Page 31 sur 31

Re: Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...

Posté : sam. 9 août 2025 23:20
par heijingling
Numéro 4556 du 06/08/2025

Ici un aperçu du numéro: https://www.spirou.com/working-dead-une ... ux-tripes/

Mon intuition semble avoir été juste, selon laquelle les planches de Manoir à louer paraissent dans le désordre, comme celles de Kid Paddle ou Game over certes, mais selon une logique liée au contenu du journal, assez lâche parfois, mais calculée pour ce numéro, puisque le père de famille, porte parole du Lewis Trondheim scénariste du Spirou classique , y répond dans ce gag aux doléances de son épouse, porte-parole des lecteurices du journal se plaignant de l’absence de Spip dans l’histoire en cours de parution depuis la semaine précédente. Un timing parfait, qui a laissé bouillir les lecteurices toute une semaine, et bien en phase avec l’esprit espiègle de Lewis Trondheim. L’argument est que les animaux de compagnie qui parlent et que les lecteurs entendent mais pas le héros (Milou, Rantanplan, Bill, Snoopy...Spip) est « trop bizarre », et même « complètement absurde ». Il est vrai que je n’ai pas souvenir d’avoir lu une œuvre de Trondheim où le quatrième mur (celui qui sépare les personnages des lecteurices) ait été franchi. Sans doute pour cela qu’il avait surrenchéri dans les « blagounettes pour le lecteur » faites par l’écureuil de compagnie de son Lapinot-Spirou, L'accélerateur atomique, dans un esprit parodique. De même qu’il y avait fait de Spirou-Lapinot le personnage comique du duo, bien plus que « Fantasio ». Comme quoi, en dépit de ce qu’il affirmait dans le numéro précédent, on peut très bien faire rire avec Spirou (Franquin et Fournier ne s’en sont à l’occasion pas privés). Cette absence de Spip dans ce Spirou dit classique qui ne l’est pour cela pas tant que ça peut ainsi au choix être interprétée comme une rigoureuse cohérence ou une coquetterie de la part du scénariste. Dans cette optique d’un Spirou pas comique, ce deuxième chapitre du Trésor de San Inferno commence avec un plan nocturne d’un Spirou rêveur et désabusé quant à l’humanité. Puis l’histoire rebondit grâce à deux légèretés scénaristiques, la femme du maire annonce que le squelette extra-terrestre a disparu, ce dont elle a dû se rendre compte en se promenant en pleine nuit dans la grotte cimetière (quoi de plus naturel…), puis elle demande à Spirou d’aller creuser seul dans la grotte, car « la main d’ œuvre est rare » (certes, les villageois sont tous occupés à faire la sieste…). Soit, comme le proclame l’apparent méchant de l’histoire (un religieux fanatique), elle est folle (ou du moins excentrique), soit elle (et le scénariste) a une idée derrière la tête. On entre enfin dans le vif du sujet et, bon technicien, Fabrice Tarrin, qui prend cette fois de bons modèles (les méthodes de coloriage de Morris), nous met dans l’ambiance. Je déplore juste une remarque misogynement stupide et d’un autre âge placée dans la bouche de Spirou, pour souligner sa naïveté je suppose.

