par Antonio Danella avec des couleurs de Cecilia Giumento, tous deux italiens ce qui leur a permis, selon Lapuss’, de "retranscrire au mieux les ambiances de Dina", qui se passe donc dans le sud de l’Italie.
" Monólogo significa el mono que habla solo." Ramón Gómez de la Serna dans ses Greguerías.
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