Fin de L’oreille de Lincoln, et de l’idylle en filligrane entre Blutch et la belle espionne sudiste, dont on ne saura jamais si elle avait vraiment un faible pour lui ou le manipulait froidement, et, plus intéressant de la part du scénariste Fred Neidhart, si Blutch l’a volontairement laissée s’enfuir ou si elle s’est échappée en le blessant. Hormis elle, tous les comploteurs sont capturés, grâce à une intervention de Chesterfield qui a fait preuve d’une inhabituelle présence d’esprit tant physique que, surtout, intellectuelle… L’arrivée de Fred Neidhart apporte donc un léger renouvellement dans la série, par contre, la plume nerveuse de Lambil (il avait dit dans une interview en user une par planche, sauf erreur) a bien perdu de sa fermeté nécessaire. Fin également de Tanis, où les géants de pierre égyptiens abattent le démon de métal carthaginois par une impressionnante tempête de sel, les scénaristes Valérie Mangin et Denis Bajram ont utilisé au mieux les goûts du dessinateur Stéphane Perger, et ont tiré Tanis de la tétanie où sa culpabilité l’avait plongée par une rédemption que lui permet une esclave, rédemption qui lui fait retrouver et accepter son statut de déesse, amenant un déssillement sur la condition humaine (aussi désabusé que celui de Spirou et Seccotine, ou que Blutch – que son histoire d’amour a néanmoins rendu moins sombre pour une fois). Dans Pym et la forêt éternelle, la grande révélation attendue arrive, dans un nouveau flash-back, maintenant que tout est mis en place, l’action commence enfin, par une attaque de créatures de cette forêt entourant la cabane du petit héros en devenir et de sa famille magique. La tournée des Fabrice se poursuit cette semaine dans un festival de jazz dont l’étrange représentation me laisse penser que Fabcaro et Fabrice Erre ont dû être traumatisés par un concert de jazz progressif, ou une gastro à Juan-les-pins. Ils sont remplacés cette semaine dans L’édito par des Nico (Nicoby et Nicolas Moog) enthousiastes envers des auteurs morts tout court, dixit le rédac’chef (Hislaire, Will, Franquin, Macherot, Peyo, ouille, leur liste comprend un gros faux-pas), mais las d’être mis à contribution pour un numéro morts-vivants.

Débute en effet dans ce numéro Working dead, la série qui parodie une série BD et télé, Walking dead et une télé, The office. Lucky Luke parodiait le cinéma western, on est médiatiquement une génération après. Quand viendront les séries BD parodies de jeux vidéos ou de réseaux sociaux ? Le scénario est de Marc Dubuisson, qui a fait appel au dessin à Stella Lory, sans doute, vu le thème, parce que « dans chacun de ses dessins il y a ce conflit permanent entre le mignon et le trash », dit Arthur de Pins qui l’a parainée pour l’album qu’elle a fait pour L’institut Fluide glacial de la recherche pour l’umour. S’ajoute son dessin destructuré, où, comme celui de Émilie Gleason, les personnages ont l’air d’être bâtis sur des squelettes de caoutchouc. Deux aspects qui servent parfaitement un univers de zombies. Les trois pages de gags en demi page nous montrent l’arrivée d’un jeune homme dans une start-up composée de zombies, ce qui ne manque pas de l’inquiéter. La couverture du magazine, d’un joyeux chaos, donne le ton. La série est introduite par une fausse page de publicités et d’annonces de recrutement, dont celle de l’entreprise, Brainy, et est suivie par une interview de la dessinatrice Stella Lory pour Bienvenue dans mon atelier, atelier qu’elle partage avec entre autres deux de ses idoles, Marion Montaigne et Pochep, et d’autres auteurices de BD, de jeux vidéos et de films d’animation.

Pas d’histoire courte cette semaine, mais dans les gags, des strips de Willy Woob faisant un lien éhonté entre exercice physique et société de consommation sous le prétexte que « c’est super, marcher »...tandis qu’au dessus Sti, dans La malédiction de la page 13, en fait un entre Working dead et Working Dad, que dans La pause cartoon Berth invente un nouveau sport avec, après le demi marathon, le 2000e de marathon (qui se parcoure vite, comme on s’en doute), Tom pratique l’humour noir et Lécroart l’humour romantique, et Dad essaie de s’incruster dans le groupe musical de ses filles.

Le rédactionnel présente les résultats du concours Remplacer les Fabrice, avec des CV fantaisistes, Spirou et moi accueille l’Atelier Sentô, auteur de Tokyo Mystery Café et qui est composé de Cécile, lectrice de Spirou par tradition familliale, et Olivier, plutôt Métal hurlant, mais qui comble ses lacunes (aux toilettes voit-on...), et qui font également ensemble des projets entre BD et jeux vidéos, une publicité dessinée par Justine Cunha propose dans une ambiance début de XXe siècle colorée un embarquement dans un Spirou express pour le festival Spirou et BD comic strip festival à Bruxelles, une autre publicité concerne un podcast avec les auteurices de Tanis, En direct du futur annonce le retour de Champignac qui voyage dans le temps (après les années 50, il reviendra dans les années 40), et un dessin de Bercovici annonce pour la semaine prochaine une histoire avec un Spip à priori bavard. Lewis Trondheim réagira-t-il à la provocation ?

Enfin, les Jeux de Liroy représentent nombre de personnages du journal en zombies, ce qui me rappelle que l’on attend depuis longtemps la suite de Mort et déterré...

Re: Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...

Posté : dim. 24 août 2025 22:21
par heijingling
Numéro 4557 du 13/08/2025

Ici un aperçu du numéro:https://www.spirou.com/un-ete-tranquille-avec-spip/

L’auteur complet de l’histoire courte ayant les honneurs de la couverture cette semaine est Dav, scénariste de Pernille, auteur d’histoires animalières dans Spirou et ailleurs, habitué des rubriques rédactionnelles (on l’a vu dans Spirou et moi, Bienvenue dans mon atelier, Les BD de ma vie, et maintenant dans la nouvelle rubrique L’arrière boutique, qui n’est autre que la traditionnelle interview de présentation désormais présentée sous ce titre). La couverture est de saison, une plage sous un ciel sans nuages. Spip s’y débat en arrière plan avec un crabe et un rapace pour protéger un bébé tortue terriblement chibi kawaï aux grands yeux disneyens en avant plan. Le dessin de Dav est sympathique et dynamique, et de tels grands yeux sont une de ses marques de fabrique, c’est d’ailleurs lui qui avait réalisé une précédente mésaventure de Spip pour le Spirou gag prétendument racheté par Disney en 2020. Ce qu’il dit sur les yeux : « Je voulais que « mon » Spip soit inspiré de mes références de lecteur. Je lui ai donc d’abord fait des yeux avec de simples points noirs, comme Franquin ou Tome et Janry. Mais finalement ce regard, suffisant pour un Spip personnage secondaire, n’allait pas pour un Spip de premier plan ! J’ai donc rempli mes carnets de têtes de Spip avec des yeux plus « modernes », sous sa justification technique, n’est pas vraiment objectif : en dehors du fait que de grands yeux ne soient en rien plus modernes que des points, du point de vue de l’histoire de l’art ce serait même l’inverse, Franquin dessinait tous ses personnages, y compris ceux de premiers plans, avec des yeux en simples points noirs, et leur donnait des pupilles si besoin était. Dès lors, systématiser les grands yeux est un procédé typique de la normalisation des dessins animés et nullement une nécessité narrative. Par contre, transformer un personnage secondaire en héros nécessite bien de contourner sa personnalité, et l’écureuil casanier, râleur et légèrement froussard, certes capable d 'exploits au besoin (son légendaire croche patte à un éléphant dans Le gri-gri du Niokolo-Koba) que l’on connaît devient ici un chevalier téméraire, qui affronte seul et sans hésitation une horde de crabes et de rapaces (qui ressemblent vaguement à des grèbes, des cormorans, ou même des caracaras : un clin d’ œil au Cracoucas?). Son Tuto dessiné de Spip est amusant et bien fait, mais également dans les normes : pourquoi prendre les traditionnelles patates pour base plutôt que des noix ou des noisettes (comme dans le gag de La malédiction de la page 13 de Sti)?

Se passent également à la plage les Jeux de Tom Sorroldoni, avec Spirou et Fantasio en mode farniente et un Spip traditionnel rechignant à se démener, ainsi que le gag du Bon d’abonnement par Cromheecke et Thiriet, et, y faisant face à des requins, Des gens et inversement de Berth et Tash et Trash de Dino. Plages encore dans le Supplément abonnés, un Carnet de voyage au Costa Rica de Marko et sa compagne Geneu, qui semblent étonnament y avoir pris beaucoup de plaisir, alors qu’on dit bien que celui-ci est absent lorsqu’il y a Geneu...De jolies aquarelles illustrent leurs périples dans la jungle à la recherche d’un marsupilami, qu’ils n’ont sans surprise pas trouvé, le marsupilami étant, comme on sait, un animal endémique de Palombie. Quant à Spirou, Fantasio et le Marsupilami, ils sont toujours dans le désert de San Inferno, où ils se mettent à la recherche de l’El Horado, leur piste originelle du squelette extra-terrestre ayant été réduite en poussière. Autre retournement de situation, celui qui était trop évidemmment désigné comme méchant ne l’est finalement pas tant que ça, comme l’apprend Spirou dans une étrange séquence où il se bat avec lui. Ce n’est pas la première fois que Spirou se trompe de coupable, ou cède au démon de la bagarre, mais cela s’est passé alors qu’il se trouvait dans un état de détresse nerveuse ou psychologique, ce qui n’est pas le cas ici, où il semble presque chercher la bagarre et y prendre plaisir. Il se fait d’ailleurs reprendre pour cela par la responsable du village, à laquelle il ne trouve rien de mieux à répondre qu’un équivalent de l’infantile « c’est lui qui a commencé », puis gronder par Seccotine qui le qualifie de « vilain garçon qui se bat pour rien et s’est fait un gros bobo ». Décidemment un étrange Spirou bien maladroit que celui de Trondheim et Tarrin, qui tient un discours moralisateur (« Peut-être que vous devriez faire des choses plus constructives que de vous perdre dans l’alcool ») totalement inapproprié et qu’il n’avait précédemment jamais tenu même lors de la période catholique du journal, au tournant des années 50. Étrange Fantasio également, globe trotter qui ne connaît pas les figues de barbarie...Et la présence des passereaux perroquets est si insistante que je serai déçu si Trondheim n’avait pas une idée derrière la tête les concernant, autre que celle d’en faire des gags, certes amusants.

Un numéro caniculaire donc, qui se poursuit avec Brad Rock, qui se retrouve à chercher de l’or dans la traditionnelle vallée perdue peuplée de dinosaures, et un Indien charmeur d’étrange serpent dans la Fifiche du Proprofesseur de Lécroart. Aussi Paul Martin et Manu Boisteau nous offrent-ils un rafraichissement bienvenu avec leur Titan inc. et son gigantesque iceberg, pour des strips d’actualité (ou plutôt reflétant un pathétique bégaiement de l’histoire) où le capitaine décide d’interdire les mots qui le dérangent...De même l’ histoire courte de David Boriau (scénario) et Gregdizer (dessin), que celui-ci décrit comme « un polar un peu noir », alors que l’on se situe dans les eaux glaçantes de Green Manor (un professeur Vehlmann y est d’ailleurs cité) par l’ambiance fin de siècle, le cynisme et l’absence de scrupules des protagonistes ainsi que par le retournement final, et la reprise du sous-texte social de Green manor sur les luttes de classes actualisé avec le féminisme et le racisme (le sentiment d’impunité des dominants, quel que soit le contexte). L’histoire s’intitule La Machine d’Anticythère, qui existe vraiment et est une énigme archéologique irrésolue, Spirou en avait d’ailleurs déjà parlé dans sa série fleurant bon les années 70 Les grandes énigmes de la troisième planète sous le nom de mécanique d’Andikythera en 1977 par Bom et Watch, et les auteurs en font une machine à prédire le jour de sa mort. Le dessinateur, invité de Bienvenue dans mon atelier, est « un auteur de longue date qui n’avait encore jamais été publié dans Spirou », et y réalise cette histoire fantastico-technologique, « loin de sa série jeunesse Cléo », mais qui colle bien avec son goût des gadgets techniques (les connaisseur auront reconnu l’origine de son pseudonyme). Coïncidence, le nom de Vehlmann apparaît encore sur la page suivant cette histoire dans une publicité devant laquelle je suis indigné, je m’insoumets, qui inique pour l’album de la conclusion des aventures de Supergroom. Ce n’est, hélas, pas la première fois qu’une histoire de Spirou paraît directement en album sans avoir été publiée dans son propre journal, mais le précédent auquel je pense était une histoire isolée, pas une suite dont les lecteurs ont pu lire le début dans le journal et n’en connaitront jamais la fin, sauf à la lire en album, et de plus les éditeurs n’avaient pas poussé le cynisme jusqu’à en faire la publicité dans le journal. De même que pour Le roi louve, dont seule la première histoire est parue dans le journal et la suite directement en album, sans qu’aucune explication soit donnée. Du moins, lorsque Charly avait été interrompu, une explication avait été donnée, certes par la bande en réponse à un courrier de lecteur.

Fin de Pym et la forêt éternelle en un volumineux chapitre de dix pages, pour laquelle je traite tout de suite de deux détails qui m’ont sorti de l’histoire, pour revenir ensuite sur une vue d’ensemble. Page 15 du journal (les planches ne sont pas numérotées) Rose, la grand’mère de Pym (qui ne l’est en fait pas, comme on l’a appris, mais que Pym continue à appeler mamie) parle d’une « vieille édition » d’un grimoire en précisant que ceux « d’aujourd’hui comportent quelques dizaines de pages supplémentaires ». Les intégrales avec bonus pour collectioneurs existaient donc déjà ? Puis elle parle des « créatifs » (les guillemets sont dans le phylactère) qui créent « de nouvelles formules à partir de formules déjà existantes » reprenant ainsi, dans la fonction et le nom, ces « créatifs » que Serge Daney opposait aux créateurs. Au final, Rose aura été la vraie héroïne de ce premier volume, par les secrets qu’elle retient ou distille, par tout ce qu’elle a donné à Pym, jusqu’au sacrifice dans un coup de thêatre final. Les auteurices Fuat Ercol et Clémentine Bouvier ont bien mené cette Nuit des hurleurs, en distribuant assez de cartes pour que Pym puisse dorénavant s’en sortir lui-même et que l’on soit intéressé par la suite de ses aventures, et en en gardant en réserve assez pour que Pym, ses amis et le lectorat continuent à avoir de nouvelles surprises. Éducation magique également, mais en version gag, dans L’épée de bois, et le sous-titre « comment devenir tueur de dragon » commence vraiment à y prendre son sens.

Suite de la tournée de The Fabrice, en Belgique cette fois (ce sont vraiment des stars internationales) où leur rouerie se retourne contre eux et les amène à faire les hommes sandwiches pour une chaîne locale de fast food, la bien nommée MacMoulites. Par contre, pas de prolifération de détails gags dans ces deux pages, contrairement aux étapes précédentes. Pas de Fanbrice, mais On the road again, une planche gag de Bouzard, un de leurs acolytes dans cette tournée, où celui-ci les attend désespérement au fin fond d’une cambrousse sans réseaux alors qu’ils sont perdus à l’autre bout du pays. Et ce sont deux Isabelle qui les remplacent dans L’édito, Miss (Isa) Prickly (ex dessinatrice de Mortelle Adèle, et actuellement chez Dupuis de la série jeunesse Animal Jack au dessin, et Isa, autrice de Puddingham Palace et du très drôle Professeur Platypus il y a des années dans Spirou avant qu’elle ne passe à Fluide, pour un scénario qui élève le désastre causé par leur maladresse à un niveau lagaffesque, sur une préoccupation très actuelle , les lanceureuses d’alerte. Comme quoi mieux vaut ne pas cantonner une série dans un âge d’or fantasmé pour faire des gags bons et pertinents . Juanungo et Trondheim creusent dans Manoir à louer le thème de la conversion d’une vampire pluricentenaire à la lecture passionnée de Spirou, le gag de Working dead pourrait être qualifié par un lanceur d’alerte comme désobligeant envers les zombies si ceux-ci constituaient une clientèle assez importante pour que l’on s’en soucie, Patelin, Adam et Angèle, avec Midam en maître d’œuvre, ont fait un Game over scatologique comme on en a visuellement rarement vu dans Spirou, et Nob fait un gag de Dad essentiellement visuel avec toujours Mouf le chien influenceur et le cynisme commercial de Panda allant grandissant.

Re: Cette semaine dans le journal de Spirou j'ai aimé...

Posté : ven. 29 août 2025 21:35
par heijingling
Numéro 4558 du 20/08/2025

Ici un aperçu du numéro: https://www.spirou.com/reaction-en-chai ... hampignac/

On peut considérer cette couverture d’Etien très réussie, les forts contrastes de lumière sur le visage tourmenté du comte de Champignac symbolisant l’ambivalence du mycologue envers les champignons, selon que ceux-ci soient naturels, sa prédilection, ou atomiques, comme celui en arrière plan, car on sait depuis Le voyageur du mésozoïque l’aversion que le comte a envers les armes nucléaires. Dans cette nouvelle histoire, Le comte de Champignac se révèle un avatar de Mickey à travers les âges, puisque, de sa précédente aventure se déroulant dans les années 50, nous le retrouvons ici dans la première moitié des années 40, à l’université de Princeton, pour une histoire qui va le faire encore une fois participer à la grande histoire, cette fois concernant l’élaboration de la première bombe atomique, et de nouveau méler science et politique. Il va y rencontrer des personnages réels, dont certains sont présentés dans un « tableau des éléments » nommé ainsi selon celui de Mendeleïev et concocté par Beka et David Etien, scénariste et dessinateur, qui ont oublié de leurs cours de chimie que ce tableau est un tableau de classification et pas du tout une simple énumération, comme l'est le leur, qui et n’a donc rien en commun avec celui de Mendeleïev. Je reste sur un point de ce prétendu tableau qui, outre la forme, pèche par le fond : J’ignore quelle mixture iels ont pu absorber y pour dire «Champignac, tel que créé par Franquin dans les années 50, est une belle personne généreuse» de quelqu’un qui n’éprouve pas la moindre compassion, et même une certaine joie mauvaise, lorsqu’un de ses confrères vient de se faire avaler vivant sous ses yeux par un dinosaure, attitude qui fait tiquer Spirou (planche 11 du voyageur du mésozoïque), puis assurer que «tout ce que je lui fait dire [à Einstein] est authentique», lorsque la première phrase de celui-ci est « Bonsoir, Pacôme, j’ai apporté des gâteaux pour le thé »...Mieux vaut prendre ces remarques comme des gags involontaires. Le préambule de l’histoire elle-même nous fait bien ressentir l’ambiance de l’époque et l’état d’esprit des protagonistes, et donne un motif plausible à la présence de de Champignac au centre de recherches atomiques de Los Alamos, et juste assez long pour poser tous les enjeux de l’histoire et nous amener rapidement dans les différents niveaux d’intrigues. Tyst dans ses Jeux a lui pertinement utilisé le tableau des éléments auquel il donne d’ailleurs son nom correct de tableau périodique, et y a représenté un amusant comte de Champignac un peu foldingue, plus proche de l’esprit de l’original, au point de s’être involontairement teint sa pilosité en violet. On reste dans le clin d’œil à Franquin avec l’illustration du bon d’abonnement par Cromheecke et Thiriet, et dans le spirouverse avec l’autre longue histoire (à suivre) du numéro, celle du Spirou et Fantasio classique. Si le scénario de Trondheim construit sur un jeu de fausses pistes tient la route comme synopsis, il est bien moins prenant une fois réalisé car le scénariste a trop joué le jeu du « Spirou classique » jusqu'à en placer systématiquement les traditionnels suspenses artificiels de fin de page, qui ne font que désamorcer en permanence la progression dramatique en délayant le rythme, et surtout il est trop visible que Trondheim n’y croit pas, sinon il n’y aurait pas repris plusieurs fois le même gag des oiseaux imitateurs du Marsupilami. À cela s’ajoute la lourdeur d’un Fantasio qui surjoue son insupportable rôle d’idiot irresponsable (planche 31 entre autres), et un manque de merveilleux dans la façon dont Fabrice Tarrin rend les décors de déserts et de grottes, qui sous un pinceau moins volontairement contraint auraient tout pour fournir une atmosphère fantastique.

Dans la nouvelle étape de leur tournée, The Fabrice doivent affronter cette fois une mâle concurrence en la personne de The Jean-Claude, et le Fanbrice numéro 4 propose une rétrospective de leur tournée sous forme de photos volées. Participe au gag la participation d’auteurices aux styles si dissemblables que Eve Marie (aux corps désarticulés, proches de ceux de Stella Lory), Erwan Surcouf et Ben Lamarre (en imitation de gravures) fassent office de paparazzis au joyeux mépris de toute crédibilité. Et contre toute attente, « les éditos des dernières semaines ont été pire que ceux des Fabrice » constate dans L'édito le personnage du rédac’chef, qui redonne une chance aux Damien (Perez et Cerq), tout en posant des limites demandées par « la direction » (Julien Papelier, Stéphane Beaujan, ou plus haut encore…?) à leurs propositions de modernisation des séries.

Parmis les nombreux gags, dans Manoir à louer, la petite fille fait des BD dans l’espoir d’être un jour publiée dans Spirou, ce qui serait rapidement possible puisque dans La leçon de BD paraissent des essais de jeunes enfants, comme dans ce numéro celle commentée par Dab’s, toujours pertinent et amusant quand il se met en scène payant de sa personne. On commence à distinguer des personnages principaux avec une personnification dans L’épée de bois, de Jonathan Munoz et Anne-Claire Thibaut-Jouvray, dans Working dead Marc Dubuisson et Stella Lory redonnent aux créatifs leur vraie place (usurpée dans Pym et la forêt éternelle, cf. le numéro précédent), les montrant dans leur start-up passer le temps à jouer à de vieux jeux sur leur ordinateur. De bons gags dans La pause cartoon, de Lécroart (mignon), Berth (absurde), Tom et Dino (noirs). Si les indications de titre ne sont pas erronées, Midam aurait donc totalement délégué Game over depuis une dizaine de gags (le 922 étant le dernier paru), et poursuivrait Kid Paddle avec ses assistants. Floris a l’imagination toujours surprenante, avec son capitaine Anchois allant consulter une voyante qui lit le passé plus que l’avenir, cela s’avérant plus juste et utile. Florilège de chansons dans Dad (la plus récente ayant 25 ans...). On pourrait répertorier les ocurrences de reprises de chansons dans des BD selon les circonstances, par exemple, Smoke on the water ici par Dad sur les WC, ou sous la douche dans Le stéréo club tome 3, par Bourhis et Spiessert, les IA feraient pour une fois un truc plus utile que d’écrire les Tweet de Trump.

Pour finir, deux histoires courtes. De Tofy, qui comme Dav a une œuvre essentiellement animalière, et son histoire muette se passant à la plage n’a pas l’humour noir de ses autres histoires dans Spirou. L’autre est le troisième épisode de Ark Atlas, la série Sf centrée sur la protection des animaux en danger, une des préoccupations du dessinateur Maxime Péroz, comme il l’explique dans Bienvenue dans mon atelier, où j’apprends qu’il organise par ailleurs des séjours au Vietnam avec des sessions de dessins d’observation. En dehors du choix qui s’est avéré malheureux du nom de l’héroïne, qu’il dit avoir proposé en référence à Greta Thunberg parce qu’il apprécie son engagement alors que celui-ci s’est depuis dilué dans d’autres causes qui ont surtout en commun d’être médiatiques, lui et son scénariste Romain Pujol donnent une dimension supplémentaire à leurs personnages en montrant leur famille, à laquelle cet épisode apporte des questions très particulières : effet secondaire la téléportation, Greta et Maps subissent un changement d’apparence, qui les fait ressembler à des fleurs-champignons. Or, on apprend qu’ils sont de la même famille, et leurs parents ressemblent à Maps, soit des sortes de mandrills, alors que Greta est humaine. S’agit-il d’effets d’une téléportation antérieure, ou bien d’une famille recomposée, ou d’autre chose dont on aurait l’explication dans un prochain épisode ? Outre que j’apprécie le traitement graphique inventif par Maxime Péroz de la biotechnologie, comme l’apparence très originale de l’Ark magister, cet épisode a de plus le mérite de taiter des problèmes typiquement SF de téléportation, ce qui est une originalité supplémentaire. En effet, si les questions de voyages dans le temps sont très présentes en SF (rien que dans Spirou, dans les récentes séries (à suivre) on a Les Brigades du temps et Frnck), celles liées à la téléportation sont trop rarement abordées, alors qu’elles peuvent aussi donner lieu à des histoires intéresssantes, comme celle-ci ou Think like a dinosaur de James Patrick Kelly, les deux ayant en commun une approche pleine d’humour de la question.

Enfin, En direct du futur annonce un nouveau Lucky Luke, cette fois vu par Brüno et Appollo, qui sembleraient avoir découvert que Lucky Luke aurait été un personnage historique réel (à la différence des Dalton, précise de manière erronée l’article, puisque ceux-ci ont vraiment existé.)